Le Québec chez Kent Nagano

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Berkeley, Californie) Samedi soir, Kent Nagano était de retour à la maison, plus précisément au Zellerbach Hall, où il a dirigé l'Orchestre de Berkeley pendant 30 ans avant d'en devenir le chef émérite. Mais cette fois, le chef né en Californie était venu présenter à sa famille, ses amis, ses anciens collègues de musique et ceux qu'il a côtoyés sur les bancs d'école l'orchestre qu'il dirige depuis bientôt 10 ans : l'OSM.

« J'étais très fier d'avoir un peu changé d'identité. J'étais ici, à Berkeley, mais comme québécois. C'était à la fois bizarre et tout à fait excitant », nous a dit le maestro lors du cocktail qui a suivi le dernier des dix concerts de la tournée américaine de l'OSM entreprise le 14 mars à Washington.

Kent Nagano se sentait tellement québécois qu'à un moment donné, il s'est mis à parler en français au public de Berkeley. 

Constatant que l'anche du cor anglais de Pierre-Vincent Plante, l'une des pointures de l'orchestre, était défectueuse, le chef, un peu pris au dépourvu, a fait signe à son orchestre d'arrêter avant de s'adresser au public en français. Puis, se rendant compte de sa méprise, il a pouffé de rire.

L'instant d'après, il relançait ses musiciens dans un Sacre du printemps spectaculaire qui allait mettre en valeur le dynamisme et la personnalité de l'orchestre montréalais qu'ont tour à tour louangés le New York Times, le Chicago Tribune et le Los Angeles Times depuis deux semaines.

Au cocktail, devant ses musiciens et les invités californiens, Kent Nagano a souligné le caractère de son orchestre qui ne cède jamais à la routine : « Vous êtes un orchestre très spécial qui fait de chaque concert un soir de première. »

Pour le maestro, c'était beaucoup plus qu'un concert en terrain familier, si émouvant soit-il. « Deux villes extraordinaires, Montréal et Berkeley, ont fait connaissance ce soir », a-t-il dit après avoir vanté la vision, la joie de vivre et la sensibilité artistique de cette région de la Californie, des traits très proches de ce qu'il a découvert au Québec depuis 10 ans.

Le scooter et le surf

Ce matin-là, Kent Nagano est arrivé en scooter au rendez-vous qu'il nous avait donné à Crissy Field, là même où nous l'avions rencontré en 2006 tout juste avant son arrivée à Montréal. À San Francisco, les transports en commun sont très efficaces et ce serait du gaspillage que de circuler en grosse bagnole, nous a-t-il expliqué. Le maestro se déplace donc en scooter, et sa femme, la pianiste Mari Kodama, en petite voiture.

En ce Samedi saint, Crissy Field, l'ancienne piste d'atterrissage de l'armée américaine convertie en un parc naturel, était beaucoup plus fréquenté qu'il y a 10 ans. Entre deux photos, le maestro de 64 ans a jeté un coup d'oeil vers le Golden Gate Bridge et a pointé du doigt l'endroit où il s'adonne encore au surf, de préférence l'hiver : « C'est plus venteux, donc plus excitant ! »

Malgré son emploi du temps très serré - il s'est même permis un aller-retour en Allemagne entre deux concerts de cette tournée américaine -, Kent Nagano trouve encore le temps de revenir à sa maison de San Francisco au moins un jour ou deux chaque mois. C'est là que sont ses pianos, sa bibliothèque, ses partitions, explique-t-il. Il compte y passer plus de temps cet été.

« C'est comme une pause dont je profite pour étudier. Ce ne sont pas vraiment des vacances, mais c'est très agréable pour moi de jouer un peu de piano. Et puis on a un petit festival de musique de chambre et on invite des musiciens de Berlin, Vienne et Paris à venir y jouer avec nous à San Francisco. Ça me permet d'être un vrai musicien », ajoute-t-il dans un éclat de rire.

Un orchestre québécois

Un vrai musicien doublé d'un sociologue qui s'était bien renseigné sur Montréal et le Québec avant de s'y établir en 2006. Parce qu'il est convaincu plus que jamais qu'un orchestre ne peut grandir que s'il est enraciné dans sa communauté.

Ce qui le frappe d'abord dans l'évolution de l'OSM depuis 10 ans, c'est, dit-il, sa souplesse et sa polyvalence. « Je parle français, italien et allemand, mais l'aisance [fluency], c'est autre chose. Ça signifie parler sans accent, sans hésitation, posséder un vaste vocabulaire et pouvoir dire des choses très nuancées. »

« L'OSM est parfaitement à l'aise dans plusieurs styles, dans plusieurs langages. »

Il voit là une particularité du Québec qui s'ouvre à plusieurs langues tout en restant fidèle à la sienne propre, le français, et à son identité. Cette caractéristique, affirme-t-il, le public américain l'a sentie tout au long de cette tournée. C'était manifeste samedi à Berkeley.

« Ils ne nous ont pas dit : "Oh, un orchestre québécois !", mais ils ont parlé d'un orchestre extraordinaire, unique. Ce n'est pas important de dire que nous sommes québécois, il faut plutôt que les gens sentent qu'on est spéciaux, au-dessus de la norme, qu'on ne représente pas le statu quo, bref qu'on n'est pas juste un superbe orchestre professionnel. Il y a trop de superbes orchestres professionnels de nos jours. Moi, je cherche quelque chose de plus rare et c'est ce que j'ai entendu récemment : "Wow ! On n'avait jamais entendu un orchestre comme celui-là !" Si on lit entre les lignes, ça veut dire que nous sommes un orchestre québécois. »

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer