Les chroniques de Saint-Léonard: Insignifiantes chroniques

Dans une famille italienne de Saint-Léonard, un couple... (PHOTO: FRANÇOIS BRUNELLE, FOURNIE PAR LA COMPAGNIE JEAN-DUCEPPE)

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Dans une famille italienne de Saint-Léonard, un couple cherche le courage de faire une annonce à ses parents.

PHOTO: FRANÇOIS BRUNELLE, FOURNIE PAR LA COMPAGNIE JEAN-DUCEPPE

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Le succès de la version originale anglaise des Chroniques de Saint-Léonard, l'an dernier au Centaur Theatre, était de bon augure. Plus de 20 000 billets vendus en quelques semaines à peine, ce n'est tout de même pas banal, vous en conviendrez.

Ajoutons à cela les faits d'armes de l'auteur Steve Galluccio (Mambo Italiano, Surviving My Mother, Funkytown), excellent scénariste et dialoguiste, et il y avait de quoi nous mettre dans des dispositions extrêmement favorables.

Malheureusement, cette nouvelle production française mise en scène par Monique Duceppe est d'une douloureuse insignifiance. À trop vouloir nous plonger dans le plat quotidien de cette famille italienne de Saint-Léonard, les créateurs nous plongent dans un profond ennui.

Le texte traduit par Steve Galluccio lui-même (une première) y est pour beaucoup. Songez au fait que Michel Tremblay avait signé la traduction de Mambo Italiano... On est loin de notre profit ici. L'auteur a beau être trilingue, il n'y a ni rythme ni musique dans ses dialogues.

La version anglaise avait peut-être le souffle et l'humour appropriés. Ce n'est pas le cas dans ces Chroniques francophones où l'on passe du coq à l'âne pendant près d'une heure en multipliant les banalités, tandis que les «blagues» tombent à peu près toutes à plat.

Autour de la table

Robert et Terry (Pierre-François Legendre et Émilie Bibeau), jeune couple d'origine italienne, reçoivent leurs parents respectifs à souper. Comme tous les dimanches soirs. S'ajoute aux invités la grand-mère de Robert («nonna»), qui n'a plus aucun filtre et dit absolument tout ce qu'elle pense.

Toute la pièce, à l'exception de la scène finale, se passe autour de la table. Un défi en soi, qui nous renvoie constamment aux dialogues, maladroits. La mise en scène statique ne sert pas non plus le jeu des comédiens. À moins d'y voir le poids de la famille.

La pièce s'ouvre sur cette nonna impertinente, interprétée par Béatrice Picard, qui débite ses souvenirs de jeunesse. La comédienne s'en sort relativement bien, mais la décision de la faire parler avec un accent - mi-italien mi-québécois - n'est pas heureuse.

Cela dit, on comprend le choix de Galluccio. Tous ceux qui ont des parents immigrants le savent: leur français parlé mélange souvent les accents et les expressions, c'est très particulier et ça peut être très drôle. Encore faut-il être en mesure de le reproduire convenablement.

Toute l'intrigue de la pièce repose sur ce «quelque chose» que le couple veut annoncer à ses parents et qu'il ne trouve pas le courage de faire. Sans vendre la mèche, disons que les jeunes mariés veulent prendre une petite distance par rapport à leurs familles.

Car c'est de cela que nous entretient Steve Galluccio: la présence quasi étouffante de la famille, qui impose sa vision de ce qui est bien et de ce qui est mal. De ce qu'il est permis ou interdit de faire. Officiellement, s'entend.

Voilà un terreau fertile pour une comédie dramatique. Un thème d'ailleurs brillamment abordé dans le film Héritage de la réalisatrice palestinienne Hiam Abbass. Mais l'auteur de Mambo Italiano reste dans l'anecdote.

Réveil tardif

Heureusement, dans la dernière demi-heure de ces Chroniques, il se passe enfin quelque chose. Les secrets de famille que l'on nous cachait depuis le début sont brusquement révélés. À peu près tous en même temps d'ailleurs...

Quelques scènes-clés parviennent à sauver cette pièce de la catastrophe. On pense à l'évocation par Pauline Martin de son aventure avec un certain Giovanni, ou à Sylvie Potvin, jalouse d'elle, qui se demande si elle est la seule femme de Saint-Léonard à être fidèle à son mari.

L'ultime scène, avec le spectre de la nonna, est aussi franchement réussie. Encore une fois grâce au talent de l'expérimentée Béatrice Picard. Ce qui nous fait croire qu'un peu de mouvement n'aurait pas nui.

Y a-t-il quelque chose à retenir de cette pièce qui fait usage d'à peu près tous les clichés imaginables? Au fond, la grand-mère est le seul personnage qui est critique des traditions italiennes. Parce qu'elle en a payé le prix. Voilà une piste...

Mais non! Paradoxalement, le jeune couple décide de marcher dans les pas de ses parents et d'embrasser ses traditions. Le voici revenu dans le droit chemin. Merci, bonsoir. Après tout, ce sont des Italiens de Saint-Léonard!

Au Théâtre Jean-Duceppe jusqu'au 7 février.

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