Another Brick in the Wall: une relecture utile

Another Brick in the Wall... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)

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Another Brick in the Wall

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L'opéra est une discipline artistique plus grande que nature dont il faut parfois accepter les invraisemblances mais qui, malgré tout, réussit dans le meilleur des cas à toucher à une vérité essentielle. En transposant The Wall pour la scène, l'Opéra de Montréal a réussi non seulement à faire de l'album rock que Roger Waters a créé avec le groupe Pink Floyd en 1979 un véritable opéra moderne, mais aussi à lui insuffler une nouvelle pertinence.

The Wall, on le sait, fut d'abord un album concept que l'on pouvait s'approprier une chanson à la fois sans nécessairement entendre quoi que ce soit à sa trame narrative. Quand Pink Floyd, à l'époque, et Waters lui-même, plus récemment, l'ont adapté pour la scène, c'est devenu un show rock spectaculaire où les musiciens passaient une partie cachés derrière un mur. Le cinéaste Alan Parker s'y est attaqué lui aussi, en 1982, dans un film sans dialogues où la rock star en proie à ses démons, incarnée par Bob Geldof, devenait un zombie unidimensionnel.

Tout le contraire du Pink en chair, en os - et en voix - du baryton Étienne Dupuis, samedi, lors de la première mondiale de l'opéra Another Brick in the Wall, à la salle Wilfrid-Pelletier.

Le compositeur Julien Bilodeau n'a pas fait de cet opéra une plate adaptation lyrique de The Wall. Le fan de Pink Floyd pouvait reconnaître çà et là dans la trame musicale un motif ou un thème familier, et parfois même la ligne mélodique de certaines chansons, dont Mother, les trois parties d'Another Brick in the Wall ou encore Hey You. Mais, pour l'essentiel, ce qu'on nous a donné à entendre samedi était complètement réinventé.

Redécouvrir les textes

Dans ce nouvel environnement, le texte, défendu par huit solistes plutôt que par le seul personnage de Pink, retrouvait une importance qu'il avait peut-être perdue en se collant à des musiques que l'on connaît par coeur.

Au cours du premier acte, le regard du spectateur était tellement sollicité par les projections continues, très spectaculaires, de Johnny Ranger qu'on en oubliait presque ce qui se passait sur la scène. Ceci expliquant peut-être cela, on avait l'impression que l'orchestre et les choeurs n'avaient pas l'amplitude que méritaient pourtant les compositions de Julien Bilodeau.

Mais au deuxième acte, la magie de ce spectacle mis en scène par Dominic Champagne a fait mouche. L'Orchestre Métropolitain, dirigé par Alain Trudel, s'est manifesté, les choeurs ont pris leur envol et la théâtralité a véritablement opéré, atteignant un degré d'émotion que The Wall n'avait suscité par le passé que par les seules qualités de certaines de ses musiques.

Transformée au point d'en être méconnaissable, Comfortably Numb n'était plus le morceau de bravoure rock porté par le solo épique du guitariste David Gilmour, mais une pièce sobre et dépouillée à plusieurs voix au coeur d'une scène poignante dans laquelle Pink et sa mère se penchaient sur l'enfant qu'il avait été, lourdement hypothéqué bien avant l'âge adulte.

Et quelle bonne idée que les retrouvailles imaginaires des parents de Pink, où on ne se contente plus d'évoquer la chanteuse Vera Lynn, qui s'invite sur scène pour interpréter une We'll Meet Again très jazz age, qui cristallisait à l'époque l'espoir du retour des soldats britanniques partis au front.

Le seul véritable clin d'oeil à l'iconographie du dessinateur Gerald Scarfe, qui était au coeur du film de Parker, se produit dans la scène cauchemardesque du procès, un bal très théâtral dans lequel des vautours tournent autour du pauvre Pink.

Enfin, sans négliger le combat intérieur de son personnage principal, Another Brick in the Wall fait du récit d'origine, qui sombrait parfois dans les clichés, un commentaire actuel sur la situation politique et sociale 40 ans plus tard, sans trop forcer la note.

Ce n'est pas rien.




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