Dirty Dancing: second degré, es-tu là?

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La comédie musicale Dirty Dancing a donné l'occasion à nos journalistes d'échanger sur ce film de 1987 devenu un classique.

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Nos journalistes Chantal Guy et Hugo Meunier ont assisté, mardi à la Place des Arts, à la première de la comédie musicale Dirty Dancing, inspirée du film du même nom devenu un classique. Ils échangent ici leurs impressions.

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Pour notre journaliste Chantal Guy, la comédie musicale Dirty Dancing ressemblait à « un résumé du film pour la scène, comme si on regardait le film en zappant pour arriver aux meilleurs bouts. »

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« Oui, bien sûr, il y avait plein de choses qui clochaient, a constaté notre journaliste Hugo Meunier. Oui, Bébé passe trop rapidement de super poche et coincée à une version lubrique de Lord of the Dance. »

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Chantal Guy: Hugo, où en étais-tu dans ta vie en 1987 quand Dirty Dancing est sorti au cinéma ?

Hugo Meunier: En 1987, j'avais une coupe champignon, probablement un chandail Fido Dido et je venais d'emménager à Saint-Eustache. J'avais un voisin roux. Mais j'imagine que l'idée est de nous replacer dans l'esprit Dirty Dancing, alors, pour une raison inconnue, j'ai vu le film plusieurs fois et le poster était assez populaire dans la chambre des grandes soeurs de mes amis, avec ceux des New Kids on the Block. Et toi ? Déjà à La Presse ? (Ben non !)

CG: J'avais 13 ans et je portais pour les derniers jours de ma vie des lunettes roses, une permanente et des vêtements de couleurs fluo. Dirty Dancing est le dernier film qui a fait battre mon coeur de très jeune fille - qui vivait des « changements », comme le chantent Les Trois Accords - juste avant de devenir une ado sombre, pessimiste, qui s'habillait toujours en noir. Mais en 1987, j'ai tellement tripé sur Dirty Dancing que je suis allée le voir trois fois au cinéma, en pâmoison devant Patrick Swayze qui, pour moi, avait quand même l'air d'un monsieur (un beau monsieur, mais un monsieur). Et comme je portais la même coupe que Jennifer Grey, je m'identifiais beaucoup à elle.

HM: Wow, ce film marque la fin de ton innocence, en quelque sorte. C'est donc en tant que fans finis (mettons) que nous nous sommes engouffrés dans la salle Wilfrid-Pelletier, drette au centre du parterre. Des places idéales pour voir si les amours tumultueuses entre Bébé et Johnny Castle avaient bien vieilli. J'avoue que l'histoire était floue dans ma mémoire. Je me souviens vaguement d'une bluette pour adolescentes à la puberté, mais surtout de plusieurs répliques cultes en français. À vrai dire, je n'ai jamais vu le film dans sa langue originale.

CG: J'avoue que l'idée même d'une comédie musicale adaptée de Dirty Dancing me paraissait étrange. Parce que ce film-là, au départ, est étrange. Bien que l'histoire se déroule en 1963, c'est plein d'anachronismes musicaux et, aujourd'hui comme hier, ce mélange continue à me mélanger. Ça et plein de répliques cultes parce que souvent très drôles sans le vouloir. Tout au long du show qu'on nous présente ici, je n'ai pas trop compris s'il fallait le prendre au deuxième ou même au troisième degré. Pour tout dire, j'ai eu l'impression de voir un résumé du film pour la scène, comme si on regardait le film en zappant pour arriver aux meilleurs bouts. Eleanor Bergstein, scénariste du film, a composé un livret beaucoup trop collé au montage du film et pas assez dans l'esprit « comédie musicale », à mon avis.

HM: Du calme avec ta critique assassine ! Tu tournes malicieusement les coins ronds... Oui, tu t'es tournée vers moi, entre deux danses cochonnes et la scène avec des pastèques, pour me demander s'il y avait un deuxième degré. Mais il faut admettre que le décor kitsch, les microjupes, quelques chorégraphies affriolantes et les vidéos de feu de camp campaient bien l'ambiance. Et le monde avait l'air de triper solide, à en juger par quelques ovations spontanées. Je juge cependant sévèrement la fille de 30 ans à côté de moi qui n'avait jamais vu le film et l'envolée sur Martin Luther King. Hé, on n'écoute pas un truc basé sur un film d'Oliver Stone là, on se tape Dirty Dancing !

CG: L'envolée sur Martin Luther King n'était même pas dans le film ! Ils ont rajouté ça pour justifier l'absolue indifférence du film à l'actualité des années 60, mais ça ne dure qu'une minute, ce qui est encore plus bizarre. Et justement, il me semble que quelqu'un qui n'a jamais vu le film ne peut absolument pas comprendre ce qu'on lui présente avec ce show. Notre voisine de 30 ans nous a dit : « Je trouve ça un peu froid », alors que c'est Dirty Dancing ! C'est censé être hot ! Mais on nous garroche les scènes connues du film - et si tu ne les connais pas, ça doit sembler encore plus garroché, avec Martin Luther King, un avortement, des vols de bijoux, un premier amour et des danses lascives (pas cochonnes, Hugo, LASCIVES !).

HM: Oui, bien sûr, il y avait plein de choses qui clochaient. Oui, Bébé passe trop rapidement de super poche et coincée à une version lubrique de Lord of the Dance. Oui, la chimie ne pogne pas entre les deux danseurs (acteurs ?) principaux. Oui, les images sur écran géant simulant les répétitions de LA chorégraphie effectuées dans l'eau et dans la forêt repoussaient les limites du mauvais goût, en plus de donner un côté fantomatique à la Ghost au faux Patrick Swayze. Mais une partie de moi aime penser que tout ça était voulu, calculé. Ça se peut, ça ?

CG: Tu oublies la scène où l'acteur principal MIME la conduite d'une voiture, comme si on était à un spectacle de fin d'année au secondaire. Tu te demandes si tout ça était voulu, calculé ? Ça, c'est l'espoir de dernier recours du critique hébété devant une proposition absurde qui ne tient pas la route. N'empêche, toutes les maladresses de cette adaptation, c'est du bonbon, et j'ai quand même crié de joie à la fin quand Johnny sort la fameuse phrase : « On ne laisse pas Bébé dans un coin » (malheureusement en anglais, parce que moi aussi, j'ai toujours vu le film en français).

HM: Oui, tout ça pour ça, en somme. Comme Hotel California dans un show des Eagles, les gens y allaient pour ZE toune finale et peut-être une réplique ou deux (grande absente : « Johnny, arrête de courir après ton destin comme un cheval sauvage »). Mais pas le choix d'admettre que d'étranges émotions se sont emparées de moi - et de la foule - dès les premières notes de She's Like the Wind. Je n'oublierai d'ailleurs jamais tes cris stridents et ton « C'est merveilleux ! » lancé spontanément. Tu as même tenté de me prendre la main, me confondant avec un Patrick Swayze au sommet de sa forme. Bref, je ne regrette pas d'y être allé ; ça change d'une énième soirée gaspillée sur Netflix et j'ai vu Guillaume Lemay-Thivierge. Pis toi ? Ton verdict ?

CG: Ça m'a justement donné le goût de vérifier si Dirty Dancing est sur Netflix, afin de le revoir pour sauver mes premières impressions aussi impitoyablement exploitées dans un but mercantile. Parce que ce show danse vicieusement sur nos souvenirs. Je ne regrette pas non plus ma soirée, mais je n'irais pas jusqu'à chanter « I had the time of my life ». Mention spéciale à la comédienne qui joue la soeur jalouse et fatigante de Bébé ; elle surpasse l'originale.

HM: Plaisir partagé, on remet ça n'importe quand. La comédie musicale Mary Poppins ne commence pas bientôt, justement ?

Dirty Dancing, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts jusqu'au 5 juin

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