Jocelyne Montpetit: le désir de renaître

La passion selon G.H. de Clarice Lispector et... (PHOTO FOURNIE PAR L'ARTISTE)

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La passion selon G.H. de Clarice Lispector et L'origine de la danse de Pascal Quignard ont nourri la création d'Unknown Body, le nouveau solo introspectif de la chorégraphe et danseuse Jocelyne Montpetit.

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La chorégraphe et danseuse Jocelyne Montpetit présentera à partir de mercredi sa nouvelle création, Unknown Body, sur la scène du Théâtre de Quat'Sous. Un solo introspectif qui plongera l'interprète dans un voyage intemporel, dans les profondeurs d'un corps inconnu, à la recherche de sa propre origine.

«L'art est une manière de mourir et de renaître sans cesse», lance Jocelyne Montpetit, assise sur le bord de la scène où elle se produira dans quelques jours.

Près d'elle, sur le sol, deux livres dont elle semble ne jamais vraiment se séparer: La passion selon G.H. de Clarice Lispector et L'origine de la danse de Pascal Quignard.

«Le livre de Clarice Lispector me fait penser à La métamorphose de Kafka. Il parle d'une femme qui se transforme tout à coup et retrouve quelque chose de très ancien en elle, de presque animal: elle rencontre un corps inconnu en elle», explique la danseuse.

«Quignard, lui, se penche sur l'origine de la danse: il considère le butô comme la vraie danse, car il se rapproche de l'être», ajoute-t-elle.

Deux influences littéraires qui ont nourri la création d'Unknown Body, tout comme l'expérience de la chorégraphe partie danser dans les ruines de L'Aquila, en Italie, dans le cadre d'un projet lancé par le photographe Paolo Porto, qui donnera lieu à une grande exposition européenne.

«J'étais à Rome quand le tremblement de terre s'est produit il y a quatre ans. J'ai été invitée par Paolo à pénétrer ces ruines avec quelques danseuses. Personne n'a le droit d'entrer dans ces immeubles en ruine, car c'est très dangereux. Mon corps a en quelque sorte vécu cette catastrophe à retardement en étant là, en étant dans le danger, alors que tout pouvait s'effondrer. C'est ce genre d'expérience puissante que mon corps essaie de ramener sur scène», dit la danseuse qui répétera l'expérience l'été prochain à L'Aquila.

Mémoire du corps

Une recherche sur la mémoire du corps également influencée par Les aveugles de Maurice Maeterlinck, que Jocelyne Montpetit a monté avec les finissants de l'École nationale de théâtre l'an dernier. «Si on nous enlève une partie de notre corps connu, on en découvre un autre», précise celle qui, par le passé, s'est consacrée à la quête de la profondeur du corps au Japon après avoir rencontré le danseur Min Tanaka et passé quatre ans avec Kazuo Ohno et Tatsumi Hijikata, cofondateurs du butô.

À travers Unknown Body, la chorégraphe propose donc d'explorer la mémoire archaïque du corps, «un temps plus ancien, dont on ne garde aucun souvenir», celui où le corps est passé du liquide amniotique du ventre de la mère à l'expulsion.

«C'est une expérience forte dont on ne se souvient pas: le moment où le corps découvre l'espace où il se retrouve», précise l'interprète d'Unknown Body, qui a fait appel à son complice Francesco Capitano comme conseiller artistique.

Les décors de cette création ont quant à eux été réalisés par Daniel Séguin, d'après la vision de Jocelyne Montpetit.

«Je me suis inspirée du travail d'Anselm Kiefer, artiste plasticien contemporain allemand, mais aussi de Pierre Soulages, cet artiste français qui a travaillé sur des toiles noires, et pour qui cette couleur pouvait avoir différentes profondeurs et différents aspects», explique la créatrice.

Parallèlement au spectacle, le hall d'entrée du Quat'Sous présentera également L'homme image, exposition de photos de Guy Borremans. Disparu en décembre 2012, il a été le photographe et vidéaste de Jocelyne Montpetit pendant 25 ans.

«Son rapport au corps et à la danse était moins connu du grand public. Il a pris des milliers de photos de mon travail, en studio. J'ai choisi une dizaine de ses clichés qui seront exposés», précise la danseuse.

À venir

Jocelyne Montpetit présentera Unknown Body l'automne prochain en Asie, notamment à Java.

Elle planche actuellement sur un nouveau projet autour de l'artiste visuelle Louise Bourgeois, mais aussi de la femme, de son corps, de sa sexualité et de sa psyché.

«J'ai eu la chance de la rencontrer dans les années 90. On avait commencé à travailler ensemble à New York sur un projet intitulé Un musée pour des monstres. Ça ne s'est pas fait et elle est disparue aujourd'hui. Je vais donc poursuivre, et probablement quelques corps inconnus...», dit Jocelyne Montpetit.




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