Quatuor Molinari: musique de chambre... aborigène

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À Montréal comme au Québec, au Canada ou à l'étranger, le Quatuor Molinari se démarque par ses programmes très audacieux, car il se consacre essentiellement aux XXe et XXIe siècles.

Remarquable par l'originalité et l'actualité de son répertoire, par l'excellence de son jeu, mais aussi par son ouverture aux musiques populaires de qualité (il a participé à des spectacles de Pierre Lapointe, Philippe B, etc.), le Quatuor Molinari ne cesse aussi de croître en crédibilité internationale.

Pour ne citer qu'un exemple récent, son album Kurtág - Intégrale des quatuors à cordes, paru chez Atma classique en septembre et consacré au compositeur hongrois György Kurtág, vient de récolter un score de quatre étoiles dans le prestigieux quotidien britannique The Guardian.

«Nous écoutons toutes sortes de musiques, nous lançons chacun des idées, faisons des rapprochements, tentons de choisir des pièces qui vont bien ensemble, et arrivons à trouver des concepts de concerts ou d'enregistrements», explique Olga Ranzenhofer, premier violon et fondatrice du Quatuor Molinari.

Le concert que donnera le quatuor ce soir au Conservatoire de musique de Montréal, sous la bannière «Musique aborigène», reflète bien cette démarche. Ainsi, les trois oeuvres présentées à ce programme s'inspirent entre autres de musiques aborigènes australiennes, du jeu de gorge inuit ou de musiques traditionnelles africaines.

Le programme expliqué par Olga Ranzenhofer

Les trois oeuvres présentées à ce programme s'inspirent entre autes de musiques aborigènes australiennes, de jeu de gorge inuit ou de musiques traditionnelles africaines.

Le Quatuor no 16 de l'Australien Peter Sculthorpe (1929-2014)

Ce compositeur australien, né en Tasmanie et formé en Angleterre, n'était aborigène ni de près ni de loin, mais il s'est sensibilisé à la culture autochtone australienne.

«Outre sa sensibilité aborigène, souligne la leader du Quatuor Molinari, on observe aussi des influences asiatiques dans ses oeuvres - japonaises, indonésiennes, etc. Des thèmes de ce Quatuor no 16 citent également des airs d'amour de l'Afghanistan. Il a de plus été beaucoup influencé par l'environnement, la nature, c'est pourquoi les harmoniques des cordes de ce Quatuor no 16 évoquent des chants d'oiseaux. Sculthorpe fut aussi marqué par la fragilité de la condition humaine; ainsi, ce quatuor en cinq mouvements évoque des demandeurs d'asile politique en Australie.»

Ce qui est aussi particulier avec cette oeuvre, soulève notre interviewée, c'est la partie optionnelle de didgeridoo.

«L'existence de cet instrument aborigène remonte à 20 000 ans. Cet instrument a une fonction percussive puisqu'il n'émet qu'une seule note. Le digeridoo ajoute une couleur intéressante au Quatuor no.16 somme toute assez simple, répétitif mais vraiment efficace. Pour l'occasion, il sera joué par notre invité Maxime Éthier. Ce dernier est aussi percussionniste et il construit ses propres digeridoos. Il en utilisera d'ailleurs trois distincts pour ainsi émettre trois sonorités différentes avec une part improvisée qui respecte les consignes du compositeur.»

Le Quatuor no 2 du Sud-Africain Kevin Volans

Le Quatuor interprétera le Quatuor no 2 de Kevin Volans, un compositeur sud-africain blanc né en 1949 et formé à l'européenne: il a étudié avec Stockhausen et Kagel et s'est inscrit dans cette tendance post-minimaliste nommée new simplicity.

«Il a vécu en Allemagne pour se rendre compte qu'il n'était pas européen, explique Olga. Une fois retourné en Afrique, il a réalisé qu'il n'était pas non plus tout à fait africain, ce qui ne l'a pas empêché de s'imprégner des musiques locales. Cette difficulté identitaire, en fait, a contribué à son succès, car il puise autant dans les musiques classiques et contemporaines d'Occident que dans les musiques traditionnelles d'Afrique du Sud, du Zimbabwe ou même d'Éthiopie.»

On comprendra que Kevin Volans peut inscrire dans ses oeuvres des fragments d'idées musicales issues de mondes très différents.

«On trouve dans son Quatuor no 2 des citations de Scarlatti, Händel et Stravinski qui se démarquent des autres éléments. C'est toujours en mouvement, cette musique danse et avance, nous faisons avec elle un parcours où l'on contemple de grands paysages. Ça reste minimaliste et répétitif et c'est très bien conçu.»

Le Quatuor no 1 du Canadien Christos Hatzis

Professeur à l'Université de Toronto, le compositeur Christos Hatzis puise à son tour dans le patrimoine traditionnel autochtone de son pays pour l'inscrire dans son Quatuor no 1, The Awakening.

«Une piste audio vient avec cette oeuvre, indique notre interviewée, et exprime des chants de gorge inuits. Il y a aussi des sons de synthétiseurs, des sons de trains, c'est très lyrique, estime Olga Ranzenhofer. Ces ajouts du compositeur rappellent de vagues souvenirs de son père qui était chef de train. The Awakening comporte des variations sur un thème très lyrique et assez envoûtant, et la piste audio ajoute à l'intérêt. Il y a des crescendos, de grandes envolées, un retour au calme. C'est vraiment très beau.»

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Au Conservatoire de musique de Montréal, ce soir, 19 h 30.

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