L'enlèvement au sérail: Wajdi Mouawad à l'opéra

Présenté depuis le 22 juin, L'enlèvement au sérail... (Photo fournie par l'Opéra de Lyon)

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Présenté depuis le 22 juin, L'enlèvement au sérail de Wajdi Mouawad terminera son passage à l'Opéra national de Lyon le 15 juillet.

Photo fournie par l'Opéra de Lyon

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Renaud Loranger

Collaboration spéciale

La Presse

(LYON) Wajdi Mouawad présente ces jours-ci sa vision de L'enlèvement au sérail de Mozart à l'Opéra national de Lyon, une incursion attendue dans un genre qu'il aborde pour la première fois.

Après Robert Lepage, François Girard et Marie Chouinard, Wajdi Mouawad rejoint ainsi la courte liste des artistes québécois à avoir créé un spectacle pour la deuxième scène lyrique de l'Hexagone.

«L'opéra, c'est un exercice très compliqué pour un metteur en scène. Je crois que Wajdi s'y intéresse depuis longtemps - en tout cas, nous en parlons depuis longtemps -, mais qu'il s'en était tenu éloigné jusqu'à maintenant par inquiétude, justement, de la confrontation avec ses nombreux codes», explique Serge Dorny, patron de l'Opéra de Lyon, qui suit depuis près de 15 ans la carrière du dramaturge aujourd'hui installé en France.

Renonçant à déplacer l'action à notre époque ou encore à souligner à gros traits la violence de l'affrontement entre cultures orientale et occidentale, Mouawad se révèle là où on ne l'attendait pas nécessairement et signe un spectacle sobre et élégant, portant un regard humaniste sur l'islam alors que les mouvements populistes gagnent du terrain partout en Europe.

Le sérail du titre, c'est celui où sont retenues les deux protagonistes féminines, espagnole et anglaise, capturées par un pacha turc en mal d'exotisme. La trame narrative se déroule autour de leur libération par leurs amants.

Quand Mozart écrit son opéra, en 1782, l'Europe des Lumières déborde de confiance en elle-même, le second siège de Vienne par les Ottomans remonte à moins de 100 ans. Au théâtre, on badine avec les «turqueries», on caricature cet étranger dangereux et effrayant dont le conflit a rendu l'existence beaucoup plus concrète.

Mozart suit cette tendance en surface seulement, et c'est là que la lecture de Mouawad, néanmoins non dépourvue d'humour, est d'une grande finesse.

Décelant dans l'oeuvre des correspondances, des résonances évidentes avec des thèmes qui lui sont chers - le choc de l'altérité, la beauté des femmes -, il fait habilement dialoguer les deux cultures, celle des nobles espagnols en rien moins misogyne que celle du pacha et de son palais, et certainement pas plus « éclairée » non plus.

«L'enlèvement est un opéra idéal pour Wajdi Mouawad de par sa compréhension intrinsèque des deux cultures», pense Serge Dorny, directeur général de l'Opéra de Lyon.

Comparé à celui du théâtre, le cadre opératique est cruellement rigide, la musique fixant une temporalité précise et généralement peu flexible. L'enlèvement appartient cependant à un genre, le singspiel, dans lequel les dialogues sont parlés et non chantés, la (bonne) tradition autorisant des modifications, voire une réécriture de ceux-ci.

C'est la voie qu'empruntent Mouawad et ses collaborateurs, ajoutant au passage un prologue, assorti d'une courte improvisation musicale, au cours duquel les personnages font leur apparition, les rapports entre chacun et le noeud de l'action sont définis pour les trois heures que dure le spectacle.

Si l'écueil de la rigidité est ainsi partiellement contourné, et au-delà de la pertinence de son concept, Mouawad est moins à l'aise avec la mise en scène des numéros purement musicaux, peinant à maintenir une tension, un rythme organique tout au long de la soirée.

Serge Dorny espère d'autres projets avec Wajdi Mouawad et évoque ainsi de possibles reprises du spectacle à Vancouver, Toronto et Québec.

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