L'OSM et Philip Glass amorcent une nouvelle relation

Le maestro Kent Nagano avoue ne pas avoir... (Photo Chad Batka, The New York Times)

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Le maestro Kent Nagano avoue ne pas avoir eu l'occasion de jouer la musique du compositeur et claviériste américain Philip Glass (photo).

Photo Chad Batka, The New York Times

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Parmi les compositeurs associés au minimalisme américain dans les années 70, le New-Yorkais Philip Glass est probablement celui qui a eu le plus d'impact. Son oeuvre compte musiques pour petits ensembles, orchestres de chambre ou orchestres symphoniques, sans compter les bandes originales et les projets de chansons plus pop, soit plus d'une soixantaine d'albums! Y a-t-il lieu de s'étonner que l'OSM et Kent Nagano lui ouvrent grand la porte?

Jusqu'à ce jour, la musique de Philip Glass n'a jamais été jouée par l'OSM. Pour la première fois, il en sera autrement dans une Maison symphonique à guichets fermés: le célébrissime compositeur et claviériste américain y est invité à titre de soliste pour interpréter Mad Rush pour piano solo, une pièce de son cru. Dans ce même programme, l'orchestre montréalais jouera son Concerto Fantasy pour deux timbaliers et orchestre.

«Mon nom a été associé à John Adams et Steve Reich, mais je n'ai pas eu l'occasion de me frotter à la musique de Philip Glass. J'en ai étudié plusieurs partitions, mais voilà un langage avec lequel j'ai très peu d'expérience. En fait, je n'ai fait qu'une seule de ses oeuvres, soit son Concerto pour violon. Ce compositeur ne jouit pas d'un profil important à l'OSM», amorce humblement le maestro Kent Nagano, invité à expliquer le contexte de cette invitation.

«Lorsque nous avons imaginé la saison actuelle de l'OSM, plusieurs jeunes membres de notre équipe ont dit: "Pourquoi pas Philip Glass?" Par ailleurs, le violoncelliste Matt Haimovitz, qui a fait récemment le nouveau concerto pour violoncelle de Glass, m'avait parlé avec beaucoup d'enthousiasme d'une nouvelle direction prise par le compositeur, notamment dans sa manière d'intégrer le violoncelle à l'orchestre.

«Nous en avons beaucoup discuté à l'interne et avons finalement décidé d'organiser une grande rencontre avec Philip Glass. Grande rencontre en ce sens que nous ne voulons pas jouer qu'une seule de ses oeuvres, mais plusieurs d'entre elles. Si la première expérience s'avère concluante, nous pourrions prolonger cette rencontre sur deux ans, peut-être trois. Nous pourrions plonger dans son oeuvre.»

Polyvalence suprême

Kent Nagano est conscient de l'impact de Philip Glass, qui remplira aisément la Maison symphonique ce soir et plus encore si tout se passe bien.

«Il est un des rares compositeurs qui se promènent avec fluidité entre la symphonie, la musique de chambre, l'opéra mais aussi la musique de film ou des musiques presque pop ou commerciales.»

Qu'on ne s'y méprenne: loin de lui l'idée que cette polyvalence se déploie au détriment de la valeur intrinsèque de l'oeuvre du compositeur. Par rapport aux autres grands compositeurs de la même mouvance, le maestro de l'OSM croit que Glass occupe une place importante. «Einstein on the Beach fut un grand déclencheur pour le minimalisme américain.»

Notre interviewé est aussi conscient que Philip Glass compte des détracteurs... D'aucuns réduisent sa musique à d'insignifiantes circonvolutions d'arpèges qui tapissent des oeuvres linéaires, sans réelle profondeur.

«Franchement, il est trop tôt pour évaluer, dit Nagano. Il faut une perspective d'un siècle pour se prononcer. Il est d'autant plus dangereux de se forger une opinion sans vivre l'expérience de près avec cette musique. C'est pourquoi je suis très enthousiaste et très curieux de savoir comment ça va se passer.»

Orient-Occident

Cette prise de contact avec le compositeur américain s'inscrit dans un cadre thématique défini par l'OSM, qui se penche cette semaine sur l'impact de l'Orient sur la grande musique occidentale... et vice versa. Intitulé «L'Orient imaginaire», le programme présenté mercredi dernier à la Maison symphonique (également prévu demain) est lié à celui de ce soir, défini sous la bannière «OSM éclaté - Un voyage avec Philip Glass».

Ces programmes sont présentés en collaboration avec le Musée des beaux-arts de Montréal, en lien avec l'exposition Merveilles et mirages de l'orientalisme - De l'Espagne au Maroc, Benjamin-Constant en son temps. Kent Nagano explique la démarche: «La directrice et conservatrice en chef du MBA, Nathalie Bondil, m'a approché pour que nos institutions abordent ensemble cette intersection entre Europe et Orient. J'ai trouvé l'idée très intéressante pour l'OSM, car, d'un point de vue musical, des compositeurs européens (ou occidentaux) ont souvent été inspirés par l'Orient, tout en conservant leur langage. Je pense notamment à Camille Saint-Saëns, Richard Strauss, Olivier Messiaen... et aussi Philip Glass.

«Chez ce dernier, les concepts rythmiques, les accords ouverts, les choix de tonalité sont souvent influencés par l'Orient. Dans cette optique, nous avons choisi de Glass son Concerto Fantasy pour deux timbaliers et orchestre. Nos timbaliers (Andrei Malashenko et Hugues Tremblay) sont très motivés et pour cause: il est rare qu'un timbalier soit présenté comme soliste. Deux, c'est encore plus rare! Nous sommes d'autant plus excités que cette oeuvre s'intègre bien dans notre concept de la présence de l'Orient dans la musique occidentale.»

Le maestro et l'OSM souhaitent aussi explorer le rapport inverse, soit l'Occident dans la musique orientale.

«C'est pourquoi nous jouons entre autres, dans nos deux programmes, la musique de Kiya Tabassian, Montréalais d'origine perse. Pour l'occasion, il a dû composer pour orchestre symphonique avec des outils occidentaux, avec des instruments classiques de tradition européenne. D'ailleurs, on trouve chez lui des procédés rythmiques comparables à ceux que Philip Glass utilise dans le Concerto Fantasy. C'est la base de plusieurs danses, issues de plusieurs cultures.»

Pour Kent Nagano et l'OSM, voilà donc de nouveaux territoires à explorer.

«Nous voulons repousser nos frontières. Et l'invitation de Philip Glass s'inscrit dans cette lutte. Pour cette première rencontre, nous avons voulu le présenter comme un soliste, comme il le faisait à ses débuts, puis présenter une oeuvre qui convient à notre dialogue Orient-Occident. Nous verrons bien comment ça ira, avec notre public comme avec nos musiciens.»

Quoi qu'il advienne, le risque en vaut la chandelle, croit le maestro. 

«Les idées de Philip Glass sont tellement présentes dans le monde musical d'aujourd'hui, il fallait cette rencontre.»

À la Maison symphonique de Montréal, ce soir, 21h

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