Fendre les lacs: quand le souffle s'essouffle

Il y a de très beaux et forts moments de théâtre dans Fendre les lacs... (PHOTO DAPHNÉ CARON, FOURNIE PAR LA PRODUCTION)

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La PresseMario Cloutier 3/5

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Mario Cloutier

Il y a de très beaux et forts moments de théâtre dans Fendre les lacs de Steve Gagnon, mais le texte se perd parfois dans ses propres méandres stylistiques.

Pays de lacs et de rivières, le Québec de Steve Gagnon fait penser à celui, mystérieux et mythique, de Germaine Guèvremont dans Le survenant ou encore aux personnages de Tchekhov, paralysés par leurs propres peurs.

Un lac, huit cabanes et un enterrement. Le récit commence sur la disparition de l'un des habitants de cette terre d'eau - qu'on vient de retrouver mort - et se termine sur le départ d'une autre, tentée par un ailleurs plus ensoleillé.

Le lac en question n'est donc pas lieu de clarté et d'allégresse. Cette eau stagnante renvoie davantage à une décharge des sentiments, un étang dont la surface fait miroiter les faiblesses et les lâchetés de ses riverains.

Les élans amoureux y sont bloqués par des préjugés ou des malentendus; l'amitié y est minée par le doute et l'enfermement; l'espoir semble anéanti par les angoisses de tout un chacun.

Dans ces sables mouvants où la torpeur paralyse et où l'on peine à surnager, les femmes semblent réussir un peu mieux. Elles s'affichent comme les derniers acteurs de changement possible et souhaitable.

À ce titre, tous les membres de la distribution - avec mentions spéciales à Véronique Côté, Frédéric Lemay et Claudiane Ruelland - offrent de solides performances. Ils se donnent passionnément à ce texte pas toujours facile. Et c'est là que le bât blesse.

L'importance du rythme dans une écriture poétique reste primordiale. On a beau vouloir faire l'éloge de la lenteur, le problème vient du fait qu'en tentant de tout dire et en prolongeant les monologues, l'auteur noie complètement l'intention de départ et le pouvoir d'évocation des mots. 

Le souffle poétique, oui, il en manque terriblement sur nos scènes. Mais qui dit souffle dit respiration. L'apnée forcée de Steve Gagnon aurait demandé une meilleure relecture, à notre humble avis. Elle finit par irriter. 

Même si elle sait mettre à profit chansons mélancoliques et effets visuels réussis - eau et fumée -, l'excellente mise en scène n'arrive plus, dans ces moments précis, à empêcher Fendre les lacs de s'enliser dans son propre marécage. Et la scène finale, une envolée inopinée sur une vague idée de peuple, s'avère presque risible.

* * *

Fendre les lacs. Texte et mise en scène de Steve Gagnon. Aux Écuries jusqu'au 26 mars.

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