Tétreault et son violoncelle font le concert

Cette fois encore, Stéphane Tétreault s'est montré à... (Photo Bernard Brault, archives La Presse)

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Cette fois encore, Stéphane Tétreault s'est montré à la hauteur des standards auxquels il nous a habitués et dont il ne pourra jamais s'éloigner.

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Claude Gingras

Qu'on le veuille ou non, Stéphane Tétreault a encore une fois volé la vedette du concert dont il était le soliste.

Cette fois, il revenait à l'Orchestre Métropolitain pour les Variations sur un thème rococo de Tchaïkovsky, dans le cadre d'une série de quatre concerts en quatre jours à Montréal et en périphérie. Le jeune violoncelliste est d'ailleurs deux fois soliste de l'OM cette saison: il y reviendra en avril pour six exécutions du Concerto d'Elgar dont deux à Ottawa et Toronto qui marqueront les débuts de l'OM en Ontario.

Soit dit en passant, Stéphane Tétreault n'a plus 20 ans, comme le donne le programme imprimé, mais... 21, étant né le 10 avril 1993. Voilà quelques années déjà que l'on connaît son immense talent, non seulement de technicien du violoncelle, mais surtout de musicien et d'interprète. Cette fois encore, il s'est montré à la hauteur des standards auxquels il nous a habitués et dont il ne pourra jamais s'éloigner.

Il jouait, bien sûr, sur le précieux Stradivarius de 1707 acquis il y a trois ans par Jacqueline Desmarais, qui en demeure la propriétaire mais le prête à son protégé pour une période indéfinie. Étincelant sous les réflecteurs tel un bijou fraîchement poli, l'instrument éclipsait, le temps d'un concert, le spectaculaire buffet de l'orgue Casavant de la Maison symphonique qui, fascinant hasard, est aussi un cadeau offert par la réputée mécène à la population montréalaise.

Nous en avions plein les yeux pour... onze millions: six pour le violoncelle, cinq pour l'orgue. Oui, merci, madame Desmarais! Et puisque l'orgue porte le nom de votre ami et mentor Pierre Béique, pourquoi votre violoncelle ne porterait-il pas votre nom au lieu de celui de son ancienne propriétaire?...

Mais revenons au concert, qui avait attiré une salle presque comble. Stéphane Tétreault avait choisi la version traditionnelle des Rococo, établie par le violoncelliste allemand Wilhelm Fitzenhagen, dédicataire et créateur de l'oeuvre, qui élimina l'une des variations et modifia l'ordre de certaines autres. Jouant de mémoire, et au milieu de quatre exécutions consécutives, le jeune violoncelliste traversa ces 22 minutes avec l'autorité d'un artiste aguerri. Il varia légèrement sa sonorité à la reprise du thème, ce que justifiait le texte, connut une ou deux petites difficultés à la première variation, s'abandonna à quelques maniérismes, style Turovsky (son ancien professeur), à la troisième variation, mais, pour l'ensemble, fournit une prestation de très haut niveau et continuellement inspirée, avec un son toujours nourri, depuis les profondeurs de l'instrument jusqu'au suraigu.

La présence du chef invité ne se fit sentir que dans les passages où orchestre et violoncelle n'étaient pas parfaitement synchronisés. Pour le reste, du banal accompagnement. Le nouveau venu, qui s'appelle Kensho Watanabe et remplaçait le chef d'abord annoncé, est un jeune Américain maigrelet d'origine japonaise, violoniste surnuméraire dans le Philadelphia Orchestra, c'est-à-dire dans l'orchestre dont Nézet-Séguin est aussi le titulaire. Après avoir dit quelques mots en anglais et essayé d'en dire quelques-uns en français, il entraîna les cordes de l'OM dans le Concerto grosso dit «de la nuit de Noël» de Corelli et parvint à faire jouer «en baroque», et donc presque sans vibrato, ces musiciens qui font quotidiennement le contraire. Dans le genre musique décorative, le résultat fut réussi.

Aux Rococo succédait un autre Tchaïkovsky, cette fois la rare première Symphonie, que son auteur baptisa Rêves d'hiver et qui pourrait accompagner un ballet et même, en ce qui concerne le joyeux Scherzo, un agréable après-midi de patinage. Valery Gergiev et l'Orchestre du Mariinsky avaient tiré de l'oeuvre de saisissants tableaux dans la même salle en 2011. Le nouveau venu n'en fit rien, ou si peu... Les cordes de l'OM peuvent chanter. Encore faut-il les pousser dans ce sens. De ces 46 minutes (presque la même durée que Gergiev), le seul moment touchant fut, au début du mouvement lent, la cantilène du hautbois enjolivé de flûte et de basson. Lise Beauchamp, Marie-Andrée Benny et Michel Bettez y firent de la pure musique de chambre, sans s'occuper de celui qui gesticulait devant eux... et qui chercha à se faire pardonner en commandant un air de Noël à tout l'orchestre.

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ORCHESTRE MÉTROPOLITAIN. Chef invité: Kensho Watanabe. Soliste: Stéphane Tétreault, violoncelliste. Vendredi soir, Maison symphonique, Place des Arts.

Programme:

Concerto grosso op. 6 no 8, en sol mineur (Fatto per la notte di Natale) (1714) - Corelli

Variations sur un thème rococo, pour violoncelle et orchestre, op. 33 (1876) - Tchaïkovsky (version Fitzenhagen)

Symphonie no 1, en sol mineur, op. 13 (1866, rév. 1874) - Tchaïkovsky

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