Maxime Girard: des lendemains difficiles

Maxime Girard ressent le besoin de parler de... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

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Maxime Girard ressent le besoin de parler de son accident. «Ça me libère. Pas pour dire que je vais bien, parce que c'est toujours aussi difficile. Encore aujourd'hui, j'aurais préféré mourir.»

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Deux ans et demi après l'accident qui l'a rendu tétraplégique, le jeune artiste de cirque Maxime Girard brise le silence. Depuis quelques semaines, il multiplie les entrevues pour promouvoir le spectacle de sa Fondation 33. Un projet qui lui a donné une raison d'être. Pour l'instant. La Presse l'a rencontré chez lui.

Nous l'avions remarqué dans le spectacle A Muse des 7 doigts de la main à Mexico City. C'était à l'été 2012. Maxime Girard participait à un numéro époustouflant de trampomur et de planche sautoir. Le jeune artiste de cirque a poursuivi sa lancée en Suisse en jouant dans le cabaret Oh La La!, mais quelques mois plus tard, le 19 février 2013, sa vie a basculé. Littéralement.

Au cours d'une performance organisée par Milord Entertainment à Oman, dans le sud de la péninsule Arabique, il rate une nouvelle figure exécutée sur un trampoline. La conséquence est immédiate: compression totale de la moelle épinière. Quand il se réveille de son coma, deux semaines après sa chute, il se rend compte qu'il ne peut plus bouger aucun de ses membres. Pendant deux mois, il ne pouvait même pas respirer seul.

«Ça faisait 45 fois que je faisais ce numéro-là, donc je le connaissais bien, mais je travaillais sur de nouvelles figures et, ce soir-là, je me suis dit que j'essaierais un nouveau mouvement, raconte Maxime. Or, je me suis perdu dans les airs. J'ai essayé de reprendre ma rotation, mais je n'avais pas assez de hauteur. Je suis tombé sur le matelas de réception, dans l'angle parfait pour me fracturer les vertèbres.»

Parole libératrice

Son histoire, il la raconte inlassablement depuis quelques semaines. Difficile de revenir sur ces événements? «Non, répond-il. Les premiers mois, tout le monde t'offre de l'aide, mais tu n'as pas vraiment envie d'en parler. Maintenant, je ressens le besoin d'en parler ouvertement, ça me libère. Pas pour dire que je vais bien, parce que c'est toujours aussi difficile. Encore aujourd'hui, j'aurais préféré mourir.»

Oui, il a toujours été conscient du risque qu'il prenait comme artiste de cirque. «Le cirque sans danger, c'est plate, non? On est accro à l'adrénaline; c'est ce qui nous fait avancer. Mais en même temps, c'est ce désir-là qui m'a mis en fauteuil roulant. Je m'en veux toujours. Je me dis que j'aurais dû mieux connaître mes limites. Je ressens encore beaucoup de colère.»

De l'entrain

Cette année, il a quand même trouvé la force de monter un spectacle pour sa Fondation 33 (pour les 33 vertèbres), avec une quinzaine d'amis artistes - parmi lesquels Alex Royer, Fletcher Sanchez, Raphael Cruz, Eric Bates. Son but est de venir en aide aux gens qui ont vécu des traumatismes graves, qui vivent en fauteuil roulant, mais qui n'ont pratiquement aucune ressource.

«J'ai eu la chance d'avoir une indemnité et des ressources financières, lance Maxime. J'ai pu adapter mon logement, je peux utiliser le transport adapté, mais il y a plein de gens qui ne peuvent pas se payer ça. J'aimerais pouvoir leur offrir une aide directe. En mai dernier, on a amassé 24 000$. J'aimerais pouvoir organiser deux spectacles par année et remettre les fonds le 19 février...»

À l'évidence, sa fondation lui a redonné de l'entrain. Malgré cela, sa réalité quotidienne le rattrape. «La société veut qu'on aille bien. Je suis sûr que les gens vont penser que je suis heureux parce que j'ai une fondation et que j'aide les autres, mais ce n'est pas aussi simple. La fondation me permet de m'épanouir d'une certaine façon, mais ma vie personnelle est difficile. Je ne peux pas dire que je suis heureux.»

Terrifiante solitude

Ce qui lui fait le plus peur, c'est sa solitude. Au moment de l'accident, il avait un copain. Ce dernier l'a soutenu pendant toute l'année qui a suivi l'accident, mais, à un moment donné, il a eu la possibilité d'aller au Japon et il est parti.

«C'est difficile d'imaginer que je vais pouvoir rencontrer quelqu'un qui va vouloir bâtir sa vie avec moi sans sentir qu'il va passer à côté de la sienne. Je n'ai aucun espoir de ce côté-là.»

«Je suis quand même vraiment bien entouré, assure-t-il, mais mes amis de cirque sont souvent partis. Mes parents vivent au Lac-Saint-Jean; je ne peux pas tout le temps appeler du monde. Dans une vie normale, tu vois une personne ou deux par semaine, le reste du temps, tu es tranquille, tu as travaillé, tu as côtoyé du monde. Ce n'est plus mon cas.»

Il reste que ce projet de spectacle (Hook up: un cabaret sans lendemain) lui tient à coeur. Plus que tout. «Ça se passe dans l'ambiance d'un bordel des années 20. Je me suis inspiré d'une chorégraphie que j'avais montée en regardant le film Zorro. C'est un cabaret un peu décadent, qui traite beaucoup du moment présent. De tout ce qu'on fait sans penser au lendemain.»

Maxime y voit un parallèle avec ce qu'il a vécu: «Quand on se réveille d'un coma, et qu'on se rend compte qu'on va vivre en fauteuil roulant, on se retrouve dans un sacré bordel. Tu ressasses ton passé en essayant d'entrevoir l'avenir, tu es pris entre les souvenirs et les rêves. Tu fuis la réalité. Tu essaies de t'accrocher à quelque chose. D'une certaine manière, le spectacle traite de tout ça.»

Sommeil réparateur

L'entretien tire à sa fin. Maxime est fatigué. Ces entrevues l'animent, mais elles bouffent toute son énergie. Dort-il beaucoup? «Je passe beaucoup de temps au lit, avoue-t-il. Dormir, c'est magnifique. C'est le plus bel échappatoire. Quand tu dors, tu es comme avant. Quand je feele pas, je dors. Ça me fait toujours du bien.»

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Hook up: un cabaret sans lendemain est présenté à la gare Dalhousie, dans le Vieux-Montréal, les 20 et 21 novembre.

Information sur la Fondation 33: www.fondation33.com

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