Marie Chouinard: étonnement et plaisir

Marie Chouinard... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Marie Chouinard

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Stéphanie Brody

Collaboration spéciale

La Presse

Jusqu'à samedi soir, au Théâtre Maisonneuve, la série Danse Danse présente deux oeuvres de Marie Chouinard, encore inédites à Montréal. La soirée se déroule sous le signe du plaisir.

D'abord, place à Henri Michaux: Mouvements, pièce inspirée d'un livre de dessins à l'encre de Chine du peintre et poète Henri Michaux. Projetés sur grand écran, les dessins, situés entre le pictogramme et le test de Rorschach, sont reproduits, ou plutôt interprétés, en rafale par les danseurs, de manière toujours plus surprenante.

Tout du corps des danseurs sert à traduire le dessin: jambes, bras, tête, torse, bassin, mais aussi la langue, le visage et la voix. Car ces traits inanimés révèlent, tout à coup, une expression de douleur ou un monstre qui rugit. On jouit particulièrement de la progression que la chorégraphe imprime à la pièce. Si chaque corps imite d'abord le dessin de façon statique, les traits de Michaux deviennent rapidement si nerveux qu'ils appellent le mouvement.

À mesure que Marie Chouinard accélère la cadence, les corps lient les dessins les uns aux autres; ces étranges lettres deviennent alors des mots, puis des phrases. Bientôt, les interprètes, frénétiques, reproduisent en groupe des pages entières de dessins. La finale, inattendue, tient de l'apothéose, ou disons plutôt de l'orgasme puisque l'on est dans l'univers de Marie Chouinard.

Gymnopédies

Orgasme qui se poursuit dans Gymnopédies. Dans un espace enveloppé par d'immenses pans de tissu écru, les danseurs de Marie Chouinard se délectent des Gymnopédies d'Erik Satie. Ils se régalent de chaque note langoureuse et de chaque temps de suspension qui coïncident avec les spasmes voluptueux du coït.

Sans compromis, la chorégraphe a poussé l'intégration danse et musique au point d'apprendre aux danseurs à jouer les trois Gymnopédies au piano; ce qu'ils font, à tour de rôle, tandis que leurs comparses s'entrechoquent et se tordent, deux par deux, dans les feux de la passion. Autre surprise: l'esthétique de Gymnopédies fait référence par touches délicates à l'exotisme suranné des années 1900 - les franges d'un costume, les lignes d'une farandole, un soupçon d'Isadora Duncan ou de Ruth St. Denis. Marie Chouinard pousse l'audace jusqu'à intégrer à Gymnopédies un des duos les plus lyriques qu'elle ait composés.

Puis, sans crier gare, la chorégraphe vire tout cul par-dessus tête! Les lumières de la salle s'allument et le spectateur, dérouté, se retrouve ailleurs, dans une atmosphère circassienne. Les danseurs débordent vers la salle, jouent le jeu de la distanciation et le temps se fracture. Même si, par moments, ce revirement verse dans le côté trop bonbon de Marie Chouinard, ces tics faciles qui finissent par nous agacer, le revirement déroute, étonne et amuse assez le spectateur pour rendre Gymnopédies mémorable.

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Henri Michaux: Mouvements et Gymnopédies de la Compagnie Marie Chouinard. Jusqu'à samedi soir, 20h, au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. Info: 514-842-2112.




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