Demain matin, Montréal m'attend: un beau tour en ville...

Hélène Bourgeois Leclerc et Marie-André Lemieux interprètent respectivement Lola... (Photo Yves Renaud, fournie par les FrancoFolies)

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Hélène Bourgeois Leclerc et Marie-André Lemieux interprètent respectivement Lola Lee et Louise Tétrault dans Demain matin, Montréal m'attend

Photo Yves Renaud, fournie par les FrancoFolies

La PresseMarc-André Lussier 4/5

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Après Belles-soeurs et Le chant de sainte Carmen de la Main, deux spectacles musicaux adaptés de pièces de théâtre de Michel Tremblay, le metteur en scène René Richard Cyr propose maintenant sa version de Demain matin, Montréal m'attend.

La nature même de ce spectacle, en forme de théâtre musical dès sa création en 1970, ne lui laissait sans doute pas autant de marge de manoeuvre sur le plan de l'adaptation, mais le metteur en scène a résolument pris le pari de respecter l'oeuvre originale, y compris l'époque dans laquelle l'intrigue est campée. Il a fort bien fait. On aurait mal vu la première cuvée de personnages issus de la faune tremblayesque se dépatouiller dans une relecture modernisée.

En cette année où la nostalgie des années 60 nourrit quantité de documents et d'expositions, cette virée dans le Montréal cheap d'une époque en plein déclin tombe sous le sens. D'autant que cette critique acerbe du petit monde du showbiz - avec cette recherche de gloire à tout prix - comporte des ramifications on ne peut plus actuelles.

Ainsi, l'histoire de Louise Tétrault, cette petite waitress de Saint-Martin qui, après avoir obtenu le très convoité trophée Lucille-Dumont dans un concours d'amateurs, décide d'aller à Montréal pour devenir une vedette comme sa soeur Rita, devient ici un vecteur des zones d'ombre de la condition humaine. D'une jeune femme qui, naïvement, croit que sa soeur plus âgée lui ouvrira les bras (et un passage instantané vers la notoriété), jusqu'à tous ces êtres en crise d'identité qui, comme la Duchesse de Langeais, s'inventent un personnage pour rendre leur vie plus supportable, sans oublier les velléités d'une star de troisième zone qui ne fera aucune économie de vacheries pour tenter de rester sur son trône kitsch, l'envers du décor révèle de sombres drames.

Laurent Paquin est méconnaissable en Duchesse de Langeais.... (Photo Yves Renaud, fournie par les FrancoFolies) - image 2.0

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Laurent Paquin est méconnaissable en Duchesse de Langeais.

Photo Yves Renaud, fournie par les FrancoFolies

Du rire et des larmes

L'une des grandes réussites de cette version réside justement dans le contraste entre cet aspect plus dramatique, et la nature d'un spectacle très coloré, où l'humour tient une grande place. Le ton est d'ailleurs donné dès le départ grâce à une évocation astucieuse des cabarets d'antan, à travers laquelle défilent en accéléré tous les artistes amateurs avec lesquels Louise est en compétition à Saint-Martin, d'une danseuse espagnole à une Carmen de campagne, en passant par l'inévitable ventriloque.

Marie-Andrée Lemieux, qui reprend ici le rôle créé il y a 47 ans par Louise Forestier, se distingue avec aplomb dans le rôle de cette chanteuse en quête de gloire, pas aussi naïve qu'on pourrait le croire au premier abord. 

Face à elle, Hélène Bourgeois Leclerc fait flèche de tout bois. Elle passe même le test - redoutable - de La complainte de Lola Lee, chanson mythique du spectacle, dont le souvenir d'interprétation de Denise Filiatrault reste mémorable. On peut en dire autant de Laurent Paquin et des Lamentations de la duchesse, une pièce pendant laquelle l'humoriste a l'occasion de révéler le côté tragique du personnage, dans une forme de mise à nu du plus bel effet. Kathleen Fortin est formidable dans le rôle de la tenancière Betty Bird, et Benoît McGinnis vole le show à quelques occasions en se glissant dans le costume jaune du journaliste à potins peroxydé Marcel-Gérard. 

En riant de bon coeur à toutes les répliques assassines, pourtant déjà très connues, que se balancent les personnages au visage, l'on ne peut faire autrement que se rappeler à quel point cet univers de Tremblay fait partie de notre ADN collectif. L'excellente distribution d'ensemble mord visiblement à belles dents dans le texte. 

Sur le plan musical, il convient de souligner aussi l'excellent travail de Chris Barillaro, particulièrement au chapitre des arrangements vocaux. Le pianiste est d'ailleurs présent sur scène en compagnie de quatre autres musiciens.

En 110 minutes bien tassées et sans entracte, René Richard Cyr a su faire de Demain matin, Montréal m'attend, on l'aura compris, un excellent divertissement.

* * * *

Demain matin, Montréal m'attend. Texte: Michel Tremblay. Mise en scène: René Richard Cyr. Musique: François Dompierre. Avec Marie-André Lemieux, Hélène Bourgeois Leclerc, Laurent Paquin, Benoit McGinnis, Kathleen Fortin.

Au Théâtre du Nouveau Monde jusqu'au 25 juin dans le cadre des Francofolies de Montréal. De retour au TNM du 19 septembre au 14 octobre.




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