Sky de Sela : un cadeau de la part de Lhasa

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Les inévitables accidents et les blessures, ainsi que ses trois grossesses, ont mené progressivement Sky de Sela du trapèze et du cirque vers une forme de spectacle plus dépouillée, tantôt clownesque, tantôt très directe et sérieuse.

Photo: David Boily, La Presse

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Elle a été la première des quatre soeurs de Sela à s'installer à Montréal, en 1990. Vingt ans plus tard, Sky de Sela revient donner son spectacle pour la première fois ici. Une idée de Lhasa, partie trop vite pour être témoin du retour de sa grande soeur.

Même coiffée d'une tuque, Sky de Sela ressemble beaucoup à sa petite soeur Lhasa, disparue le 1er janvier dernier. «On a tous un air de famille très fort», dit-elle de ses neuf soeurs, demi-soeurs et demi-frères, le «troupeau fantastique» né de sa mère américaine aux racines albanaises et/ou de son père mexicain qui a vu le jour en Californie.

Dans le spectacle Maintenant qu'elle présentera pour la première fois à Montréal, demain à La Sala Rossa, cette artiste au parcours singulier se raconte. Après une enfance nomade passée surtout au Mexique, elle a été initiée au cirque alternatif par le Pickle Family Circus de San Francisco, fondé par les parents de sa copine d'enfance Gypsy Snider, aujourd'hui avec la troupe Les 7 doigts de la main. Après un détour par la France dans une école de cirque qui ne lui «correspondait pas», elle s'est amenée à l'École nationale de cirque de Montréal pour y travailler avec André Simard, le prof qui a révolutionné l'art du trapèze en y transposant des techniques de gymnastique. Ses soeurs Ayin et Miriam l'ont rapidement rejointe, suivies de Lhasa, la seule des quatre qui allait s'installer à demeure chez nous.

Après trois ans et demi à Montréal, Sky est retournée en France où on lui avait promis un instrument qui lui permettrait de faire du trapèze avec ses soeurs Ayin et Miriam. Elle vit toujours en Bourgogne, dans une roulotte avec ses trois filles et le papa de sa petite de deux ans et demi, et elle voit ses deux soeurs tous les jours. «C'est contagieux chez nous, on a tendance à se suivre tous», dit-elle sur le ton de l'évidence.

Son prénom peu commun, qui la destinait presque au trapèze, était tout à fait en phase avec une époque où Frank Zappa prénommait sa fille Moon Unit. «Je suis née en 1970, et nous étions tous dans cette vague-là, dit-elle de sa famille qui parcourait l'Amérique du Nord en autocar. Mais ce n'était pas juste des prénoms choisis pour faire spécial. Nos parents ont pris le temps de nous nommer soigneusement et nos prénoms se sont avérés d'une justesse incroyable. Avec le recul, on voit bien que Lhasa était un pays en elle-même, un peu distante parfois, assez philosophe. Elle avait quelque chose de sage.»

La vie de saltimbanques

La fille aînée de Sky, Karma, 14 ans, s'initie au trapèze. Maman trouve la chose «très touchante», mais précise que son papa et elle ne lui ont pas poussé dans le dos. «Je vois bien que la vie de mes enfants n'est pas non plus d'une stabilité folle, dit-elle. Ce n'est pas facile de bouger tout le temps et de ne pas être comme tout le monde quand on a une dizaine d'années. Être nomades, être saltimbanques, ça peut paraître tellement romantique, mais parfois c'est chiant! On aurait pu vivre dans une maison et avoir la caravane pour les tournées, mais on a fait le choix d'être en roulotte tout le temps. C'est inconfortable, ça use, mais en même temps c'est tellement nourrissant et créatif. Le défi, c'est de trouver l'équilibre.»

Les inévitables accidents et les blessures, ainsi que ses trois grossesses, ont mené progressivement Sky de Sela du trapèze et du cirque vers une forme de spectacle plus dépouillée, tantôt clownesque, tantôt très directe et sérieuse. Le spectacle d'une heure qu'elle donnera demain soir à La Sala Rossa est fait sur mesure pour un festival de la parole éclectique comme Voix d'Amériques.

«Ce n'est pas du cirque, ni du théâtre, mais une espèce d'hybride dont je suis fière, dit Sky. Je me maquille et je me démaquille sur scène, je ne parle pas comme une comédienne  - je n'en suis pas une - mais comme la personne que je suis et qui a envie de parler aux gens. C'est une parole très directe et intimiste: je raconte ma vie, avec distance quand même, et il y a de l'humour. J'utilise ma vie comme outil. Pourquoi pas? C'est une vie riche!»

C'est Lhasa elle-même qui a parlé du spectacle de sa soeur à D. Kimm, la directrice artistique de Voix d'Amériques. «Les dernières fois que je suis venue voir Lhasa, elle était malade et on se demandait comment je pourrais revenir plus souvent, raconte Sky. «Tu pourrais venir faire ton spectacle», a dit Lhasa. Je crois que D. Kimm a pris la parole de Lhasa - c'est une belle marque de confiance - et nous nous sommes très bien entendues quand nous nous sommes rencontrées à Paris.»

«C'est très étrange de revenir ici parce que, évidemment, je pensais que Lhasa serait là, ajoute-t-elle plus tard. Je ne peux pas nier que c'est très chargé. Mais je prends ça comme un cadeau de la part de Lhasa et, avec un peu de chance et un peu de courage, j'arriverai à faire ça un petit peu en hommage à ma soeur.»

Maintenant, de Sky de Sela, accompagnée de Benoit Jayot (contrebasse) et Pierre-Yves Martel (viole de gambe), à la Sala Rossa, demain à 20h30, dans le cadre du festival Voix d'Amériques.




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