La commission Curzi-Cassivi

Pierre Curzi, ancien président de l'Union des artistes... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

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Pierre Curzi, ancien président de l'Union des artistes et député péquiste, tournera ce week-end des scènes du nouveau film de Denys Arcand, Le triomphe de l'argent.

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Pierre Curzi est particulièrement occupé ces jours-ci. L'ex-député péquiste commente quotidiennement l'actualité en compagnie de Mario Dumont à l'émission de Paul Arcand au 98,5 FM. Jeudi, le comédien a lu des extraits de Salut Galarneau! au Théâtre Outremont, afin de souligner les 50 ans du roman de Jacques Godbout. La veille, l'ancien président de l'UDA participait à une conférence de presse visant à maintenir les dispositions d'exemption culturelle de l'ALENA. Et ce week-end, Curzi tournera des scènes du nouveau film de Denys Arcand, Le triomphe de l'argent.

La semaine dernière, tu as reçu l'Ordre des francophones d'Amérique du Conseil supérieur de la langue française. Qu'est-ce que ça représente pour toi?

C'est intéressant, pour moi qui ai défendu la diversité culturelle, de recevoir un prix qui est donné à des gens du Québec, de l'Ontario et d'ailleurs. Ce n'est pas un prix nationaliste. C'est un prix pour la langue. J'avais ça en tête quand j'ai préparé mon discours. Ça m'a permis de réfléchir à mon rapport particulier à la langue. Je suis un fils d'immigrant italien. Mon père avait un accent bien marqué, que je suis incapable de reproduire. La langue dans mon cas est un hasard. J'aurais pu naître ailleurs si mon père n'avait pas migré ici. La langue, c'est comme le sol pour les immigrants de deuxième génération. Ça marque l'appartenance. Avec une langue, tu nommes les choses, tu crées ton univers. La langue devient identitaire.

Ton rapport à la langue serait différent, tu crois, si tu n'étais pas fils d'immigrant?

Je crois qu'il est plus fort parce que je n'avais pas beaucoup de famille ici. Pas de mononcles ou de matantes. Je ne connaissais pas la campagne. Je suis un citadin. J'ai grandi dans Villeray. Mon univers physique était restreint, alors je me suis construit une identité à travers la langue.

Tu es l'un des signataires cette semaine d'un manifeste qui appelle à maintenir l'exception culturelle dans l'ALENA. Le principe est en danger, selon toi?

Si les nations n'arrivent pas à conserver des outils qui empêchent les grandes corporations de faire ce qu'elles veulent, bien des cultures vont être menacées, pas seulement la nôtre. Les avantages de la mondialisation, parce qu'il y en a évidemment - j'en profite comme tout le monde -, ne compensent pas les pertes éventuelles. À partir du moment où on n'aura plus de soutien structurel pour la culture canadienne et québécoise, on ne pourra pas résister.

Tu commentes l'actualité tous les matins chez Paul Arcand, mais tu ne te contentes pas d'être un observateur. Tu t'impliques aussi plus activement. Est-ce que tu reprends le collier en quelque sorte?

(Rires) Oui. Je me suis impliqué syndicalement, je me suis impliqué politiquement dans le mouvement indépendantiste, je me suis impliqué pour la culture. Ni le syndicalisme ni la politique n'ont bonne presse. Et la culture est menacée. Les trois thèmes de mon activité publique, à part mon métier, reviennent dans l'actualité de façon un peu brutale. Je me suis demandé: combien de temps vais-je me taire ? En même temps, je trouve normal que d'autres prennent la relève, en particulier en ce qui concerne la langue. Il y a quelque chose de ringard, à un moment donné, à répéter le même discours et les mêmes arguments. La situation de la langue à Montréal, ça y est, c'est changé. Alors les arguments en faveur du renforcement de la loi 101, sans dire qu'ils sont à laisser tomber, il n'y a plus personne qui les entend. Il n'y a plus personne que ça intéresse...

On ne veut peut-être plus les entendre, mais les effets de la loi 101 sont indéniables. Les enfants de la loi 101 existent, 40 ans plus tard, et ils parlent le français. Certains, parmi les plus jeunes, sont peut-être moins conscientisés, mais les résultats sont là quand même. On a fait des progrès indiscutables depuis 50 ou 60 ans. Il faut rester vigilants, mais sans minimiser les gains.

Je ne les minimise pas! C'est juste le poids de la réalité. À Montréal, la réalité est multiculturelle, les gens viennent de partout. C'est une ville bilingue. J'ai défendu l'idée du cégep en français pour les allophones, sauf qu'une majorité de gens sont contre ça. Les jeunes parlent français, mais ceux qui vont au cégep anglophone ont essentiellement une culture anglophone. Je le comprends. L'offre est beaucoup plus grande.

Ton combat pour un cégep en français est perdu d'avance?

Jean-François Lisée se bat contre cette idée. Ça ne m'étonne pas. On s'en est souvent parlé, lui et moi. Je ne m'attends pas à ça d'un gouvernement libéral. Il y a aussi plein de gens, comme Denis Coderre, qui sont d'accord avec le bilinguisme. Moi, je suis d'accord avec le bilinguisme individuel, bien sûr, mais collectivement, je ne crois pas qu'on va pouvoir résister au nombre.

Plusieurs confondent les choses et démonisent le bilinguisme individuel. Ce qui est absurde.

Ce que je me demande, c'est: si on devient bilingue, so what? C'est le réflexe de bien des gens: pourquoi pas? Y a-t-il encore quelque chose qui s'appelle une identité collective? C'est pas fort, fort...

Moi, j'y crois plus que toi. On vit dans une société francophone. On est «maîtres chez nous». C'est la réalité. Évidemment qu'on sera toujours menacés. Et qu'il faudra prendre des décisions à la mesure de la menace, comme on l'a fait avec la Charte de la langue française.

Quand le Parti québécois décide qu'il n'y aura pas de francisation des entreprises de 10 à 50 employés, c'est un recul. Et ils ne sont pas au pouvoir!

C'est une tentative, après la charte des valeurs, de se débarrasser d'une image de radicaux et de «purs et durs», selon toi?

C'est pour ça qu'on se tait. Comment tu veux que, moi, j'aille défendre cette position-là?

On te considère comme un «pur et dur»...

Quand je parle de la langue en ces termes-là, oui. Je ne peux plus utiliser le terme «nationalisme» maintenant, avec La Meute, etc. Comment t'articules un discours auquel tu crois - et que je pense modéré - quand les mots apparaissent désuets ou galvaudés? Tout ça est ringard et mérite d'être renouvelé dans son expression, d'être porté par des gens plus jeunes. Des gens qui ont vécu autre chose. Qui n'ont pas senti d'oppression linguistique. Qui sont en possession d'un territoire, d'une économie, d'une culture.

La Catalogne va voter pour ou contre son indépendance dimanche. On suit ça de près au Québec. Sans doute parce qu'on le vit un peu par procuration...

Moi-même, j'aurais aimé ça, être à Barcelone! T'as sans doute raison qu'il y a de la procuration là-dedans. L'indépendance m'a toujours semblé être un statut politique souhaitable; mais en même temps, ce n'est pas nécessairement la seule solution. Pour moi, c'est la meilleure, mais est-ce le cas pour l'ensemble des gens?

Tu parlais tout à l'heure de ton «métier». Malgré ton implication politique et citoyenne, ton métier est toujours resté l'interprétation...

Sauf quand j'étais en politique. Quand j'étais à l'UDA, j'étais très actif quand même. Je suis un interprète. J'aime beaucoup les conteurs, dans la vie comme dans leurs oeuvres. J'ai plusieurs amis cinéastes. Je ne me considère pas comme un créateur ou un auteur. Je suis un acteur. Les autres expériences professionnelles m'ont affranchi un peu d'une certaine servitude de ce métier-là : le désir absolu ou l'angoisse de la performance. En politique, au quotidien, tu n'as pas le temps de penser à ça. Ça m'a donné une liberté comme interprète que je n'avais pas avant et que je chéris.




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