Last Night I Dreamt...: le nombril du monde

Dans Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me,... (PHOTO MAXIME ROBERT LACHAINE, FOURNIE PAR L'USINE C)

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Dans Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me, Éric Bernier interprète un Narcisse contemporain qui se pose beaucoup de questions sur sa vie.

PHOTO MAXIME ROBERT LACHAINE, FOURNIE PAR L'USINE C

Il s'en pose, des questions, durant Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me (le titre est tiré d'une chanson du groupe The Smiths). Trop? L'homme lucide et «profondément seul», au coeur de la pièce, s'interroge sur d'impérissables choses: ses amours et ses amitiés, la névrose et le narcissisme, le bonheur, la culture pop...

Un tourbillon de questions et de réflexions philosophiques, avec lequel Angela Konrad a créé une pièce amusante, voire intéressante par moments, mais décevante. Quelque chose qui s'apparente à une performance, un exercice de style, mais qui, malgré ce matériel riche, n'arrive pas à nous toucher, encore moins à nous bouleverser.

Pour Angela Konrad, «l'écriture dramatique et la mise en scène sont intimement liées à la philosophie». C'est le coeur même de «la fonction du théâtre», écrit-elle dans le programme de la production. D'accord. Mais le spectateur doit s'identifier au personnage, pas seulement à ses idées. Or, ici, l'unique personnage (un Narcisse contemporain joué par Éric Bernier) ne fait que verser sa logorrhée de mots pour mieux cautériser ses blessures.

Il a beau discourir de savants principes et poser des questions fondamentales sur le sens de l'existence, on l'écoute avec distance et froideur.

On voit cet homme, à quelques reprises, «verser des larmes dans l'étang de sa vie», souhaiter s'intégrer au monde, se demander si Narcisse peut s'oublier dans les yeux de l'autre... Certes, cela nous fait réfléchir à nos propres névroses, à nos contradictions. Mais l'exercice tourne en rond, comme le personnage gravite autour de son nombril.

«Words, words, words»... dirait Shakespeare.

Riche imaginaire

Soyons juste: la proposition de l'artiste en résidence à l'Usine C est loin d'être stérile. Angela Konrad possède un riche imaginaire. Et c'est l'un des metteurs en scène les plus brillants au Québec. 

Elle utilise ici parfaitement le plateau de la grande salle de l'Usine C, complètement dépouillé. C'est du beau travail pictural!

Mme Konrad, avec l'aide du concepteur de lumière Cédric Delorme-Bouchard, sait remplir l'espace vide. Comme un grand peintre moderniste, elle crée des images en se servant de l'abstraction.

Au final, le spectateur est devant un menu varié: les digressions au micro, les voix hors champ et les mimiques de Bernier; les chorégraphies de Marilyn Daoust; la musique pop (Shirley Bassey et le spleen de Morissey et des Smiths font partie de la trame du spectacle). Il y a aussi quelques pointes d'humour et une charmante scène finale qui vous accrochera un sourire aux lèvres.

On savait qu'Éric Bernier est un interprète charismatique, expressif, chaleureux. Il habite l'espace scénique avec fougue et un jeu très physique, seul ou accompagné par les danseurs (sous-utilisés). Bernier est plus un acteur de composition qu'un conteur, ce qui ne facilite pas non plus le rapport direct avec le public.

Malheureusement, le trop-plein de réflexions philosophiques de son personnage finit par nous perdre en cours de représentation.

* * *

Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me. Texte et mise en scène d'Angela Konrad. À l'Usine C jusqu'au 21 octobre.




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