Une île flottante: Le charme toxique de la bourgeoisie ***1/2

L'histoire d'Une île flottante raconte les péripéties de... (Photo Simon Hallstrom, fournie par le FTA)

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L'histoire d'Une île flottante raconte les péripéties de deux familles bourgeoises, l'une aisée, l'autre moins, qui complotent pour marier leurs enfants l'un à l'autre.

Photo Simon Hallstrom, fournie par le FTA

La PresseLuc Boulanger 3/5

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Luc Boulanger
La Presse

Et si la vie n'était qu'un (très) long aparté ? Bienvenue dans l'univers étrange du Suisse Allemand Christoph Marthaler, un grand nom de la mise en scène en Europe, formé chez Lecoq, qui nous fait l'honneur d'une deuxième visite à Montréal, en ouverture du Festival TransAmériques.

Il présente Une île flottante, création inspirée d'une pièce de Labiche, La poudre aux yeux, qui date de 1861. Et de la poudre, le créateur en lance amplement au visage du public dans ce spectacle. La compagnie suisse nous sert un vaudeville à la sauce Marthaler. C'est-à-dire ironique et cacophonique, comique et impitoyable, ridicule et étrange.

L'histoire raconte les péripéties de deux familles bourgeoises, l'une aisée, l'autre moins, qui complotent pour marier leurs enfants l'un à l'autre. Au début, ces familles ressemblent à celles de La cantatrice chauve. Or ici, l'absurde est poussé à ses limites (et rendu par de formidables interprètes), qu'on se trouve plus près du Coeur a ses raisons de Marc Brunet que de la comédie d'Ionesco. Ça ronfle, ça pète et ça cabotine un peu sur scène, mais c'est génial ! La scène où le fils Ratinois et le père Malingear restent coincés dans une chaise est si drôle qu'elle nous a donné des crampes au ventre.

Portraits de famille

Le metteur en scène a collaboré avec sa fidèle conceptrice Anna Viebrock, qui signe scénographie et costumes. Son décor représente un intérieur bourgeois et vieillot, encombré de bibelots et de tableaux, dont des portraits de famille. La scène est encombrée d'objets, de meubles, de vaisselle... Ce capharnaüm trouve écho dans la cacophonie des répliques. Il faut dire qu'une famille parle français et l'autre allemand. 

Le metteur en scène s'amuse à mélanger les langues, les dialogues et les apartés. Il déforme la réalité et étire le temps à sa guise, multipliant les silences et les longues pauses généralement proscrites en comédie.

Et ça marche. D'abord parce que Marthaler est un maître du plateau, sollicitant notre regard constamment, meublant tous les vides et les longueurs. Et aussi parce qu'il peut compter sur huit acteurs fabuleux, dont le jeu est très physique est précis. Une mention spéciale à Marc Bodnar, dans le rôle du paternel Malingear, un acteur tout simplement sublime, qui s'abandonne sur scène comme on a rarement vu.

Au fur et à mesure que ce vaudeville avance dans le temps, on s'éloigne de Labiche pour s'approcher de Buñuel. On pense à des films comme Le charme discret de la bourgeoisie ou L'ange exterminateur. Les conventions de la bonne société s'effacent pour laisser place à l'inconscient et l'animalité des hommes.

Peu à peu, le confort est remplacé par un grand vide moral et spirituel. Celui d'une société matérialiste et consumériste qui a jeté le bébé avec l'eau du bain.

Une île flottante. De Christoph Marthaler. 2 h 15 sans entracte. Les 27 et 28 mai au Théâtre Jean-Duceppe de la Place des Arts.

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