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Tournée majeure de l'OSM aux États-Unis

«[L'OSM] a tellement de profondeur, de talent et... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

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«[L'OSM] a tellement de profondeur, de talent et d'énergie, et surtout, il est assoiffé, dit le chef Kent Nagano. On a accompli des choses remarquables depuis 10 ans, mais ce qu'il y a de tout aussi impressionnant, c'est qu'on n'a pas encore atteint notre plein potentiel.»

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Kent Nagano n'est pas peu fier de la tournée majeure que l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM) fera aux États-Unis en 2016. Du 14 au 26 mars, l'orchestre jouera aussi bien sur la côte Est (Washington, New York, Boston) et la côte Ouest (Palm Desert, San Diego, Santa Barbara, Rohnert Park et Berkeley) qu'à Chicago et à Ann Arbor, accompagné des pianistes Daniil Trifonov et Maria João Pires.

Ce genre de tournée américaine tient presque de l'exploit de nos jours, souligne le maestro au téléphone. L'économie des États-Unis bat de l'aile et on y invite de moins en moins d'orchestres majeurs. Pire encore, on ne compte plus les orchestres américains qui ont disparu de la carte au cours des dernières années.

«L'OSM n'a pas fait une tournée de cette envergure aux États-Unis depuis 1989, rappelle Kent Nagano. Incidemment, à l'époque, j'étais parmi les spectateurs venus voir l'orchestre jouer. On peut être bien fiers que l'OSM puisse faire une tournée comme celle-là.»

Ce sera également l'occasion pour Kent Nagano d'aller montrer ce que peut faire l'OSM au Zellerbach Auditorium à Berkeley, là d'où il vient et où il est toujours le chef émérite de l'Orchestre symphonique de Berkeley, le premier orchestre qu'il a dirigé.

«Ça va être très émouvant, reconnaît-il. On peut parler du Québec aux États-Unis, on peut dire combien le son [de l'OSM] est spécial, combien il est transparent et chaleureux, mais ce ne sont que des mots. On n'a pas souvent l'occasion de partager la véritable expérience [de l'orchestre en concert], donc j'ai très hâte d'aller non seulement à Berkeley, mais aussi aux États-Unis.»

Le miracle de la Maison symphonique

Alors qu'à Munich comme à Hambourg, on lui demande souvent comment Montréal a pu réussir le «miracle extraordinaire» de la Maison symphonique, Kent Nagano constate que la salle inaugurée en 2011 a eu un impact profond sur son orchestre. C'est grâce à la Maison symphonique que l'OSM a pris conscience de sa propre identité, affirme-t-il.

«Ça ne peut se faire que quand les musiciens peuvent s'écouter jouer l'un l'autre, explique Kent Nagano. L'acoustique [de la Maison symphonique] permet de prendre des risques, de jouer un piano inaudible ou un fortissimo dont le volume n'est pas élevé, mais qui est fort. Pas besoin de forcer le son, [la salle] permet à la puissance naturelle de l'orchestre de s'exprimer tout en demeurant lui-même. Aujourd'hui, quand on joue dans une autre salle en tournée, jamais on n'entend les musiciens dire que c'est tellement mieux que la Maison symphonique. Nous sommes toujours très contents de rentrer à la maison.»

C'est justement en tournée que le maestro a pris conscience de la nouvelle maturité de son orchestre: «Le son de l'orchestre ne change pas selon la salle où on joue. C'est plutôt l'inverse: l'OSM impose son identité et son esthétique à la salle tant et si bien que cette salle en vient à sonner comme la Maison symphonique. Même quand une salle est difficile, notre identité est tellement forte que nous ne nous laissons pas distraire si les conditions n'y sont pas idéales. C'était particulièrement évident lors de notre dernier voyage en Chine.»

L'évolution et la maturation d'un orchestre symphonique ne se mesurent pas en années, rappelle Ken Nagano. N'empêche, cette 10e saison qui s'amorce ce soir permet d'évaluer le chemin parcouru et de se fixer des objectifs.

«Ça donne envie de voir si on peut aller encore plus loin. Cet orchestre a tellement de profondeur, de talent et d'énergie, et surtout, il est assoiffé, dit le chef. On a accompli des choses remarquables depuis 10 ans, mais ce qu'il y a de tout aussi impressionnant, c'est qu'on n'a pas encore atteint notre plein potentiel.»

L'humour montréalais

Kent Nagano veut que l'OSM explore davantage des répertoires comme ceux de Haydn, Schubert, Mozart, Mahler et Bruckner. Le répertoire français va toujours être le fondement de l'OSM, mais à force d'explorer d'autres styles, d'autres façons d'interpréter la musique, l'orchestre n'en sera que meilleur quand il reviendra à son répertoire de base. Pour être pertinent au XXIe siècle, un orchestre symphonique ne peut faire autrement que d'aller de l'avant et de repousser sans cesse ses limites, affirme le chef.

«Depuis 10 ans, l'une des choses dont l'OSM peut être le plus fier, c'est qu'on a un des publics les plus jeunes et les plus diversifiés en Amérique du Nord. Montréal est devenu tellement plus dynamique depuis la première fois où j'y suis venu diriger l'OSM [en mars 1999]. Il faut que l'OSM fasse partie de ce processus, mais ça ne se fera pas automatiquement. Ça exige un vrai travail, un véritable engagement.»

Il ne se passe pas une journée sans que Montréal et le Québec l'étonnent, l'inspirent, ajoute Kent Nagano. Il cite en exemple les échanges qu'il a eus avec des spectateurs après le concert qui a rassemblé 45 000 personnes sur l'Esplanade du Parc olympique le mois dernier: «J'ai été vraiment étonné du nombre de personnes qui m'ont parlé de la cloche de la paix qu'on a fait sonner pour commémorer Hiroshima. Je m'attendais à ce qu'ils me disent qu'ils avaient bien aimé un air de Carmen, mais non, comme moi, ils avaient été profondément émus par le son et la signification de cette cloche.»

Depuis quelque temps, Kent Nagano savoure une autre facette de Montréal qui le réjouit au plus haut point: son humour.

«En anglais, on parle de l'ironie qui tue, dit-il. Ce n'est pas du cynisme comme on en voit malheureusement chez les animateurs de talk-shows de mon pays. C'est un humour qui n'est pas méchant et qui permet même de rire de soi, de l'ironie élevée au rang de l'art et qui s'entend même dans le jeu de l'OSM. Je suis en train d'apprendre à maîtriser ce sens du timing.»

Dix grands moments

2006-2007: Le concert inaugural

Le 6 septembre 2006, la salle Wilfrid-Pelletier est archicomble pour les débuts de Kent Nagano à la tête de l'OSM. Ce premier contact avec Montréal se fait également à l'extérieur de la Place des Arts, où sont à l'oeuvre des danseurs et un choeur de 300 voix devant quelque 7500 spectateurs témoins du concert sur un écran géant.

2007-2008: Les légendes du hockey

Le 20 février 2008, l'OSM rend un hommage en musique aux héros du Canadien de Montréal avec la création des Glorieux, une oeuvre signée François Dompierre et Georges-Hébert Germain. Fort de ce succès, c'est au Centre Bell que Kent Nagano et son orchestre célébreront avec 15 000 spectateurs le 100e anniversaire du Canadien et le 75e de l'OSM la saison suivante.

2008-2009: Le concert à Montréal-Nord

Le 6 septembre 2008, l'OSM et son chef accomplissent un geste de solidarité avec Montréal-Nord, embrasé par une émeute le mois précédent. Répondant à l'appel du maire de Montréal, les musiciens en congé se regroupent sur une base volontaire pour donner un grand concert extérieur gratuit devant 10 000 spectateurs.

2009-2010: Le concert à la brasserie Molson

Motivé par le désir de présenter un concert dans un contexte et un lieu inusités et de tisser des liens avec d'autres institutions montréalaises, Kent Nagano entraîne l'OSM dans un entrepôt de la brasserie Molson le 16 octobre 2009. Cette rencontre musicale nocturne entre le classique et l'électronique, organisée avec Mutek, se terminera aux petites heures.

2010-2011: L'hommage à Pops

Les concerts des 2 et 3 mai 2011, à Wilfrid-Pelletier, constituent l'aboutissement du projet commun de l'OSM et de l'organisme Dans la rue fondé par le père Emmett Johns, surnommé Pops. Quelques mois plus tôt, Kent Nagano et quelques musiciens avaient joué pour ces jeunes en situation de précarité dans la cafétéria de leur local, rue Ontario.

2011-2012: La Maison symphonique

La Maison symphonique ouvre ses portes le 7 septembre 2011. L'inauguration est suivie de trois journées portes ouvertes auxquelles participent des dizaines de milliers de curieux. «Pour moi, la priorité pour l'OSM, c'est de pouvoir développer en même temps son son et son identité. [...] Pour la première fois, nous allons avoir cette chance», déclare Kent Nagano à La Presse.

2012-2013: La première Virée classique 

Le 11 août 2012, Kent Nagano crée la première Virée classique: 20 concerts de 45 minutes chacun à petit prix en une journée. Pas moins de 10 000 personnes répondent à l'appel. Le mois dernier, la quatrième Virée classique a été précédée d'un concert gratuit sur l'Esplanade du Parc olympique qui a attiré 45 000 spectateurs.

2013-2014: L'inauguration du grand orgue

En plus des 8000 spectateurs qui ont assisté aux concerts inauguraux du grand orgue Pierre-Béique, 12 000 personnes ont participé à la journée portes ouvertes gratuite le 31 mai 2014. La Maison symphonique était désormais dotée d'un orgue à sa mesure, à la fine pointe de la technologie, conçu et réalisé par Casavant Frères.

2014-2015: L'aventure classique de Mika

Premier artiste étranger à participer à la série OSM POP, Mika n'a pas fait les choses à moitié l'hiver dernier. Rarement a-t-on été témoin d'une telle synergie entre un artiste populaire et l'orchestre, dirigé par Simon Leclerc. Un autre public découvrira l'OSM quand l'album tiré de ces trois concerts paraîtra cet automne.

2015-2016: Le retour de Charles Dutoit

Les retrouvailles de Charles Dutoit avec l'OSM, qu'il a dirigé pendant 25 ans, dans le cadre de Montréal en lumière en février prochain, tiennent de l'événement. Avant l'inauguration de la Maison symphonique, Kent Nagano nous disait: «Quelques appels pour une nouvelle salle ont été lancés par M. Dutoit et maintenant qu'on en a une, ce serait tout naturel qu'il puisse en profiter.»

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