Fredy: la peur de réfléchir

Iannicko N'Doua, Solo Fugère, Alice Pascual et Étienne... (PHOTO FOURNIE PAR LA COMPAGNIE PORTE PAROLE)

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Iannicko N'Doua, Solo Fugère, Alice Pascual et Étienne Thibeault font partie de Fredy, la nouvelle pièce d'Annabel Soutar.

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La PresseMario Cloutier 4/5

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Mario Cloutier

La nouvelle pièce d'Annabel Soutar revient sur les événements entourant la mort de Fredy Villanueva en 2008. Cette oeuvre touffue nous invite à dépasser nos propres préjugés et autres lieux communs.

Tout le monde sait ce qui est arrivé à Montréal-Nord en 2008. L'intervention policière, la mort de Fredy Villanueva, les émeutes... Tout le monde a son idée à ce sujet et le problème réside justement dans ce conformisme tranquille si rassurant. Avec Fredy, Annabel Soutar nous met courageusement le nez dans notre propre cloaque puant d'idées toutes faites, surfaites, mal faites.

La pièce prend les allures d'une commission d'enquête. Au centre de la salle rectangulaire, une paire d'espadrilles criant l'absence de Fredy Alberto Villanueva.

Pendant 95 minutes, les principaux acteurs, témoins et gérants d'estrade de la tragédie, donneront leur point de vue sur ce qui s'est passé le 9 août 2008.

Ils sont interprétés avec brio par une troupe de jeunes acteurs polyvalents (Solo Fugère, Nicolas Michon, Iannicko N'Doua, Alice Pascual, Joanie Poirier et Étienne Thibeault) qui offrent une image fort bienvenue de la diversité culturelle montréalaise. Face aux spectateurs et comme eux, le juge (Ricardo Lamour) tente de comprendre, de faire son chemin parmi des opinions tortueuses, voire irréconciliables.

La peur de réfléchir

Toute cette histoire est empreinte de confusion. Des premiers appels à la police le soir de la tragédie jusqu'au rôle des médias, en passant par les déclarations politiques absurdes et les avocats idéalistes ou carrément racistes, tout se mêle et s'entremêle pour une seule raison: les uns n'écoutent jamais les autres, et vice-versa.

La force de la proposition théâtrale - incluant la mise en scène qui souligne les déclarations clés en utilisant, entre autres, un choeur au doigt accusateur - réside dans ce portrait de camps opposés, totalement braqués.

Le texte n'accuse personne, mais montre bel et bien que tous arrivent et repartent avec des idées déjà bien arrêtées au sujet de ce que signifie la vie et la mort de Fredy Alberto Villanueva.

Le texte et la mise en scène prennent parfois position en démontrant les travers racistes de plusieurs, la pauvreté d'une partie de la population, la difficile intégration des néo-Québécois, les questions identitaires, les contradictions policières, les ambiguïtés politiques et autres... Mais le message ne s'arrête pas là.

En fait, on sort de Fredy quelque peu perplexe, avec une vague impression de déjà vu, triste de constater que la tragédie a laissé des plaies ouvertes que personne n'ose regarder. Ce n'est qu'après quelques instants que ce théâtre «documentaire» fait son travail dans nos esprits. Et si... mais si... alors si... Fredy nous disait d'y réfléchir pour vrai à tête reposée.

Autant que la peur de l'autre, cette pièce nous dit que c'est la peur de réfléchir qui cause davantage de torts. Si l'on veut vraiment que le jeune homme ne soit pas mort en vain, il faudra un jour ou l'autre aller plus loin que les prêts-à-penser. Exactement comme le fait Ricardo Lamour en participant à la pièce à laquelle il s'était, dans un premier temps, opposé.

La main tendue par Annabel Soutar et Marc Beaupré est une invitation à ouvrir nos esprits en dehors du «nous autres» et du «eux autres», à sortir de ce que l'on sait déjà ou, pire encore, ce que l'on pense savoir.

* * * *

Fredy. D'Annabel Soutar. Mise en scène de Marc Beaupré. À La Licorne jusqu'au 26 mars.

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