Tungstène de bile: étrange proposition

Jean-François Nadeau dans Tungstène de bile... (Photo Patrice Lamoureux, fournie par le Théâtre d'Aujourd'hui)

Agrandir

Jean-François Nadeau dans Tungstène de bile

Photo Patrice Lamoureux, fournie par le Théâtre d'Aujourd'hui

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Luc Boulanger
La Presse

C'est assurément la proposition théâtrale la plus étrange et la plus décoiffante à l'affiche à Montréal. Ce spectacle concocté par le duo de créateurs formé de Stéfan Boucher et Jean-François Nadeau, d'après le recueil de poésie de ce dernier, Tungstène de bile, ne ressemble à rien qu'on ait déjà vu !

Naviguant entre le cabaret existentialiste, le conte d'horreur, le spectacle de « slam » et la performance poético-musicale, Tunsgtène de bile rassemble les 16 courts textes du recueil dans une prestation d'une heure quarante minutes. L'acteur polyvalent (Nadeau) et le musicien (Boucher) ont créé un objet scénique hybride, aux multiples couches de sens.

Pour l'occasion, la salle Jean-Claude Germain est transformée en un cabaret avec tables, bougies et service de bar. Les deux interprètes sont repliés dans un petit coin, avec une porte et une trappe permettant des changements de scène. Une guitare électrique est accrochée au mur parmi des bidules électroniques.

Dans cet espace exigu, ingrat, les deux interprètes arrivent à créer diverses atmosphères, toutes plus étranges et inquiétantes les unes que les autres. Ils sont aidés par les éclairages d'Étienne Boucher, qui vont des néons aveuglants à la lumière tamisée, ainsi que par la musique et les arrangements sonores de Stéfan Boucher.

Conte de la folie ordinaire

Or, au-delà de l'esthétique, Tungstène de bile nous convie surtout à la rencontre de l'univers et de la parole de Nadeau. Ce dernier est un formidable acteur qui maîtrise parfaitement sa partition et rend son texte extrêmement vivant. Il incarne plusieurs personnages qui semblent tout droit sortis d'un conte de la folie ordinaire. Son corps parle autant que ses mots, tant Nadeau est habité par sa poésie.

Difficile de résumer le propos. Le récit est sombre et banal à la fois. Nadeau aborde le quotidien, la banlieue, la misère et la violence de notre époque avec une sensibilité d'écorché vif. Tungstène de bile parle surtout du désenchantement du monde, à travers une langue très imagée, joualisante, parfaitement maîtrisée et diablement originale.

La production n'est pas parfaite. La mise en scène s'égare par moments. On aurait pu ramasser et couper ici et là, question d'enlever quelques longueurs et confusions dans la trame dramatique. Toutefois, la pièce a les qualités de ses défauts. Ses (petites) imperfections en font un spectacle encore plus unique et touchant.

Finalement, avec sa création, Jean-François Nadeau plonge sans filet pour nous montrer l'état d'urgence qui habite son âme. La lumière incandescente qu'elle dégage risque de vous habiter longtemps.

*** 1/2

À la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui, jusqu'au 4 avril.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer