Misteur Valaire symphonique: l'histoire d'un grand amour

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Il était une fois une ville folle de musique. Dans cette ville amoureuse de ses musiciens était né un prince du nom de Yannick. Petit de taille mais courageux comme un lion, il n'hésitait pas à diriger Misteur Valaire un soir et Mahler le lendemain. Un jeudi soir de l'an de grâce 2014, il convia ses sujets. Des quatre coins du royaume, ils accoururent en masse pour une grand-messe improbable à l'église Saint-Jean-Baptiste.

À 19 h 30, ils étaient au moins 200 à faire la queue aux portes de l'église - chose qui ne s'était pas vue depuis des lustres dans un lieu de culte de cette contrée impie - pendant qu'à l'intérieur, la foule s'entassait déjà dans un joyeux bordel. Un digne chambellan expliqua les usages, à savoir quand applaudir ou ne pas applaudir, et l'on fut prêt.

Ne se laissant pas intimider par l'ambiance carnavalesque de l'église transformée en palais par la magie d'éclairages féeriques, le chef, modestement vêtu d'un jean noir et d'un chandail de laine à motifs camouflage, leva sa baguette avec près d'une demi-heure de retard.

Après une courte introduction musicale intitulée Bellevue Avenue apparurent cinq cavaliers. Ils étaient de l'ordre de Misteur Valaire. Le port altier, très droits sur leurs montures (des pur-sang de la race des Segway), ils jetèrent des pétales de roses aux badauds ébahis en remontant l'allée centrale. Pivotant et zigzaguant comme des danseurs de ballet sur leurs destriers mécaniques, ils déclenchèrent les rires avant de prendre place derrière l'orchestre avec leurs instruments. L'un jouait de la basse, l'autre du saxophone et le troisième de la trompette. Les deux autres jouaient des percussions, et l'un de ces deux-là poussait de temps à autre une chansonnette. Il lut aussi un poème aussi absurde que grandiloquent rempli de termes musicaux en hommage à son prince.

En cette soirée bénie de métissage musical, on pouvait s'émerveiller de la qualité des orchestrations. Leur auteur, Olivier Hébert, avait travaillé comme un moine pour les réaliser, et cela s'entendait.

On découvrait que les cavaliers de Misteur Valaire étaient de sacrés musiciens et des mélodistes de talent. Grâce aux arrangements d'Hébert, leur musique prenait de la profondeur, du relief et de la matière, et l'on sentait que les membres de l'Orchestre Métropolitain étaient contents de la jouer. Leur chef, quant à lui, la dirigeait avec autant de passion qu'il l'eût fait d'une symphonie.

Quand des troubadours composeront des odes en l'honneur du prince et de ses cavaliers, ils évoqueront sans doute les moments forts de ce concert: la chanson TKO et ses cordes chaleureuses, la chanson Dan Dan avec l'orgue Casavant et la performance brillante au piano de Robert Hébert dans It's All Good. Sans oublier le choeur de l'école Joseph-François-Perrault, qui ajoutait de l'intensité, mais aurait gagné à être plus présent.

On se souviendra aussi de ce concert pour sa portée symbolique parce qu'il représentait parfaitement Montréal. Car dans cette ville folle de musique, on n'a pas peur de mélanger les genres et les gens. Un chef, petit de taille mais grand de coeur, montre que l'on peut aimer plusieurs sortes de musique, que l'orchestre symphonique n'est pas l'apanage d'une élite et que l'ouverture d'esprit est la meilleure attitude qu'un chef d'orchestre puisse avoir en 2014.

Ravis et émus, les sujets applaudirent leur prince à tout rompre. Les cinq cavaliers, couverts de bouquets de fleurs, débordaient de fierté. Après une longue ovation, ils partirent tout heureux jusqu'à la station de métro.

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