Glengarry Glen Ross: dans la jungle des hommes

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Glengarry Glen Ross tourne autour de deux agents immobiliers: le vieux routier Shelly Levine (Denis Bouchard) et le jeune requin Roma (Éric Bruneau).

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La PresseLuc Boulanger 4/5

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Luc Boulanger
La Presse

Est-ce ainsi que les hommes vivent? C'est la question qui nous trotte dans la tête à la sortie de Glengarry Glen Ross, sonné par l'univers dur et cruel dépeint par David Mamet, l'un des plus importants dramaturges nord-américains. Mamet a écrit ce brûlot impitoyable en 1983. À l'époque où fleurit l'individualisme, alors que Wall Street est l'Eldorado d'une génération née pour devenir multimillionnaire. Et rien d'autre.

Glengarry Glen Ross dénonce, avec force et cynisme, la course folle aux profits, à l'appât du gain. La pièce expose un monde mené par l'argent, dans un bureau d'agents immobiliers. Toutefois, la profession reste un prétexte pour exposer un monde sans merci où il n'y a pas de place pour les faibles ou les perdants. Une «race de monde» qui, malgré ce que prétend Roma, le jeune vendeur ambitieux, n'est pas en voie d'extinction... 

Pouvoir et domination

Le pouvoir et la domination sont donc au centre de ce texte. Et le metteur en scène Frédéric Blanchette met l'accent sur les combats de coqs entre ces hommes prisonniers d'une idéologie déguisée en rêve. 

Dès la scène d'ouverture, l'émissaire de leur employeur (Renaud Paradis) installe un climat de peur, propice à la compétition vorace. Il lance un concours pour pousser les agents à mieux «performer», en ayant en tête l'a b c du vendeur: Always be closing (toujours conclure ses ventes). Seuls les gagnants garderont leur emploi...

Éric Bruneau, Sébastien Rajotte et Denis Bouchard dans Glengarry... (PHOTO FRANÇOIS LAPLANTE-DELAGRAVE, FOURNIE PAR LE RIDEAU VERT) - image 2.0

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Éric Bruneau, Sébastien Rajotte et Denis Bouchard dans Glengarry Glen Ross.

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Tous les moyens, légaux ou illégaux, sont bons pour rester dans la course. Quitte à sacrifier sa liberté et sa dignité.

La pièce d'une structure assez classique et de courte durée (moins de 90 minutes) tourne autour de deux pôles. Il y a le vieux, Shelly Levine (excellent Denis Bouchard, qui signe aussi la traduction directe et précise). Et le jeune, Roma (Éric Bruneau, formidable, dans un rôle parfait pour lui). Le premier est pitoyable. Il s'accroche à sa gloire passée, du temps où ses collègues le surnommaient The Machine. Le second a inventé le mot «fendant». C'est le coq de cette basse-cour immobilière. Entre les deux, les aspirants (dont ce savoureux duo formé de Mani Soleymanlou et de Fabien Cloutier) sont les sacrifiés du rêve américain. 

Au passage, on notera que ce sont tous des mâles blancs, alpha et retors. Des hommes qui s'illusionnent sur leur supériorité pour mieux mépriser les «plottes», les «races» et autres «tapettes». Pourtant, ce sont de simples guerriers envoyés à un combat dont nul ne peut sortir gagnant. Celui de la vanité des hommes. 

Plus qu'actuelle, cette pièce est nécessaire à une époque où l'individualisme revient en force en Occident. Et où Donald Trump est aspirant président des États-Unis...

* * * *

Glengarry Glen Ross. De David Mamet. Mise en scène de Frédéric Blanchette. Avec Éric Bruneau, Denis Bouchard, Mani Soleymanlou, Fabien Cloutier, etc. Jusqu'au 27 février au Rideau Vert.

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