Would: les ailleurs ****

Would de Mélanie Demers est présenté à l'Usine... (Photo: Jeremy Mimnagh, fournie par l'Usine C)

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Would de Mélanie Demers est présenté à l'Usine C jusqu'au 11 avril.

Photo: Jeremy Mimnagh, fournie par l'Usine C

La PresseIris Gagnon-Paradis 4/5

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Mélanie Demers s'éloigne de ses terrains connus pour plonger avec Would dans le monde utopique des possibles impossibles avec, pour seules matières brutes, le corps, la parole... et quelques bouts de papier.

Elle nous a habitués à des plateaux où régnait un certain capharnaüm, aux éclats et aux revirements scéniques, aux manipulations diverses d'objets et même de nourriture, à une posture emplie d'ironie et de sarcasme devant un monde trompeur et cruel composé d'individus à la recherche de leur identité flouée, avec des pièces comme Junkyard/Paradis ou Goodbye.

Mais si la chorégraphe Mélanie Demers poursuit sa recherche identitaire avec Would, elle délaisse les artifices scéniques, plongeant dans le vide du plateau nu, paré seulement de lumière, avec pour unique accessoire un chevalet et une liasse de feuilles de papier vierges, façon «Fais-moi un dessin».

Et dans ce nouvel écrin, la force de frappe de l'artiste ne faiblit pas, loin de là, elle qui est entourée de deux interprètes de haut calibre en la personne de Marc Boivin et en celle de Kate Holden.

Folle utopie

Would, comme son nom l'indique, évoque l'univers infini des possibles et se construit d'abord dans la parole. «Ce serait comme...», lancé par Boivin, ouvre la porte à une multitude de mondes rêvés, de la parfaite utopie du bonheur enfin achevé à l'immobile tranquillité retrouvée du «Big Bang à l'envers», en passant par les lubies délirantes du brocoli qui voulait devenir un arbre, mais qui ne devient pour finir qu'un très gros... brocoli.

Faisant écho aux propos de Boivin, Holden, feutre à la main, transcrit sur d'immenses feuilles de papier ses mots comme autant d'éléments d'une équation d'algèbre alambiquée sans fin dont le résultat improbable serait l'atteinte de ce futur parfait.

Tourbillonnant dans ce monde des utopies qui ouvre sur le vertige du vide, les mots des interprètes - en français pour lui, en anglais pour elle - se fracassent les uns sur les autres, enchevêtrés dans leur impossibilité, sombrant dans les abîmes du réel.

De cette danse parlée naîtra le geste. D'abord dans les bras et les mains, tendus devant le corps, dans un mouvement hésitant de celui qui veut prendre, mais n'ose le faire de peur de voir le rêve qui point filer entre ses doigts. Puis dans les corps, toujours en déséquilibre, infiniment fragiles mais pourtant téméraires dans leurs chutes répétées, qui tanguent, tombent et se relèvent, traversant sans répit la scène dans tous les sens.

Dans cette course vers les ailleurs infinis aux allures de huis clos, Boivin et Holden se livrent, sans filet de sécurité, dans une danse brute et décloisonnée qui laisse place à l'improvisation. Le filtre de la représentation disparaît et le mouvement, intime et vrai, prend place. Et c'est fasciné que l'on suit leur quête d'évasion qui, bien qu'impossible, n'est pas non plus destructrice.

Pas étonnant que Would (présentée à Toronto en 2013, mais inédite à Montréal à ce jour) ait valu à Marc Boivin un prix pour sa performance ainsi que des nominations pour la chorégraphie et la conception sonore (très belle trame créée par Joshua Van Tassel), entre autres. Affichant une belle maturité, Would ouvre sur tout un monde de possibles pour Mélanie Demers. À suivre.

* * * *

Would. De Mélanie Demers. À l'Usine C jusqu'au 11 avril.

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