À te regarder, ils s'habitueront: variation autour de la diversité

À te regarder, ils s'habitueront est présenté au Théâtre... (Photo fournie par le Quat'Sous)

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À te regarder, ils s'habitueront est présenté au Théâtre de Quat'Sous jusqu'au 30 septembre.

Photo fournie par le Quat'Sous

La PresseLuc Boulanger 2/5

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«Le réel résiste à la fiction», écrit Olivier Kemeid dans son mot au programme d'À te regarder, ils s'habitueront, le spectacle «atypique» qui ouvre la saison du Quat'Sous, sa première à titre de directeur artistique. On lui répondra qu'on va justement au théâtre pour se convaincre du contraire: la poésie sublime le réel. Plus simplement, si on sait que l'art ne change pas le monde... il est impératif de croire en la possibilité de changer les choses, même avec un petit théâtre de 120 places, pour paraphraser son ex-directeur Pierre Bernard.

Cet étrange spectacle à sketches (ce n'est pas une pièce), qui mêle humour, danse, rap et politique, est signé à plusieurs mains - trop, sans doute. Dans les crédits, on compte deux «idéateurs», deux dramaturges, six metteurs en scène et onze interprètes. Au départ, le projet était de s'approprier l'histoire du Québec à la jauge de ses nouvelles composantes sociales. Pour mieux faire entendre notre «roman national» à travers de nouvelles voix issues de la diversité culturelle montréalaise.

Revisiter l'histoire

Une actrice catalane va s'inspirer du manifeste du FLQ d'octobre 70 pour évoquer l'éternelle exploitation des minorités par la majorité, des pauvres par les riches. Un autre sketch met en scène deux immigrants (l'un de l'ex-URSS, l'autre d'Haïti) en train de dialoguer autour du passé, de la mémoire, des racines, à partir de Pour la suite du monde, le magnifique documentaire de Pierre Perrault. Plus loin, deux actrices d'origine arabe, le visage peint en blanc, et affublées de perruques blondes, récitent (en entier) le controversé discours référendaire de Jacques Parizeau en 1995 (c'est le numéro le plus fort de la soirée).

Le résultat est donc inégal dans la forme et inachevé dans le propos. On reste sur son appétit devant ce spectacle qui verse trop facilement dans l'humour, et évacue la réflexion. 

Par exemple, le numéro sur les autochtones part sur les chapeaux de roues, puis s'étire inutilement avec des blagues de gars saouls. Un autre sketch oppose Olivia Palacci et Obia le Chef dans un combat de rap, durant lequel défilent tous les préjugés et les stéréotypes identitaires. Or, ça ne dépasse pas le niveau des vacheries salaces qu'on se lance dans une cour d'école.

Est-ce ainsi que la diversité rayonne?

Dans le programme, Olivier Kemeid met en exergue cette citation attribuée à Michel Tremblay: «On est toujours le folklore de quelqu'un d'autre.» Finalement, ce spectacle est plus folklorique qu'allégorique.

* * 1/2

À te regarder, ils s'habitueront. Idéation et correction artistique: Olivier Kemeid et Mani Soleymanlou. Dramaturgie: Alain Farah et Étienne Lepage. Au Théâtre de Quat'Sous, jusqu'au 30 septembre.




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