Un Otello blanc pour la première fois à l'opéra de New York

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Le ténor letton Aleksandrs Antoneko s'est présenté sur scène sans que son teint n'ait été noirci.

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Thomas URBAIN, Mariano Andrade
Agence France-Presse
New York

Le fameux personnage de l'opéra de Verdi, Otello, a changé de couleur lundi lors de la première représentation de la nouvelle saison du Metropolitan Opera de New York, délaissant le traditionnel maquillage noir censé mieux représenter ce soldat maure, pour la première fois en 124 ans.

À l'occasion de la 326ème représentation de l'opéra de Verdi au Met, le ténor letton Aleksandrs Antoneko s'est présenté sur scène sans que son teint n'ait été noirci. L'Opéra de New York a ainsi suivi l'exemple de l'English National Opera qui avait pris, le premier, cette initiative, l'an dernier.

Le Met avait monté Otello pour la première fois en 1891, quatre ans après la première à La Scala de Milan. New York avait alors suivi la pratique initiée en Italie, qui consistait à noircir la peau du chanteur lyrique qui interprétait le rôle.

«Notre histoire est profondément marquée par nos difficultés avec la question raciale, et il me semblait impossible, en tant qu'artiste ayant grandi aux États-Unis, de trouver un moyen de le faire avec ce maquillage», avait expliqué le metteur en scène, Bartlett Sher, lors d'un entretien à la station de radio NPR.

Pour lui, «ce choix semblait donc logique».

Au théâtre, la pièce Othello de William Shakespeare qui a inspiré l'opéra n'est quasiment plus jouée par des acteurs grimés depuis des années.

L'histoire d'Othello est celle d'un soldat maure aux ordres de la cité de Venise. Revenu vainqueur de la guerre, il cherche à devenir un citoyen vénitien à part entière, notamment en épousant Desdémone, la fille d'un sénateur vénitien.

Envoyé à Chypre, il sera manipulé par un de ses hommes qui le poussera à tuer son épouse puis à se suicider.

La décision du Met, annoncée en août, a suscité des réactions diverses. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes regrettaient que le rôle n'ait pas été confié à un chanteur noir.

La dernière étude d'ampleur, publiée en 2012, montrait que sur les six saisons précédentes, 79% des acteurs ayant joué à Broadway ou dans un théâtre à but non lucratif étaient blancs, contre 63% dans l'ensemble du pays.

Selon l'Asian American performers action coalition, seuls 14% étaient noirs, 3% d'origine latino-américaine (contre 16% de la population) et 3% d'origine asiatique.

«Il n'y a qu'un ou deux ténors dans le monde qui puisse tenir ce rôle sur une grande scène comme celle du Met. Nous avons pris le meilleur chanteur disponible», a expliqué le manager général du Met, Peter Gelb, à NPR.

La représentation des personnages non-blancs au théâtre, à l'opéra ou dans les comédies musicales est un sujet plus sensible que jamais aux États-Unis, dans un contexte de polémique récurrente sur les violences policières contre les Noirs.

La semaine dernière, une troupe new-yorkaise a annoncé qu'elle renonçait à monter l'opéra comique The Mikado, un classique qui devait mettre en scène des personnages japonais joués par des acteurs dont quasiment aucun n'était effectivement nippon.

La New York Gilbert & Sullivan Players, la troupe à l'origine du projet, «n'a jamais cherché à offenser» personne et «regrette d'avoir manqué l'occasion d'adapter cette production», selon un communiqué publié sur son site.

Aux Pays-Bas, c'est le personnage traditionnel de Zwarte Piet, serviteur de Saint-Nicolas dans l'imagerie néerlandaise, qui fait scandale.

Le plus souvent représenté par des hommes blancs grimés avec la peau très noire et les lèvres outrageusement peintes en rouges, Zwarte Piet (Noir Pierre) est présent un peu partout dans le pays lors de la Saint-Nicolas.

Portée par les critiques, l'affaire est allée jusque devant les Nations-Unies. Le comité de l'ONU pour l'élimination de la discrimination raciale a appelé au changement et affirmé dans un rapport que le personnage était vécu comme «un vestige de l'esclavage» par de nombreuses personnes.

Le Premier ministre Mark Rutte a estimé qu'il s'agissait d'un «sujet de société et non d'une question politique», écartant toute mesure gouvernementale.

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