Huit: passer à autre chose

Mani Soleymanlou partage la scène avec sept comédiens... (Photo David Ospina, fournie par la production)

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Mani Soleymanlou partage la scène avec sept comédiens dans sa pièce Huit, qui clôt un cycle de création.

Photo David Ospina, fournie par la production

La PresseMario Cloutier 3/5

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Mario Cloutier

Avec Huit, c'est la fin d'un cycle pour Mani Soleymanlou. Sans dire qu'il était temps, espérons que l'auteur d'UnDeux et Trois saura nous étonner de nouveau en s'éloignant d'une formule devenue contraignante.

À l'appel de Mani Soleymanlou, huit comédiens se réunissent pour écrire une pièce de théâtre. Ils tergiversent sur le quoi et le comment avant de refaire la fête, comme dans les pièces précédentes, Ils étaient quatre et 5 à 7. Sur fond d'élection américaine, ils parlent de ce qui les tracasse, leur fait peur ou leur donne espoir. 

La première partie du spectacle, où les huit complices se creusent les méninges pour trouver un sens à leur travail dans un contexte de création collective, est nettement la plus réussie des deux. La plus énergique et drôle, en tout cas.

Entre l'intello, Emmanuel Schwartz, et l'émotive, Geneviève Schmidt, et avec Mani, le metteur en scène qui annonce que «ça va être weird» et qui veut «être plus signifiant», on frôle l'absurde tout en abordant des sujets comme les affres de la création et la vulnérabilité des artistes. 

Même un neuvième personnage intervient, Jean, le régisseur de plateau, qui parle tout en s'occupant de la musique et des effets sonores.

Un spectacle de fin d'année?

La deuxième partie, malheureusement, s'avère trop longue. Le rythme créé au début ralentit et plusieurs blagues faciles - «Trump le clown à la face de noune», «Demande avant d'y pogner la plotte» - tombent à plat.

Les thèmes abordés durant cette séquence font parfois penser à un spectacle de fin d'année - Trump, la Syrie, les travaux routiers à Montréal, le sexe-performance, la nostalgie du baseball - , où les institutions - religion, médias, politiciens - sont surtout la cible des railleries.

Quelques perles, tout de même, dénoncent l'époque «où les mots perdent leur sens» et où l'on désespère en se demandant «on s'accroche à quoi?». Là, le collectif semble impossible à atteindre, ici, les individualités sont triomphantes.

Cette génération de trentenaires pose le constat d'un monde «dark» et cacophonique, mais ils le font en surface, sans creuser véritablement à force de monologues inégaux. Un peu comme les chroniqueurs qu'ils aiment critiquer aussi.

Irréprochables, les huit interprètes n'ont cependant pas tous la chance de se faire valoir autant les uns que les autres. Ils sont placés en ligne, s'adressant à la foule même lorsqu'ils se parlent entre eux, leur voix est parfois enterrée par la musique. 

Bref, on peut concevoir que Mani Soleymanlou a fait le tour de ce genre de prise de parole entre réalité et fiction des interprètes-personnages. On est loin ici de la finesse psychologique et des messages pertinents d'Un, Deux et Trois

Il restera intéressant de suivre ce créateur intelligent. Faudra voir maintenant s'il saura se renouveler, en dehors d'une formule pour le moins statique, contraignante, dont il devra s'affranchir.

* * *

Huit de Mani Soleymanlou avec les interprètes. Mise en scène de Mani Soleymanlou. À la Cinquième Salle de la Place des Arts jusqu'au 28 janvier.




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