Javotte: la princesse aux pieds infinis

Javotte, interprété par Gabrielle Côté, n'a rien pour gagner un... (PHOTO MARIE DESJARDINS, FOURNIE PAR LE THÉÂTRE DENISE PELLETIER)

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Javotte, interprété par Gabrielle Côté, n'a rien pour gagner un concours de beauté. Narguée par la belle et populaire Carolanne à l'école secondaire, Javotte décide de se venger.

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La PresseLuc Boulanger 3/5

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Luc Boulanger

CRITIQUE

La Presse

Que fait-on lorsqu'on est une adolescente «moche et abjecte», orpheline de père, élevée par une mère froide et méprisante dans une banlieue banale? On se sert de son imagination pour se créer une vie parallèle dans laquelle notre différence est une richesse. Et non une tare.

Or, de l'imagination, elle en déborde, la ratoureuse Javotte, personnage éponyme du roman de Simon Boulerice, adapté au théâtre par le metteur en scène Jean-Guy Legault à la salle Fred-Barry.

Ce spectacle produit par le collectif Les Casseroles, formé en 2008 par des finissants en interprétation de l'École nationale, est une des belles surprises de la saison. En plus de nous transporter avec bonheur dans l'univers ludique et unique de Boulerice, la pièce nous révèle le talent immense de la jeune comédienne Gabrielle Côté (Attentat, Pour réussir un poulet), tout simplement extraordinaire dans le rôle exigeant de Javotte.

Grande et mince, avec des pieds énormes, des yeux croches, des traces d'acné et des «sourcils qui se courtisent», Javotte n'a rien pour gagner un concours de beauté. Narguée par la belle et populaire Carolanne à l'école secondaire, Javotte décide de se venger. Elle savourera sa vengeance comme un plat qui se mange froid et se transformera en monstre. «Comme une statue de pierre, je deviendrai froide tant à l'intérieur qu'à l'extérieur et imperméable comme du marbre. Rien ne m'atteindra», écrit-elle dans son journal.

Humour noir

Simon Boulerice s'est inspiré de la méchante demi-soeur de Cendrillon pour dépeindre les états d'âme de son héroïne. Il a écrit une fable moderne et caustique, dont l'humour noir met un baume sur les blessures de l'adolescence. Reste que dans sa quête de dignité, Javotte fait plusieurs victimes collatérales. Ses obsessions la poussent aussi vers l'autodestruction. Et l'isolent de plus en plus.

L'adaptation fidèle de Jean-Guy Legault rend bien justice au roman. Malgré quelques longueurs, la production conserve le ton, la fantaisie et le rythme du livre. Legault utilise judicieusement l'espace scénique et intègre de belles trouvailles qui théâtralisent l'oeuvre: des ombres chinoises, une maison de poupées, des Barbies mécaniques...

Sa mise en scène juxtapose avec brio l'univers intérieur de Javotte (le récit est construit à partir de son journal intime) et l'action qui fait apparaître les personnages secondaires. Une horloge qu'on déplace sur scène indique le temps qui file comme dans le conte de Cendrillon.

Si tous les comédiens mettent l'épaule à la roue, notre regard est happé par la performance de Gabrielle Côté. Parce qu'elle est présente sur scène durant deux heures. Mais surtout parce que la comédienne compose un personnage attachant et terriblement vrai. Le jeu de Côté exprime toute la froideur et la méchanceté de Javotte, tout en exposant sa vulnérabilité. On ressent le profond malaise de cette adolescente «anormale», incomprise, son manque d'amour qu'elle masque pour ne pas souffrir.

À défaut d'avoir une vie «normale», Javotte a choisi de vivre à sa manière. Envers et contre tous. Et ça donne un petit bijou de spectacle!

À la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, jusqu'au 11 avril.

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