Les scénaristes captivés par l'affaire Fillon

François Fillon et et son épouse Penelope Fillon.... (PHOTO ARCHIVES REUTERS)

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François Fillon et et son épouse Penelope Fillon.

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Laurence Benhamou
Agence France-Presse
Paris

Des trahisons et rebondissements quotidiens dignes d'un drame shakespearien... Pour les auteurs de séries «politiques», télévisées ou littéraires, de la danoise Borgen à la française Les hommes de l'ombre, la campagne présidentielle française est captivante.

«On a enfin une formidable série politique française, et qui s'exporte puisque toute la presse étrangère en parle!», s'exclame, fasciné, l'écrivain et scénariste français Dan Franck, auteur notamment des Hommes de l'ombre, une série sur la communication en politique.

«Je regarde tout ça comme une série, il y a des "cliffs" (des rebondissements) tous les jours, je me délecte!», assure-t-il à l'AFP. «Et comme dans une série, le plus intéressant est de voir ce qui se passe au sein d'un même camp, avec des histoires de trahison, de famille...».

Les internautes sont sur la même longueur d'ondes, pour preuve la floraison du hashtag HouseOfSarthe sur les réseaux sociaux, une référence mêlant la célèbre série américaine House of Cards, avec Kevin Spacey et Robin Wright, et le département de la Sarthe, bastion de François Fillon.

Le candidat de la droite est plongé depuis deux semaines dans une tourmente qui lui a fait perdre son statut de favori de la course à la présidentielle, après les révélations de l'hebdomadaire Le canard enchaîné sur des soupçons d'emplois fictifs de sa femme Penelope et de deux de ses enfants comme assistants parlementaires.

«On est presque dans une pièce de Shakespeare: tout y est, l'enjeu familial, la femme trempée dans le scandale, le monde du personnage qui s'écroule sous ses pieds», relève l'écrivain français Marc Dugain, auteur de L'emprise, une trilogie mêlant politique et espionnage.

«Ce qui se passe actuellement est extraordinaire, nous, les auteurs de fictions, sommes sans cesse battus par la réalité. On peut toujours inventer des histoires, la réalité est toujours plus tordue», ajoute-t-il.

Trop invraisemblable

Jeppe Gram, coscénariste de la série danoise Borgen, un incontournable des séries politiques, s'est lui-même largement inspiré de témoignages de responsables politiques pour camper sa très réaliste Première ministre Birgitte Nyborg, mais s'avoue cette fois battu: la situation française «est vraiment un bonne série! À côté, Borgen a presque l'air innocent ou désuet...», admet-il.

La réalité dépasse tant la fiction, jugent en choeur ces auteurs, qu'un tel scénario aurait été refusé par les chaînes de télévision.

«On nous aurait dit que c'était divertissant, mais trop tiré par les cheveux», tranche Jeppe Gram. «Ce ne serait pas crédible», renchérit Dan Franck.

«Le jeu constant des apparences a un côté House of Cards. Et on a une mise en scène de l'effondrement d'un monde ancien avec des effets de chaos et d'inattendu, à la Downton Abbey», cette série britannique sur la vie d'un château, selon Philippe Nassif, un philosophe spécialiste de la pop culture.

Et s'ils devaient écrire la suite de la campagne française?

Le scénariste danois imagine le retour du président socialiste François Hollande, particulièrement impopulaire et qui a renoncé à briguer un second mandat. Ou encore un second tour opposant la candidate d'extrême droite Marine Le Pen au centriste Emmanuel Macron, où ce dernier serait touché par un scandale et Marine Le Pen gagnerait.

«Ce serait un scénario effrayant mais intéressant! Surtout si la personne qui révèle le scandale veut aider Le Pen! Mais j'espère que ce ne sera pas aussi divertissant que ça...», conclut Jeppe Gram.

Pour Dan Franck aussi, le scénario actuel est trop noir: «Dans la manière dont on se déchire à droite, ce qui me fait peur est que nous sommes dans le "tous pourris", alors que dans mes scénarios je m'efforce toujours d'avoir un personnage positif...».

«Ici seule Penelope apparaît comme une vraie victime, l'incarnation des femmes emprisonnées dans le rôle de femme au foyer... On a envie qu'elle se révolte! Ce serait une fiction formidable», ajoute-t-il. «Et si je devais la faire, je m'intéresserais aussi à celui qui a envoyé les documents au Canard... Est-il de son clan? Est-ce une vengeance?»




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