Chant: Bellemare, la meilleure voix

France Bellemare... (PHOTO ANTOINE SAITO, FOURNIE PAR LE CMIM)

Agrandir

France Bellemare

PHOTO ANTOINE SAITO, FOURNIE PAR LE CMIM

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Claude Gingras
La Presse

Le choix du jury du Concours de chant est tombé sur les écrans au moment même où celui qui vous parle s'apprêtait à écrire sur ce qu'il venait d'entendre. Qu'à cela ne tienne. Le choix du jury est une chose, le choix de celui qui écoute de la musique à longueur de journée en est une autre et, jusqu'à preuve du contraire, c'est ce choix-ci qui prévaudra dans le présent contexte.

Quel palmarès que celui de Montréal 2015! Faut-il en conclure que le jury commençait à être fatigué, comme l'étaient certaines voix au bout d'un certain temps? Donnons quand même au jury le bénéfice du doute : il a écouté les concurrents en trois épreuves successives, et dans des répertoires très diversifiés, ce qui n'est pas le cas de la majorité des auditeurs. Il faut donc supposer que le choix de ces dames et messieurs est le bon.

Dans l'immédiat, nous nous limiterons à la deuxième et dernière séance de l'épreuve finale, hier soir.

Premier nom à passer, et seul du Canada, homme ou femme, à aller en finale, France Bellemare réunit, et bien avant 30 ans, les qualités d'une artiste accomplie : une grande voix, juste, égale et bien timbrée sur toute la tessiture, une musicalité toujours en éveil et une réelle intelligence du texte chanté, le tout créant une interprétation à laquelle on est sensible, qu'il s'agisse du désarroi de la Comtesse ou de la fragilité de Mimi. À cela s'ajoutent de la présence, de la personnalité et, chose peu fréquente de nos jours, de la classe...

Des six voix entendues en finale, voici, incontestablement, la meilleure. Ce qui ne va pas sans problème : l'étonnante puissance de ce grand spinto crée dans la salle à moitié remplie une réverbération qui empêche de distinguer tous les mots. Un détail à surveiller aussi : les bras dans l'air de Micaéla.

Le finaliste suivant, Takaoki Onishi, baryton japonais, a tout donné, vocalement et dramatiquement, dans son cycle de Mahler, avec le résultat que c'est une voix détimbrée, aux aigus pénibles, qui a accompagné l'amusant Mozart où il est question du Canada, le quasi surréaliste Korngold et les déchirants adieux de Rodrigo dans Don Carlo.

Keonwoo Kim, ténor de Corée du Sud, et dernier à passer, reviendra comme premier au palmarès. Il est aussi affligé -- et nous afflige - de la plus laide des six voix entendues en finale, une voix aux aigus métalliques et faux qui vous frappent en plein visage comme un coup de poing. Sur le plan musical, c'est le quasi-néant, ou alors du pathos comme autrefois chez les ténors de province.

Bien sûr, le jury a entendu le sujet deux autres fois avant de prendre sa décision. Quand même, il nous semble que son «numéro» d'hier soir, vulgaire et indigne d'un concours international, aurait dû suffire à le reléguer au dernier rang. Bien au contraire : avant même d'être décerné, le premier prix s'est augmenté ici d'une ovation de la foule debout et criant à fendre l'air.

Dans l'ensemble, le chef invité et l'OSM ont fourni un bon encadrement aux voix et ont même créé une certaine atmosphère dans les Berlioz et les Mahler.

La voix qui présentait chaque finaliste était celle de Winston McQuade, l'homme qui annonce les lunettes de Greiche & Scaff à la télévision.

Les membres du jury étaient assis, espacés les uns des autres, aux derniers rangs du parterre, immédiatement sous la corbeille. Certains écrivaient tout le temps; d'autres écoutaient sans bouger.

On a remarqué que Marilyn Horne se déplaçait en fauteuil roulant. Spectacle touchant que celui de Fernande Chiocchio, toujours bien droite à 86 ans, venue saluer son illustre collègue de 81 ans et ancienne partenaire d'Il Barbiere di Siviglia de Rossini.

C'était en février 1968, salle Wilfrid-Pelletier. Marilyn Horne, 34 ans alors, chantait Rosina et Chiocchio était la servante Berta.

CONCOURS MUSICAL INTERNATIONAL DE MONTRÉAL. Discipline : chant. Épreuve finale, avec l'Orchestre Symphonique de Montréal. Dir. : Johannes Debus. Maison symphonique, Place des Arts.

Deuxième et dernière séance hier soir : France Bellemare, 27 ans, soprano (Canada), Takaoki Onishi, 29 ans, baryton (Japon), et Keonwoo Kim, 29 ans, ténor (Corée du Sud).

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer