Manifeste de la Jeune-Fille: la société du spectacle

Stéphane Crête, Gilles Renaud et Maude Guérin dans... (PHOTO CAROLINE LABERGE, FOURNIE PAR LA PRODUCTION)

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Stéphane Crête, Gilles Renaud et Maude Guérin dans Manifeste de la Jeune-Fille, à Espace GO

PHOTO CAROLINE LABERGE, FOURNIE PAR LA PRODUCTION

La PresseLuc Boulanger 3/5

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On ne va pas au théâtre pour y trouver des réponses, mais «pour se poser un tas de questions», estimait le regretté Jean-Louis Barrault. Olivier Choinière, avec Manifeste de la Jeune-Fille, pousse la proposition encore plus loin, en brouillant constamment les pistes de lecture.

Brillant et épuisant! C'est notre constat après avoir assisté à la création de Manifeste de la Jeune-Fille, cette semaine, au théâtre Espace GO. Nous sommes face à un barrage de répliques, une logorrhée de mots versés durant plus de deux heures. Un théâtre qui se dilate, car le sens nous échappe... juste au moment où l'on croyait le saisir. Déroutant.

À l'instar des essais de Jean Baudrillard ou de Guy Debord, la pièce de Choinière (publiée à Atelier 10) critique les vices du système capitaliste, les sirènes de la société de consommation. Pour l'auteur de Félicité, la quête du bonheur individuel, le besoin de séduire et de consommer sont des symptômes de la marchandisation de la société. Tout est un produit à vendre. Le théâtre n'y échappe pas. 

La grande illusion

«Il n'y a rien, rien dans Manifeste que l'on n'ait pas déjà lu, vu ou entendu», affirme l'auteur en entrevue. Il a écrit sa pièce avec les onglets de Facebook et YouTube ouverts sur son ordinateur. La Jeune-Fille en question, c'est nous.

De la superwoman aux militants de gauche, de l'artiste au douchebag, du baba cool au terroriste islamiste. La Jeune-Fille, c'est aussi le reflet aveuglant des peurs et des angoisses du monde actuel. Un trop-plein pour oublier le vide. 

Les portes tournantes

Divisée en une demi-douzaine d'actes, la pièce a une structure en forme de boucle, et une conclusion étonnante (et un peu longue) dans laquelle l'auteur tend un miroir déformant au public. Chaque partie commence par des propos anodins: «Ça va? Super bien. Et toi? Super bien. À part ça? Ça va...» Et se termine sur une note très noire. Très noire. La mise en scène est audacieuse et extrêmement précise. Choinière est un grand manitou de la scène qui ne laisse rien à l'improvisation. 

La distribution est formée de sept solides interprètes de tous les âges, d'Emmanuelle Lussier-Martinez à Monique Miller. Les comédiens se transforment à chaque instant, tels des mannequins à un défilé de mode. Ils multiplient les looks et les poses, faisant écho à l'aliénation du citoyen par le capital. 

L'ingénieux décor du talentueux Max-Otto Fauteux représente un grand magasin, avec portes tournantes et étalages garnis. Il faut souligner l'incroyable travail d'Elen Ewing et de ses complices, qui ont déniché des centaines de costumes et accessoires afin de travestir les interprètes. 

Une cage dorée

Tout se perd, rien ne se crée. On pousse les limites jusqu'à remettre en question la compagnie qui coproduit la pièce. Faux cynisme? Laissons Choinière répondre: «Loin du cri libérateur, Manifeste... fait le portrait d'une société qui a enfermé la parole dans le discours. Il y a là quelque chose de follement désespérant. Mais aux libertés trompeuses, je préfère une meilleure connaissance des murs de ma prison.»

Finalement, tout n'est qu'illusion avec Olivier Choinière, comme avec Mani Soleymanlou dans 8, ces oeuvres parlent d'un monde où le pouvoir capitaliste récupère tout... Même la subversion théâtrale. 

C'est dans l'air du temps: les créateurs ne savent plus comment résister à la réalité cent fois plus spectaculaire que la fiction. À suivre!

* * * 1/2

Manifeste de la Jeune-Fille. De et mise en scène par Olivier Choinière. Avec Gilles Renaud, Maude Guérin, Marc Beaupré... Au théâtre Espace GO, jusqu'au 18 février.




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