Caligula: l'inconvénient d'être libre

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« On sent que les interprètes ont bien fouillé leur personnage et qu'ils sont heureux sur scène », écrit notre critique au sujet de la pièce Caligula. Sur la photo, Benoît McGinnis et Macha Limonchik.

Photo Yves Renaud, fournie par le TNM

La PresseLuc Boulanger 4/5

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L'empereur est nu dans l'effroyable Caligula, orchestrée de main de maître par René Richard Cyr, au Théâtre du Nouveau Monde. Cruel, despote, révolté, pervers, diabolique. Caligula est tout cela aussi. Mais il est surtout terriblement seul dans sa souffrance, son mépris des hommes.

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Benoît McGinnis et Éric Bruneau dans Caligula

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« Dans sa version du classique d'Albert Camus, René... (Photo Yves Renaud, fournie par le TNM) - image 1.1

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« Dans sa version du classique d'Albert Camus, René Richard Cyr nous fait entrer dans la tête de Caligula, écrit notre critique. Un voyage spectaculaire et angoissant. »

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Dans sa version du classique d'Albert Camus, Cyr nous fait entrer dans la tête de Caligula. Un voyage spectaculaire et angoissant. Sa mise en scène installe un climat lourd, oppressant, voire anxiogène. Le décor de Pierre-Étienne Locas, la lumière d'Erwann Bernard et la musique de Michel Smith contribuent à rendre l'environnement scénique apocalyptique. Les interprètes sont coincés dans un drôle de palais, aux allures de chantier industriel. Par moments, la lecture fortement imagée de Cyr étouffe un peu le texte. Le metteur en scène donne trop de couches de sens aux mots déjà signifiants de l'auteur de La peste.

Dès la première scène, que Cyr a ajoutée, le ton est donné. Alors que le prince de Rome enlace sa soeur, dont il est follement amoureux, Drusilla meurt dans un bain de sang. Caligula fait face à la douleur humaine, mais son entourage banalise son désarroi : « Les peines d'amour ne durent pas ; les chagrins ne sont pas éternels ; on ne souffre jamais plus d'un an », commentent les sénateurs.

Après avoir erré trois jours dans les jardins du palais, Caligula revient. Il a réalisé que la douleur, comme tout le reste dans la vie, est « privée de sens ». Alors l'empereur plonge dans une quête d'absolu aussi inaccessible que meurtrière. Caligula va exercer son pouvoir en n'imposant aucune limite à sa liberté. Il est devenu un monstre et un tyran !

DISTRIBUTION DE HAUT CALIBRE

À l'invitation du comédien Benoît McGinnis, qui rêvait de jouer ce grand rôle - fait sur mesure pour cet acteur d'exception, on y reviendra -, le metteur en scène propose une lecture percutante de la pièce de Camus. Artiste doué et sensible, René Richard Cyr est aussi un homme d'idées. Il nous propose ici une production où l'intelligence est au service du théâtre. Un spectacle qui fait réfléchir à la vacuité des dirigeants actuels, moins sanguinaires et diaboliques, certes, mais non moins absurdes.

Cyr a choisi une distribution de haut calibre pour livrer ce texte. On sent que les interprètes ont bien fouillé leur personnage et qu'ils sont heureux sur scène (ce n'est pas toujours le cas). Éric Bruneau est excellent dans le rôle de Hélicon, l'ancien esclave et fidèle ami de Caligula. Benoît Drouin-Germain apporte une belle sensibilité au jeune poète Scipion. Étienne Pilon incarne avec autorité le lucide militaire Cherea. Macha Limonchik (méconnaissable avec sa longue et raide chevelure d'ébène) joue avec douceur et sensualité la maîtresse de Caligula.

On a gardé Benoit McGinnis pour la fin. Si le pouvoir de Caligula est sans limites, le talent de cet acteur est infini. De Hamlet au Roi se meurt, à chacun de ses grands rendez-vous, le comédien en met plein la vue au public, avec des performances tout simplement magistrales !

L'acteur a bien compris les motivations de Caligula, qui « récuse l'amitié et l'amour, la solidarité humaine, le bien et le mal », disait Camus du personnage existentialiste. Une entreprise vouée à l'échec, car le pouvoir, comme la liberté, a besoin de limites.

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Caligula

D'Albert Camus

Mise en scène et dramaturgie : René Richard Cyr

Avec Benoît McGinnis et 13 autres interprètes

Au TNM, jusqu'au 12 avril




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