Jean-Michel Blais: la somme d'une vie au piano

Jean-Michel Blais a enregistré son deuxième album, intitulé Dans... (PHOTO NINON PEDNAULT, archives LA PRESSE)

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Jean-Michel Blais a enregistré son deuxième album, intitulé Dans ma main, lors de nuits blanches dans le magasin Pianos Bolduc, situé en face du parc Jarry.

PHOTO NINON PEDNAULT, archives LA PRESSE

Jean-Michel Blais vient de faire paraître son deuxième album intitulé Dans ma main, où il intègre de l'électro à ses mélodies prenantes au piano. Le pianiste se livrait à un marathon d'entrevues la semaine dernière, avant une série de spectacles à New York, Chicago et Los Angeles. Entretien avec un musicien volubile pour qui tout choix artistique doit avoir un sens.

«Tu es tellement chanceux. Apprécie-le quand il y a des moments plus difficiles», lui a dit son confrère pianiste Chilly Gonzales.

Il est vrai que Jean-Michel Blais a eu de la chance. Or, il l'a créée, sa chance. Sa vie est une succession d'événements qui ont fait en sorte que sa carrière de pianiste a le vent dans les voiles dans des milieux de musique populaire et non classique.

Jean-Michel Blais est représenté par l'ancien label torontois de Gonzales, Arts & Crafts, qui compte dans ses rangs Timber Timbre et Tobias Jesso Jr.

«Je ne pensais pas devenir musicien», rappelle l'éducateur spécialisé qui a notamment travaillé pour le docteur Gilles Julien. Il était professeur au cégep Marie-Victorin et songeait à faire une maîtrise quand son premier album de piano, enregistré dans un appartement, a cheminé jusqu'aux bureaux d'Arts & Crafts.

On connaît la suite: l'album II de Jean-Michel Blais a figuré parmi les 10 meilleurs de l'année 2016 selon le magazine Time. «Je n'en reviens pas encore», dit-il.

De la musique qui fait du bien

Jeune, Jean-Michel Blais a étudié le piano au Conservatoire de musique de Trois-Rivières. Or, le musicien s'y sentait trop contraint dans ses élans artistiques, même si le piano calmait ses troubles anxieux au point d'interrompre ses tics nerveux.

Comme professeur et éducateur spécialisé, Jean-Michel Blais se destinait à aider les autres dans son travail. Or, sa musique a aussi quelque chose de profondément thérapeutique, voire spirituel, par sa beauté et son pouvoir d'évocation.

«Les gens ne sont pas perdus dans leur imaginaire et leur émotivité, mais ils le sont dans la musique instrumentale.»

Sa musique ne laisse personne qui la découvre indifférent. Et elle plaît à un public qui n'est pas nécessairement initié aux univers des Erik Satie et Nils Frahm.

«Parfois, parler au public après le show est plus long que le show. Cela me dit que je suis à la bonne place.»

S'ouvrir à l'électro

Plus que jamais, la musique de Jean-Michel Blais est inclassable. Malgré sa formule déjà gagnante, le pianiste s'est ouvert à l'électro pour la création de Dans ma main. «J'ai toujours admiré Picasso et Radiohead pour leur capacité à se renouveler.»

L'album, composé de 10 chansons (comme nos 10 doigts), se divise en faces A et B (comme nos deux mains). La première partie est plus classique au piano, alors que la seconde s'avère plus électro.

Pourquoi l'un et l'autre? «Le piano symbolise la réalité. Et tout ce qui est électronique est onirique, surréel, lié aux rêves... même si ce n'est pas si rationnel que cela», explique Jean-Michel Blais.

La chanson A Heartbeat Away - inspirée par la mort à vélo du père d'une amie - est scindée en plusieurs parties: une introduction mélancolique au piano, un segment électro sous haute tension et une finale apaisante.

Pour la première fois, Jean-Michel Blais ose même chanter sur la dernière chanson... intitulée Chanson. À la fin, on entend même une amie qui l'appelle. «Une autre erreur qui s'est retrouvée sur l'album.»

Parlons plutôt d'un imprévu, ce qu'adore l'artiste.

Dans ma main, de Jean-Michel Blais... (IMAGE FOURNIE PAR ARTS & CRAFTS) - image 2.0

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Dans ma main, de Jean-Michel Blais

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Des références

La personne interviewée au début d'Outsiders est Jean-Michel Basquiat, artiste de rue et peintre new-yorkais d'avant-garde. Né d'un père haïtien, il s'est fait remarquer par Andy Warhol et est mort d'une surdose à l'âge de 27 ans (lui aussi!) en 1988.

«Je l'ai découvert très jeune "dans les internets", raconte Jean-Michel Blais. Sa vie m'a marqué. C'était un outsider. Il n'avait pas de background académique.»

Basquiat faisait de l'art avec les moyens du bord. «C'est un peu comme moi qui improvise un album chez moi ou aux Pianos Bolduc.»

Jean-Michel Blais a en effet enregistré son premier album II dans son appartement. Son acolyte, le musicien électro Bufflo, y avait installé des micros. Cette fois-ci, les deux complices, assistés de Marc-André Migneault, ont passé des nuits blanches dans le magasin Pianos Bolduc, distributeur exclusif des pianos Steinway & Sons, situé en face du parc Jarry.

Brouiller les pistes

Jean-Michel Blais a intitulé une pièce Igloo en hommage à la chanson du même titre de Safia Nolin. «Cette chanson m'a renversé. Il faut chercher longtemps, mais je me suis empreint de son énergie.»

«J'ai un peu voulu démontrer où est la limite du droit d'auteur, de la propriété privée...»

Pour Jean-Michel Blais, toute chanson a ses influences.

Sur A Heartbeat Away, le pianiste a songé à échantillonner la chanson de Leo Sayer When I Need You. Mais Leonard Cohen a poursuivi Sayer pour des ressemblances avec Famous Blue Raincoat... qui aurait aussi inspiré Elton John pour l'introduction de Little Jeannie.

L'enchaînement d'accords viendrait finalement de Schubert, indique Jean-Michel Blais.

«Moi, j'assume complètement mes influences, qu'il s'agisse de Chopin, Radiohead, Granados ou Nana Mouskouri.»

Le monde

Dans le cadre du Festival de jazz, Jean-Michel Blais aura la chance de s'exécuter le 29 juin à la Maison symphonique en programme double avec le multi-instrumentiste et producteur islandais Ólafur Arnalds. Ensuite, il se produira à Londres et à Drummondville, en passant par San Francisco et Baie-Du-Febvre.

Certaines de ses chansons atteignent les 25 millions d'écoutes sur Spotify. Les villes où il est le plus populaire sur le service d'écoute en ligne sont Mexico, Madrid, Santiago, Londres et Montréal.

«Je n'ai pas connu l'époque où l'on vendait 500 000 albums. Je ne peux être nostalgique que techniquement de cette époque, comme je peux l'être de la Révolution tranquille. À l'inverse, je joue à Mexico devant des centaines de personnes et cela aurait peut-être été impossible avant.»

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MUSIQUE INSTRUMENTALE. Dans ma main. Jean-Michel Blais. Arts & Crafts.




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