Alexandre Tharaud: côté Barbara, côté Ravel...

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Ce vendredi 24 novembre, Barbara nous aura quittés depuis exactement deux décennies.

«Elle est l'un des génies de la chanson française. Dans ses mots, dans ses notes, dans sa voix. Des génies, il n'y en a pas beaucoup», soutient le pianiste français Alexandre Tharaud, inconditionnel de la disparue.

«Il y a eu 20 ans de silence après sa mort, car il était très difficile de faire ce deuil. On avait l'impression que c'était quasiment impossible d'en reprendre le répertoire. Aujourd'hui, on sort la tête de l'eau et on est de plus en plus nombreux à lui rendre hommage», explique Alexandre Tharaud, dont Barbara a modelé une part congrue de l'imaginaire.

Depuis une période assez récente, effectivement, des artistes de la francophonie se souviennent de Barbara, en soulignent l'oeuvre colossale, pensons notamment à l'excellente série radio-canadienne réalisée par Francis Legault - Barbara en noir et blanc, diffusée en 2012. Ce désir de commémorer, transcender, s'exprimer autour de Barbara est aussi le cas du virtuose français, qui s'est transformé pour l'occasion en réalisateur, arrangeur et directeur artistique.

Ainsi, il a recruté une quinzaine de chanteurs et presque autant d'instrumentistes afin d'enregistrer un album double, sorti il y a quelques semaines sous étiquette Erato/Warner Classics... C'était bien sûr avant son retour à Montréal, cette fois chez l'Orchestre Métropolitain et son maestro Yannick Nézet-Séguin, avec qui il interprétera ce soir le Concerto pour la main gauche en ré majeur pour piano et orchestre de Maurice Ravel.

Après quoi il repartira avec ses amis québécois et participera à trois des sept concerts de la tournée européenne de l'OM.

Exprimer son amour pour Barbara

Mais avant de passer à cet autre univers classique, revenons à celui de Barbara. Pour réaliser cette évocation, cet hommage, cette appropriation, Alexandre Tharaud a convaincu un florilège d'interprètes de la francophonie européenne et de sa périphérie - Dominique A, Jane Birkin, Juliette, Vanessa Paradis, Juliette Binoche, Bénabar, Jean-Louis Aubert, Albin de la Simone, Rokia Traoré, Camélia Jordana, on en passe.

«Je voulais faire en sorte qu'un artiste que j'aime profondément ait tout à coup une envie folle, un désir immense d'interpréter une chanson de Barbara. Si l'interprète manifestait cette envie, il incarnerait alors la chanson comme si Barbara la lui avait écrite.»

Mais... qu'y a-t-il à ajouter si les enregistrements originels sont jugés géniaux? On imagine alors le pianiste froncer les sourcils au bout du fil.

Alexandre Tharaud : Barbara... (Image fournie par Erato) - image 2.0

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Alexandre Tharaud : Barbara

Image fournie par Erato

«Ce n'est pas pour ajouter quelque chose à l'oeuvre de Barbara que l'on reprend son répertoire, rétorque-t-il, mais bien pour exprimer quelque chose. Lui exprimer notre amour, nous rappeler combien elle nous a donné, comment elle nous a transformés, comment elle nous a guidés, ce qu'elle nous a laissé, ce que nous sommes devenus grâce à elle.

«Chacun des interprètes a sa propre histoire avec Barbara. Lui rendre hommage, c'est aussi parler de cette histoire, c'est aussi parler de nous.»

Alexandre Tharaud estime en ce sens que la reprise réussie d'une chanson comporte les mêmes enjeux que l'interprétation de la musique classique.

«Que ce soit pour une sonate de Beethoven ou pour une chanson de Barbara, si on est cohérent avec soi-même et que l'on exprime ce que l'on est, on produit une version unique qui ne ressemble à aucune autre.»

On apprendra en outre qu'Alexandre Tharaud a fait traduire plusieurs titres de Barbara afin de les enregistrer avec des interprètes s'exprimant en anglais, ce qui explique la version traduite de Dis, quand reviendras-tu? par la Marocaine Hindi Zahra.

«Iggy Pop m'avait aussi dit oui et il n'a finalement pu l'enregistrer, faute de temps. Quoi qu'il en soit, je trouve important de traduire Barbara, car elle n'est pas tant connue à l'extérieur de la francophonie comme le sont Gainsbourg, Brel ou Trenet. Ses chansons sont universelles, il est temps de les faire connaître à l'étranger.»

De plus, afin d'étoffer cet hommage discographique assorti de pièces instrumentales sous la bannière Écho, Alexandre Tharaud et l'actrice Juliette Binoche ont élaboré ensemble un «spectacle-évocation» se fondant sur les textes des chansons et du journal inachevé de Barbara, intitulé Vaille que vivre - le spectacle tourne en Europe lorsque le pianiste n'exerce pas sa profession principale.

«Je n'ai pas un répertoire artistique si large, estime humblement le musicien, mais ce répertoire est éclectique. Au fond, vous savez, il n'y a pas tant de différences entre une chanson de Barbara et une pièce de Maurice Ravel. Il y a beaucoup plus de différences entre Jean-Sébastien Bach et Pierre Boulez!»

Côté Ravel

Nous revoilà donc côté Ravel, sujet principal d'Alexandre Tharaud à Montréal. Comme il l'a fait hier à la salle Claude-Champagne, il en joue ce soir le Concerto pour la main gauche et en rappelle le contexte de création.

«Il avait été composé à la demande de Paul Wittgenstein, un grand pianiste autrichien qui avait perdu le bras droit pendant la Première Guerre mondiale. Assez fortuné, il commandait alors des oeuvres à de grands compositeurs de son époque: Prokofiev, Britten... mais Maurice Ravel fut le seul ayant écrit un véritable chef-d'oeuvre pour la main gauche. Je l'ai joué plusieurs fois, dont quelques-unes sous la direction de Yannick Nézet-Séguin, soit avec l'orchestre qu'il dirige à Philadelphie.»

«Ça me fait très plaisir de le jouer à Montréal ! Certains chefs comme Yannick sont magiques pour les solistes, car leur présence sur scène les porte et les fait jouer différemment.»

Peu prisé par les pianistes de concert, souligne Alexandre Tharaud, ce concerto atypique représente toujours un défi, car il est, selon lui, extrêmement difficile à exécuter.

«Mais j'aime ce danger, c'est ce qui fait toute la substance et la saveur de cette oeuvre. En un seul mouvement, elle part des entrailles de la terre, jaillit, monte et monte pour se terminer par un coup de guillotine, d'une grande violence.»

On aura été prévenu!

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Ce soir, 19 h 30, à la Maison symphonique, avec l'Orchestre Métropolitain sous la direction de Yannick Nézet-Séguin. Au programme de «l'accent français»: Berlioz, Les nuits d'été ; Ravel, Concerto pour la main gauche; Saint-Saëns, Concerto pour violoncelle No 1; Debussy, La mer




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