L'Oratorio de Noël vu par deux maestros

Avec leur orchestre respectif, les chefs Jean-Marie Zeitouni... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

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Avec leur orchestre respectif, les chefs Jean-Marie Zeitouni et Kent Nagano offrent tous deux cette semaine l'Oratorio de Noël de Bach.

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À Montréal, la fin de l'année musicale est marquée par Jean-Sébastien Bach, dont l'Oratorio de Noël sera l'étape ultime. L'oeuvre sacrée pour orchestre avec choeur et solistes est constituée de six cantates évoquant les premiers jours du Christ. Ainsi, l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM) et I Musici ont prévu leur propre lecture de cet incontournable oratorio - cantates I-II-V-VI pour l'OSM et I-II-III pour I Musici. La Presse a réuni les chefs Kent Nagano et Jean-Marie Zeitouni afin qu'ils causent ensemble de Bach et de leur direction artistique avant que leurs orchestres plongent dans l'Oratorio de Noël.

Comment situer la musique sacrée de Bach en cette période des Fêtes?

JEAN-MARIE ZEITOUNI: Bach était d'abord un musicien d'église, il a créé des oeuvres afin de marquer tout le calendrier chrétien. Évidemment, le solstice d'hiver et la Nativité sont prétextes à célébration depuis l'Antiquité. En Occident, c'est la période la plus importante, la plus festive et aussi la plus tendre, car on y commémore une naissance.

KENT NAGANO: Jean-Sébastien Bach a créé des chefs-d'oeuvre qui n'ont rien perdu de leur pertinence. Jouer Bach est donc parfaitement justifié, l'année durant comme pendant la période de Noël. Au XXIe siècle, dans ce monde tellement compliqué, il est important de s'accrocher à cette langue universelle qui casse tous les murs culturels et linguistiques. Plus que jamais, on a besoin de Bach.

JEAN-MARIE ZEITOUNI: C'est tellement vrai! Le lendemain des événements tragiques de Paris, je me suis fait jouer Bach pour m'apaiser.

Comment éviter la redondance dans l'interprétation de Bach?

JEAN-MARIE ZEITOUNI: Il y a près d'une dizaine d'années, je me souviens d'avoir assisté à l'interprétation de la Passion selon saint Jean par l'OSM, trois soirs d'affilée et... les interprétations furent toutes différentes. Il y a tellement à dire sur Bach! Dans ses oeuvres, de nouvelles choses apparaissent à chaque détour.

KENT NAGANO: Un jour, on croit qu'il faut jouer Bach de telle manière et, dix ans plus tard, survient une autre façon de penser. En fait, il n'y a pas une manière de jouer Bach. Alfred Brendel peut le jouer formidablement sur un Steinway D, d'autres peuvent le jouer formidablement sur un petit clavecin, sur un orgue portatif ou encore à Notre-Dame de Paris.

JEAN-MARIE ZEITOUNI: Prenons l'Oratorio de Noël: je l'ai entendu jouer très simplement, soit avec un quatuor de voix, ou encore avec un choeur de 180 chanteurs et un orchestre symphonique complet. Entre l'OSM à la Maison symphonique et I Musici à la salle Bourgie, les proportions seront aussi différentes. Et l'oeuvre ne sera jamais trahie.

Plus précisément, comment l'OSM et I Musici de Montréal aborderont-ils l'Oratorio de Noël?

KENT NAGANO: J'ai préparé l'orchestre à cette interprétation, puis viendra le chef invité, John Nelson. Bien sûr, il sera libre de diriger l'OSM à sa manière. John est d'ailleurs un réputé chef de choeur; il a accompli des choses incroyables avec la voix et aussi le phrasé. Pour notre orchestre, ce sera une occasion de découvrir et d'évoluer.

JEAN-MARIE ZEITOUNI: Nous préconisons pour notre part une approche humble, simple, proche du texte. Nous travaillons de concert avec le choeur du Studio de musique ancienne de Montréal, beaucoup plus habitué que nous à ce répertoire. Nous nous sommes appliqués à bien saisir le texte allemand, son sens et ses appuis. Cette compréhension influence l'articulation des instruments - qui reproduisent souvent ce que font les voix.

Comment Bach élit-il domicile en nous?

KENT NAGANO: On souligne régulièrement qu'il est un compositeur génial, mais on oublie souvent que quiconque étudie le piano et les claviers commence avec Bach. Normalement, on commence avec Bach et, normalement, on ne le quitte jamais.

JEAN-MARIE ZEITOUNI: Bach fait partie de ma vie depuis ma tendre jeunesse. Cependant, je m'attaque pour la première fois à l'Oratorio de Noël. Ma vénération est telle pour cette musique que je ne me considérerai jamais complètement comme prêt. Alors j'aborde ça avec un plus grand espoir de compréhension.

KENT NAGANO: Comme la plupart des jeunes joueurs de piano et d'orgue, j'ai appris Bach et puis j'ai chanté dans un choeur d'enfants jusqu'à ce que ma voix mue, et ainsi de suite. Au bout d'un moment, on se rend compte que ça devient une partie indissociable de soi.

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Ce soir et demain à la Maison symphonique (OSM); les 19 et 20 à la salle Bourgie (I Musici de Montréal).

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