Auditions ou Me, Myself and I: le sonnet d'Angela

Dominique Quesnel dans Auditions ou Me, Myself and I.... (PHOTO FOURNIE PAR LE QUAT'SOUS)

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Dominique Quesnel dans Auditions ou Me, Myself and I.

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Créer dans la contrainte. Voilà ce que continue à faire avec intelligence et humour la metteure en scène d'origine allemande Angela Konrad. Après avoir jeté un éclairage nouveau sur La cerisaie de Tchekhov, la voilà qui explore dans Auditions ou Me, Myself and I la mécanique de la tyrannie en s'inspirant du personnage de Richard III.

La distribution de la pièce Audition ou Me,... (PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE) - image 1.0

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La distribution de la pièce Audition ou Me, Myself and I: Stéphanie Cardi, William Durbau, Dominique Quesnel, Marie-Laurence Moreau, et Philippe Cousineau, avec la metteure en scène Angela Konrad (à l'avant).

PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE

Nous sommes dans la salle de répétition du Quat'Sous en présence d'une metteure en scène névrosée et autoritaire (Ricki) qui veut monter la pièce Richard III, de Shakespeare. Cette femme de théâtre impitoyable, interprétée par Dominique Quesnel, recevra des acteurs pour les passer en audition.

C'est précisément dans son rapport avec ses acteurs que se dessinent les contours du personnage de Richard III. Tout en les méprisant ouvertement, la metteure en scène sait les courtiser et les charmer. Mais c'est pour mieux les dominer, les manipuler. Comme le fit le duc de Gloucester pour devenir roi.

Dans ce rôle, Dominique Quesnel vous donnera des frissons dans le dos. Elle est tout simplement sublime. S'adressant par moments directement au public, à l'instar de Richard III dans la pièce de Shakespeare. Créant le même malaise parmi les spectateurs, témoins silencieux de ses machinations.

Il faut dire que le lieu de la représentation est particulièrement bien choisi, les quelque 50 spectateurs entourant les comédiens ayant avec eux un rapport de proximité extraordinaire. Les extraits de Richard III choisis par Angela Konrad sont aussi parfaitement intégrés au récit de la création de cette oeuvre.

Ce jeu de miroirs est particulièrement efficace. D'autant que la méthode forte et le narcissisme de la metteure en scène finiront par l'isoler. Faute de budget, la pièce ne verra jamais le jour. Les acteurs, eux aussi, quitteront le navire. Une oeuvre inachevée, donc. Comme se décrivait lui-même Richard III: «Un être inachevé...»

Tout en transposant la tyrannie de Richard III dans le personnage de Ricki, Angela Konrad aborde de front les difficultés économiques que rencontrent les créateurs. Elle qui doit «trouver un concept qui ne coûte rien». Le public se trouve ainsi face à la bête réalité du contexte de création extrêmement précaire des artistes de la scène.

Au cours de ses auditions, la metteure en scène en profitera d'ailleurs pour partager sa vision de l'oeuvre de Shakespeare. Elle opte notamment pour une relecture féminine de l'oeuvre de Shakespeare, affirmant que le dramaturge anglais «ne se faisait pas d'illusions sur la bêtise de l'homme». Des passages savoureux.

Les comédiens entourant Dominique Quesnel jouent parfaitement leur partition. À commencer par Lise Roy, excellente dans le rôle de la mère de Ricki. Philippe Cousineau (Richard III), Marie-Laurence Moreau (Lady Anne) et Stéphanie Cardi (l'assistante) participent tous à cette création collective qui finit par capoter.

Le poète Charles Baudelaire disait à propos du sonnet: «Parce que la forme est contraignante, l'idée jaillit plus intense!» Voilà qui résume bien la démarche d'Angela Konrad, qui parvient avec trois fois rien à nous faire un portrait contemporain de Richard III, tout en nous parlant de création. Chapeau bas.

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Au Quat'Sous jusqu'au 31 janvier.

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