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Le harcèlement aussi présent chez les artistes québécois

La présidente de l'Union des artistes, Sophie Prégent... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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La présidente de l'Union des artistes, Sophie Prégent

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

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Martin Leblanc, Caroline St-Pierre
La Presse Canadienne
Montréal

Les allégations sexuelles qui se multiplient à l'endroit de Harvey Weinstein font réagir un peu partout dans le monde, alors que de plus en plus d'actrices affirment avoir été victimes d'agression ou de harcèlement de la part du puissant producteur.

La présidente de l'Union des artistes, Sophie Prégent, n'est pas tombée des nues en entendant parler des nombreux incidents, et souligne que le milieu artistique québécois n'est pas à l'abri des cas d'abus de pouvoir, de harcèlement et d'intimidation.

La comédienne a accepté de répondre aux questions de La Presse canadienne, jeudi.

La situation que l'on voit avec Harvey Weinstein, est-ce que c'est un phénomène nouveau ou c'est quelque chose qui a toujours existé?

Ça a toujours existé. C'est juste que maintenant, on a un petit peu plus de courage pour en parler de façon publique et pour exposer ces situations-là au grand jour et à la société. Alors tout à coup, on en entend peut-être un peu plus parler. J'ai plein de noms qui me viennent en tête d'il y a quelques années, dans le milieu de la musique par exemple ou dans le milieu des sports. On le sait tous, on les connaît tous... C'est pas d'hier, mais c'est très difficile pour les victimes de parler de ça publiquement, parce qu'elles savent très bien ce à quoi elles devront faire face par la suite. Ça prend du courage juste pour se sortir de ce marasme-là, imaginez-vous quand il faut qu'il y ait des poursuites, c'est encore plus difficile.

Qu'est-ce que l'Union des artistes fait pour les membres qui souhaitent porter plainte?

Quand survient un problème comme ça, il y a deux façons de procéder. (En vertu) des ententes collectives, c'est clair, le producteur et l'artiste se doivent d'avoir un comportement exemplaire, moral, éthique. Ce sont les mêmes règles qu'à la Commission des droits de la personne. Si ça, ce n'est pas respecté et que ça vient à nos oreilles et que la personne veut poursuivre, il faut d'abord faire un grief. Il faut voir la nature des événements, il faut retracer les événements, il faut pouvoir les trouver, établir les faits. On fait une enquête. Et là, il va y avoir des procédures, de cette façon. On va suivre les artistes jusqu'à la fin des procédures. Si ce n'est pas par les ententes collectives, c'est personnellement que la personne poursuit. Si elle poursuit personnellement, c'est devant la Commission des droits de la personne.

En tant qu'acteurs, vous êtes des travailleurs autonomes...

(Oui), ce qui fait qu'il n'y a rien qui nous assure notre travail dans l'avenir. Harvey Weinstein, c'est un énorme producteur avec beaucoup de pouvoir, si on a l'équivalent ici au Québec et qu'on se met à dénoncer quelqu'un d'aussi grande importance, vous comprendrez qu'on devient l'artiste qui s'est inscrit en faux, qui a poursuivi, qui a dénoncé un tel producteur. Et là, c'est difficile de te défaire de cette étiquette-là après, et c'est la raison pour laquelle (les victimes) ne le font pas. Il faut comprendre une chose, quand on est dans une situation où quelqu'un a un pouvoir sur nous, sur notre carrière, et qu'il en abuse, après, c'est la confiance en soi qui n'est plus là, c'est l'estime de soi, c'est le potentiel auquel on ne croit plus, c'est tout ça.

Quel conseil donneriez-vous à une plus jeune membre à ce sujet, car ce n'est pas facile de dénoncer?

En effet, ce n'est pas facile. Mais vous savez, des cas comme M. Weinstein, plus on en parle, plus ça aide. Et ça n'aide pas juste les cas potentiels, ça aide tout le monde, à prendre une position dans la société et à dire: «Nous, collectivement, on pense quoi de ça?». On en parle, on le dit, on sait que ça existe. Et la ligne qu'on ne doit pas traverser quand on a du pouvoir sur quelqu'un, la limite, c'est mince. On parle de cas évidents, dans son cas il y a même des accusations de viol: on sait qu'il n'y a pas de demi-mesure. Mais qu'en est-il de l'intimidation, du harcèlement psychologique, sexuel? Qu'en est-il de: «Je ne te touche pas, mais je te dis que si tu fais ceci avec moi, tu vas l'avoir (le contrat). Si tu ne veux pas, tu ne l'auras pas.» Ça, ça ne fait pas mal, il n'a pas fait d'attouchement, il n'y a pas eu de viol, mais c'est de l'intimidation, c'est de l'abus de pouvoir pareil. Et, sincèrement, je ne connais personne qui n'a jamais vécu ça.

Personnellement, comme comédienne, vous l'avez vécu?

Oui, ça m'est arrivé souvent. Maintenant, je suis une vieille comédienne et je suis un peu à l'abri de ça, mais plus jeune comédienne, oui. Tu te fais écrire des rôles, il faut que tu te mettes toute nue, tu ne veux pas le faire. (...) Quelqu'un qui a du pouvoir et qui n'est pas capable d'agir humblement avec ça et qui décide d'en abuser, je ne sais pas comment on peut être à l'abri de ça. Par contre, qu'il y ait des moyens coercitifs pour faire en sorte que ces gens-là paient pour ce comportement-là, ça se peut par exemple. Ça, on peut se situer là dans une société. Je pense que plus on en parle, mieux c'est, et surtout, plus les hommes dénoncent les hommes... Les femmes, on l'a fait. Depuis que la Terre existe qu'on dénonce ce genre de comportement. Quand les hommes participent à cette discussion-là, ça prend une tout autre forme dans la société.




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