La putain de Babylone: curiosité et monstruosité

Entre cabinet de curiosités et cabaret de monstruosités, La putain de... (PHOTO MARC-ANDRÉ GOULET, FOURNIE PAR LA CHAPELLE)

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Mario Cloutier

Entre cabinet de curiosités et cabaret de monstruosités, La putain de Babylone d'Andréane Leclerc ouvre la saison du théâtre La Chapelle en couleur rouge sang.

Étonnant spectacle de cirque performatif que cette Putain de Babylone d'Andréane Leclerc qui n'est pas sans rappeler Peep Show de Marie Brassard, qui ouvrira bientôt l'Espace Go.

Parler de différence, de souffrance, de plaisir en paroles crues et en gestes équivoques, «sans jugement et sans grandes idées», voilà le pari de la jeune circassienne qui signe la mise en scène du spectacle.

Andréane Leclerc crée certaines images très fortes et originales - les sculptures vivantes des sept performeuses - et d'autres plus convenues - l'utilisation du cheval de bois comme objet sexuel - pour rendre toutes les couleurs du plaisir.

Il y a bien sûr l'exploitation, la dépravation, la corruption décriées, mais aussi, et c'est toute la différence dont se réclame l'auteure, la joie de se vautrer dans la douleur et les bassesses. Sans préjugés et sans honte.

Bêtes à deux têtes, à deux dos et à deux sexes se suivent et se transforment dans cette série de tableaux qui auraient, à une autre époque, été qualifiés de blasphématoires. Ici, c'est dans l'euphorie que les femmes se déhanchent, se contorsionnent et dansent un rituel séculaire.

Les «numéros» de cirque sont invisibles, se fondant totalement dans le propos de l'auteure. Amazones, fakir, esclaves, dominatrice apparaissent à tour de rôle et tentent de prendre le contrôle de ces femmes tantôt objets consentants, tantôt bourreaux s'exprimant à coups de fouet.

La proposition est cependant quelque peu échevelée, certaines séquences s'étirent en longueur inutilement et la seule véritable ligne directrice reste la musique de Martyn Jacques, des Tiger Lillies, dont la voix de fausset donne le ton au spectacle.

En paroles et en gestes, Dieu et son fils sont «crucifiés» du début à la fin. Ce seront là d'ailleurs les seules figures masculines évoquées dans ce spectacle d'un peu plus d'une heure.

Ces femmes, qui semblaient menacées de noeuds coulants au-dessus de la scène au début, s'en libéreront à la fin en y accrochant leur sang carmin. Et la finale en corps majeurs est spectaculaire.

Bête à sept têtes, La putain de Babylone semble se vautrer dans la saleté en acceptant toutes les soumissions inimaginables, mais sa quête a quelque chose de jubilatoire, de libérateur. Le dire à sa façon, c'est déjà toute une victoire pour une nouvelle artiste qu'il faut continuer à suivre avec intérêt.

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La putain de Babylone. Mise en scène d'Andréane Leclerc. Avec Marie-Ève Bélanger, Alma Buholzer, Claudel Doucet, Dana Dugan, Bonny Giroux, Laura Lippert et Maude Parent. Musique de Martyn Jacques, des Tiger Lillies. Au théâtre La Chapelle jusqu'au 12 septembre.

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