65 ans du Rideau Vert: deux femmes en art

En 1948 naissait le Rideau Vert. Le théâtre... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE)

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En 1948 naissait le Rideau Vert. Le théâtre était dirigé par une administratrice surnommée Mecha (Mercedes Palomino, à gauche) et les gens venaient en grand nombre pour y voir jouer Yvette Brind'Amour, surnommée Madame.

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Bien avant la Révolution tranquille, deux femmes seules et sans appui financier fondent une compagnie qui deviendra le premier théâtre permanent au Canada. Contre vents et marées, le Rideau Vert a survécu à Yvette Brind'Amour et Mercedes Palomino. Michel Tremblay rend hommage aux deux fondatrices.

«Il fallait beaucoup de toupet et du courage pour se lancer seules dans une telle aventure, déclare Michel Tremblay. Le plus beau dans toute cette histoire, c'est que ce théâtre a été fondé par une femme forte qui admirait une grande actrice. Et qui voulait la voir jouer de beaux rôles sur la scène.»

En 1948, le Rideau Vert est donc né de l'amour du théâtre. Passionnées, ses deux directrices se complètent à merveille: une actrice surnommée Madame et une administratrice d'origine espagnole qu'on appelait affectueusement Mecha. La star et la femme d'affaires. Heureux mariage pour garantir le succès d'une entreprise culturelle... toutes époques confondues!

«On voyait souvent des gens se présenter aux guichets du Rideau Vert en demandant si Mme Brind'Amour jouait ce soir-là, se souvient Tremblay. Ils achetaient des billets sans même connaître le titre de la pièce, uniquement pour l'applaudir au théâtre!»

Tremblay, lui, voit Madame pour la première fois au Rideau Vert en janvier 1963. Il a 20 ans et s'est acheté un billet pour une représentation de L'aigle à deux têtes. Il ne se doute pas que, cinq ans plus tard, l'actrice qui joue la reine de la pièce de Cocteau programmera sa toute première oeuvre dramatique!

Une «légende» tourne autour de la création des Belles-soeurs. Encore aujourd'hui, on s'interroge sur les (vraies) raisons qui ont poussé les deux directrices à programmer la pièce. Le désir de monter une création québécoise? Le besoin de boucher un trou dans la programmation? L'envie de faire plaisir à des amis interprètes qui insistaient pour que le Rideau Vert produise Les belles-soeurs?

«Je n'ai jamais su la vérité et je ne la saurai jamais, dit Tremblay. L'important, c'est que Madame et Mecha ont produit le texte d'un jeune auteur inconnu dans un théâtre professionnel. Mme Palomino a même accepté que je conserve tous mes [15] personnages.» (La directrice avait d'abord demandé à l'auteur d'en couper au moins cinq, pour réduire la somme consacrée aux cachets.)

Toutefois, Yvette Brind'Amour venait du même milieu que Germaine Lauzon et ses colleuses de timbres. Elle a grandi rue Dorion, au pied du pont Jacques-Cartier. «La pièce devait bien brasser quelque chose en elle», estime Tremblay.

Un toit, pour toujours?

Au départ, le Rideau Vert produit du boulevard, des comédies dramatiques et du théâtre pour enfants. Or, les directrices vont aussi toucher au répertoire sérieux (García Lorca, Pirandello, Marivaux, Tchekhov) et s'ouvrir à la création québécoise, en programmant des oeuvres de Félix Leclerc, Marie-Claire Blais, Françoise Loranger...

Michel Tremblay souligne aussi que les deux directrices ont été chez elles, «dans leurs meubles», avant tout le monde, en installant pour de bon leur compagnie dans la salle du Stella, rue Saint-Denis, en 1960.

Le Rideau Vert a toujours eu une personnalité claire, ajoute Tremblay. Adolescent, j'allais au TNM pour apprendre, tandis que je sortais au Rideau Vert pour rire ou pleurer.»

La marque de Denise Filiatrault

Le Rideau Vert a traversé des crises et des creux. Après la mort de Mme Brind'Amour, en avril 1992, Guillermo de Andrea a assumé la direction artistique, sans parvenir à renouveler le public de l'institution.

Au début des années 2000, la compagnie a dû livrer plusieurs batailles pour sauver le théâtre de la faillite et de la fermeture. En 2004, le théâtre a connu la pire année de son existence: le directeur artistique est parti, on a annulé une saison au complet, enfin, le directeur général, Serge Turgeon, est mort subitement.

«Ça aura pris Denise [Filiatrault], une femme aussi déterminée et passionnée que les deux fondatrices, pour remettre ce théâtre sur les rails», conclut Michel Tremblay.

Car, sans amour et sans passion, le rideau ne se lève jamais au théâtre.

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Une soirée-bénéfice a lieu lundi, à 20 h, au Théâtre du Rideau Vert.




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