Quand la pluie s'arrêtera: voyage au bout de la nuit

David Laurin et Alice Pascual dans la pièce... (Photo Caroline Laberge, fournie par la production)

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David Laurin et Alice Pascual dans la pièce Quand la pluie s'arrêtera chez Duceppe, jusqu'au 14 octobre.

Photo Caroline Laberge, fournie par la production

La PresseLuc Boulanger 3/5

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Pour lancer sa dernière saison chez Duceppe, Michel Dumont nous propose Quand la pluie s'arrêtera, une oeuvre qui semble annoncer une transition au sein de la compagnie. Par son thème, d'abord. La pièce de l'Australien Andrew Bovell parle de la difficile mais nécessaire transmission d'une génération à l'autre. Et aussi parce que la distribution est constituée de nouveaux visages: six des neuf interprètes en sont à leur première présence sur la scène de Duceppe, dont le nouveau codirecteur artistique, David Laurin.

Bien que la pièce aborde en toile de fond l'environnement et le réchauffement climatique, on est loin ici du théâtre à thèse. Magnifiquement écrite, dotée d'une structure à la fois habile et complexe, Quand la pluie s'arrêtera parle de famille et d'atavisme, d'abandon et de trahison, de ce pardon nécessaire pour survivre aux drames de l'existence. 

Il s'agit d'un texte sublime, touchant, qui risque de vous habiter longtemps après la tombée du rideau.

La pièce s'ouvre dans un désert du nord de l'Australie, en 2039, avec le monologue de Gabriel York (livré en avant-scène par un très solide Normand D'Amour). On voit un père anticipant les retrouvailles avec son fils - qu'il n'a pas vu depuis près de 20 ans. «Je sais ce qu'il veut. Il veut ce que tous les gars veulent de leur père. Il veut savoir qui il est. D'où il vient. À quoi il appartient.»

Éternel recommencement

Changement de temps et de lieu, de Londres en 1962 à Adélaïde en 2013, la pièce nous transporte dans la généalogie des ancêtres de Gabriel, à travers quatre générations. Peu à peu, les pièces du puzzle familial prendront forme dans un climat étrange, humide (il ne cesse de pleuvoir) et étouffant; un climat de fin du monde. 

Les personnages portent (presque) tous le même prénom (Gabriel, Gabrielle, Elizabeth), répètent les mêmes gestes et sont condamnés à revivre les mêmes drames... Comme si, à chaque génération, le passé restait un mystère. Car l'humanité demeure incapable d'améliorer les choses, et donc de sauver le monde.

Noire et assez pessimiste, la pièce se termine toutefois sur une note d'espoir. Après les Ténèbres peuvent enfin venir les Lumières?

Dans un très beau décor crépusculaire signé Marie-Renée Bourget Harvey, le metteur en scène Frédéric Blanchette fait plusieurs sauts périlleux dans son illustration du temps qui passe. Ça se déplace beaucoup sur scène, côté cour, côté jardin. Sa mise en place rend plus compliquée une structure dramatique déjà complexe, labyrinthique.

Malgré ce bémol, M. Blanchette dirige avec finesse cette production et sa direction d'acteurs est impeccable! On le mentionnait plus haut, il y a plusieurs «premières fois chez Duceppe» au sein de la distribution. Mentionnons le jeu juste, tout en délicatesse, de David Laurin; celui de Paule Savard qui joue une bouleversante mère «pas vieille mais seule» (cette comédienne de Québec devrait être plus souvent embauchée à Montréal); la forte et énigmatique présence de Maxime Robin dans le rôle du fils en 2039; et la toujours excellente Alice Pascual. 

La saison de Duceppe s'ouvre en beauté!

* * * 1/2

Quand la pluie s'arrêtera. D'Andrew Bovell, mise en scène de Frédéric Blanchette. Avec David Laurin, Alice Pascual, Normand D'Amour... Au Théâtre Jean-Duceppe jusqu'au 14 octobre. Au Trident de Québec du 16 janvier au 10 février 2018.




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