Nagano et l'OSM prêts pour la Symphonie «des Mille»

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Le chef d'orchestre Kent Nagano et les musiciens de l'Orchestre symphonique de Montréal

Photo Bernard Brault, Archives La Presse

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Sous la direction du maestro Kent Nagano, l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM) ouvre sa saison avec la grandiose Symphonie nº 8 en mi bémol majeur, dite «des Mille», composée en 1906 et 1907 par Gustav Mahler. On l'avait surnommée ainsi parce que sa création en 1910 (à Munich) avait requis des effectifs de 1029 musiciens, solistes et choeurs d'adultes et d'enfants.

Aujourd'hui, son exécution implique encore un vaste personnel: ce soir et jeudi à la Maison symphonique, 350 artistes seront sur scène.

Sa première partie dure entre 25 et 30 minutes ; arrangée selon la vision de Gustav Mahler, l'hymne en latin Hymnus: Veni, Creator Spiritus avait été imaginée un millénaire plus tôt par Raban Maur, grand mystique et créateur de l'époque médiévale. Schluss-szene aus «Faust», sa seconde partie, dure environ heure. Le texte chanté y est puisé dans la scène finale du fameux Faust de Goethe.

«Comme s'il s'agissait d'une pièce de théâtre»

Vu l'implication des chanteurs solistes et ses parties en fondus enchaînés, la forme de cette Symphonie nº 8 a avait laissé perplexes ses premiers observateurs. Rencontré hier à la pause d'une répétition, Kent Nagano rappelle le contexte de sa conceptualisation:

«On se demandait alors si cette forme était une symphonie, ou bien si c'était l'avenir de la symphonie au XXe siècle naissant. Wagner avait déjà soulevé cette idée de l'art total intégrant musique, théâtre ou littérature. En bouleversant la forme symphonique avec le texte et le chant, Mahler avait à son tour suggéré un concept relativement comparable, puisque la deuxième partie de cette oeuvre s'approchait de l'idée de théâtre musical. Peut-on y observer des "mouvements"? Ça reste limite, car on ne peut pas compter sur les structures normales d'une symphonie auxquelles on peut s'accrocher.»

Dans cette optique, donc, le maestro Nagano y voit un rapprochement avec la dramaturgie et l'opéra: «Nous jouons un peu cette oeuvre comme s'il s'agissait d'une pièce de théâtre. Pour moi, en fait, le défi repose sur la mise en relief des contrastes orchestraux inspirés du texte.»

Selon lui, ce bouleversement structurel mis de l'avant par Mahler dans sa huitième symphonie est aussi une métaphore de l'époque. «La tension sociale était alors très grande, on observait la montée des nationalismes, les racines du nazisme étaient plantées, les comportements belligérants étaient de plus en plus répandus.» 

«Peu après la création de cette symphonie éclata la Première Guerre mondiale qui fut si terrible. L'humanité en fut transformée à jamais. En ce sens, cette oeuvre de Mahler annonce ce siècle.»

La nature transitoire, incertaine, de la forme mise de l'avant dans cette Symphonie nº 8, traduit également l'esprit ayant cours au début du XXe siècle. «On traversait une période qu'on ne comprenait pas vraiment, on ne savait pas comment cela allait finir. Cette incertitude fait partie du sous-texte de l'oeuvre», pose notre interviewé.

Le chef de l'OSM y voit une métaphore encore pertinente aujourd'hui: 

«Le texte choisi pour cette symphonie peut être vu comme une réflexion sur toutes les communautés, strates économiques ou sociales de l'époque. Les tensions sociales alors évoquées peuvent aussi refléter le contexte actuel. Il s'agit d'une réflexion universelle avec cette conclusion: on peut être sauvé par l'amour. Marguerite donne sa vie pour protéger du diable l'âme de Faust; par ce geste d'amour, elle le sauve.»

Revenir à Mahler

On sait que Kent Nagano a maintes fois ravi le public de l'OSM par sa direction d'oeuvres de Gustav Mahler. Il résume son rapport au compositeur: 

«Lorsque, tout petit, mes parents m'emmenaient au concert, ils se plaignaient de l'orchestre de San Francisco, lorsque Mahler était au programme. Fin des années 50, début des années 60, jouer Mahler était encore un peu controversé, bien que des chefs tels Bruno Walter, Rafael Kubelík ou Leonard Bernstein essayaient d'en populariser l'oeuvre. Vers la fin des années 70 et au cours des années 80, il y a eu un boom pour les exécutions de Mahler. Tant d'orchestres en ont joué, ça s'est poursuivi dans les années 90.»

Tant et si bien que... «À un certain stade de ma carrière, j'avais le sentiment que Mahler était trop joué. J'avais alors pris la décision de le retirer de mon répertoire. Il me fallut prendre un certain recul pour y en apprécier plus clairement la profondeur.»

Par la suite, Mahler est évidemment revenu dans l'univers du maestro Nagano. «Depuis que je suis à l'OSM, il est présent chaque année dans notre programmation, mais... moins que Mozart, Beethoven ou Haydn, par exemple. Si on peut maîtriser les débuts de la tradition orchestrale, il devient beaucoup plus facile de jouer Brahms, Bruckner, Mahler et les musiques du XXe siècle.»

Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano, chef d'orchestre, Sarah Wegener, soprano, Camilla Tilling, soprano, Aline Kutan, soprano, Allyson Mchardy, mezzo-soprano, Marie-Nicole Lemieux, mezzo-soprano, Michael Schade, ténor, Russell Braun, baryton, David Steffens, basse, Choeur de l'OSM (Andrew Megill, chef de choeur), Les Petits Chanteurs du Mont-Royal (Andrew Gray, chef de choeur).

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À la Maison symphonique, ce soir, à 19 h, et jeudi, à 20 h.




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