Source ID:86bf85c9-be2a-44a0-bc6f-296d88d29d99; App Source:alfamedia

Lancement de la 85e saison de l'OSM: conversation à poursuivre

Kent Nagano a lancé la 85e saison de... (Photo Olivier PontBriand, La Presse)

Agrandir

Kent Nagano a lancé la 85e saison de l'OSM hier.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

Pourquoi, au fait, réunir dans ce concert d'ouverture de la 85e saison de l'OSM Le sacre du printemps de Stravinski, le Boléro de Ravel et l'opéra de chambre Chaakapesh, le périple du fripon, oeuvre composite entre cultures autochtone et occidentale?

«Les trois oeuvres illustrent parfaitement l'équilibre que nous visons entre tradition et nouveauté; elles témoignent de notre passé et plantent le décor de nos réalisations futures. Chacune à sa manière exprime des idées révolutionnaires et fait campagne pour le progrès», résume Kent Nagano dans les notes de programme de ces deux soirées - la première étant hier et la seconde demain.

Si l'on est ouvert aux musiques imaginées depuis l'aube de la modernité, on ne peut que cautionner une telle orientation... après quoi il faut en examiner les applications. Voyons voir:

Bientôt interprété par l'OSM dans le Grand Nord québécois, Chaakapesh n'est ni une appropriation culturelle ni une oeuvre de réconciliation illustrant un idéal d'équilibre conceptuel entre les Premières Nations et le monde occidental... présent dans les trois Amériques depuis un demi-millénaire.

Voyons plutôt cette démarche comme une importante conversation à poursuivre entre artistes de bonne volonté.

Ainsi, le livret de l'auteur cri Tomson Highway se fonde sur la mythologie amérindienne et vient à la rencontre de la musique du compositeur canadien Matthew Ricketts, ponctuée d'une narration en innu (hier soir) ou en inuktitut (demain), chantée en cri et sous-titrée en français et en anglais pendant l'exécution.

La structure dramatique de ce mythe tragicomique est typique de toutes les mythologies humaines. Or, la géographie évoquée, la faune, les personnages et les grands esprits sont amérindiens... sauf ces «fesses blanches» venues d'Europe et qui déploient leur rage conquérante sur un peuple. Cette violence meurtrière sera neutralisée par le rire que déclenchera Chaakapesh, à qui le dieu Mantoo a confié cette mission pacificatrice. Sagesse amérindienne, il va sans dire.

La musique, elle, est clairement occidentale, sauf une courte interprétation au chant et tambour sur cadre par Akinisie Sivuarapik: on y repère plusieurs procédés d'écriture orchestrale pour l'opéra, qu'il soit romantique, moderne ou contemporain, de Wagner à nos jours. De prime abord, ce travail rigoureux de Matthew Ricketts en est un de synthèse, c'est-à-dire que la singularité de son écriture se trouve dans les menus détails et non dans son approche globale... de laquelle on a d'abord une impression de déjà entendu.

En fait, la fusion de cette musique contemporaine et de ce conte des Premières Nations, raconté par l'Innu Florent Vollant et chanté en langues autochtones par des solistes blancs (le ténor Owen McCausland et le baryton Geoffroy Salvas), constitue la grande particularité de Chaakapesh. L'ensemble est ici supérieur à la somme de ses parties, force est de déduire.

L'OSM avait ensuite prévu deux oeuvres signatures. Après une orchestration de 45 musiciens prévue pour Chaakapesh, on passait à 105 pour Le sacre du printemps d'Igor Stravinski. Alors? On ne pourra certes pas reprocher au maestro Nagano d'avoir été trop cérébral ou introspectif dans sa façon d'en gérer l'exécution.

Malgré quelques ratés et problèmes d'ajustements, on a ressenti le tonus nécessaire à sa réussite devant public, on a pu goûter pleinement cette oeuvre-clé de la modernité européenne, une de ces oeuvres colossales qui marquèrent la rupture entre les anciennes techniques d'écriture symphonique - de par l'usage de ces «blocs de contrastes», de concepts rythmiques très complexes pour l'époque de sa composition, d'une grande diversité de timbres orchestraux, de mélodies traditionnelles transformées par le compositeur, on en passe.

Imaginée pour un ballet évoquant un rituel sacrificiel païen, la musique du Sacre du printemps demeure un incontournable pour tout orchestre symphonique de haute tenue. On l'a encore constaté hier à la Maison symphonique.

Pour le dessert, on a eu droit au célébrissime Boléro de Maurice Ravel, joué tant de fois par l'OSM, certes l'une de ses grandes spécialités à l'époque de Charles Dutoit. Comme prévu, on a observé une différence dans l'exécution selon Kent Nagano; la montée dramatique était effectivement plus subtile... assez musclée?

À suivre demain...

______________________________________________________________________________

Orchestre symphonique de Montréal. Chef d'orchestre: Kent Nagano. Solistes: Owen McCausland, ténor (Chaakapesh) Geoffrey Salvas, baryton (Mantoo et la baleine), Florent Vollant, narration en innu (hier), Akinisie Sivuarapik, chant avec tambour (hier) et narration en inuktitut (demain), Moe Clark, chant avec tambour (demain). Mise en scène: Charles Dauphinais. Scénographie: Lisandre Coulombe. Conception d'éclairages: Robin Kittel-Ouimet. Reprise demain, 20 h, à la Maison symphonique.

Programme:

> Chaakapesh, le périple du fripon, opéra de chambre en trois scènes pour ténor, baryton et narrateur, commande de l'OSM, en création mondiale - Matthew Ricketts, compositeur, Tomson Highway, librettiste

> Le sacre du printemps (1913) - Igor Stravinski

> Boléro (1928) - Maurice Ravel




la boite:1600147:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer