Titus: un monde sans pitié ****

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Une comédienne blanche, Dominique Leclerc, interprète le brutal Maure Aaron dans Titus.

Photo Charles Fleury, fournie par le Prospero

La PresseMario Cloutier 4/5

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Mario Cloutier

Oeuvre de jeunesse de Shakespeare, Titus Andronicus contient les germes de son chef-d'oeuvre écrit probablement juste après, Richard III. Pouvoir, violence, trahison, vengeance... En plus gros, plus démesuré encore.

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En l'adaptant, Édith Patenaude a conservé les plus belles strophes du dramaturge anglais, qui permettent au drame de se jouer, et y a ajouté du sien, usant de sacres québécois bien dosés et placés pour créer de l'effet ou susciter le rire. Avec intelligence, rigueur et éclat.

En très bref, Titus revient à Rome, vainqueur des Goths, pour voir Saturnius dérober ce qui lui revenait : le pouvoir. La suite ne pourra qu'être vindicative et sanglante.

Coups d'épée et de hache, coups fourrés, 400 coups et coups de théâtre se succèdent à un rythme fou qui ne supporte, d'ailleurs, aucun temps mort.

Pari fou aussi, celui d'inverser les rôles et les nombreux lieux communs de la pièce - les actrices jouant les rôles masculins et les acteurs, les féminins -, mais pari réussi. On peut ainsi voir une comédienne blanche, Dominique Leclerc, interpréter le brutal Maure Aaron et un comédien, Guillaume Perreault, se glisser dans la robe de sa maîtresse, Tamora, reine des Goths épousée par Saturnius.

Avec le déroulement sans faille de la pièce, on en vient à oublier ce choix crucial de mise en scène puisque, devant des bourreaux et des victimes confondus, la violence échappe à toute catégorisation, genre, race ou peuple.

Souci du détail

Le spectacle se déroule pratiquement sans décor ni accessoire. Seuls des costumes disco à effet distanciateur, des éclairages judicieux, deux tambours et un échantillonneur permettent d'assurer le support nécessaire à une théâtralité de tous les instants.

En ce sens, la signature d'Édith Patenaude s'insère dans les plus petits replis surprenants et les plus grands moments tragiques de la pièce. 

Avec de formidables comédiens, elle a savamment travaillé chaque scène, dans le détail, pour maximiser le grotesque de l'orgueil, de la cruauté et de l'esprit de vengeance des puissants.

Le beau clin d'oeil final qu'ajoute cette artiste libre à la tragédie vient inverser, encore une fois, la marche macabre de la violence. Sans nous faire oublier que les absurdités décrites par Shakespeare il y a plus de 420 ans demeurent bien présentes à notre époque dans les plus hautes sphères de la société.

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Titus

D'après Titus Andronicus de Shakespeare. Adaptation et mise en scène d'Édith Patenaude.

Au Théâtre Prospero jusqu'au 24 février




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