Louis Lortie: un pèlerinage de trois longues heures

Louis Lortie jouant Liszt dans une Maison symphonique... (Photo: Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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Louis Lortie jouant Liszt dans une Maison symphonique comble, hier après-midi.

Photo: Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

Claude Gingras
La Presse

Absent de Montréal depuis six ans, attendu, voire espéré par une partie du public mélomane de sa ville natale, Louis Lortie devait marquer sa rentrée d'un geste inhabituel, digne de sa personnalité.

Au départ, les efforts réunis de deux organismes, l'OSM et Pro Musica, furent nécessaires pour ramener devant les siens, à bientôt 55 ans, ce Berlinois d'adoption.

Le pianiste, quant à lui, choisit de consacrer son programme entier à un seul compositeur, Franz Liszt, grande figure romantique à laquelle il semble maintenant s'identifier. Mieux encore: de Liszt, Lortie s'est arrêté à une seule oeuvre, l'intégrale des Années de pèlerinage.

Cet immense «journal de voyage» en trois recueils, totalisant trois heures (y compris deux courts entractes) et englobant 40 ans de vie, nous fait d'abord vibrer aux paysages de Suisse et à l'art et à la littérature d'Italie, soit à autant d'univers intensément romantiques que le jeune Liszt partagea avec la comtesse d'Agoult, pour trouver en fin de parcours un «abbé Liszt» âgé et seul, devenu mystique, au langage musical abstrait préfigurant en quelque sorte la musique de l'avenir.

Lortie avait déjà joué ici même de larges extraits des Années de pèlerinage; il en avait aussi enregistré. En 2010, il signait chez Chandos une version de l'intégrale qui occupe le sommet de la discographie. Une précision: son enregistrement contient le supplément Venezia e Napoli, soit trois pièces mineures qu'il eut la bonne idée d'exclure de son récital d'hier.

Que dire de ce récital? La première réaction est de retourner écouter l'enregistrement Chandos chez soi, au rythme que l'on choisira, joué sur un piano qui ne sonne jamais faux, dans un environnement sans toux, éternuements et téléphones cellulaires, dans un lieu où il ne fait pas noir comme dans une caverne et où il est donc possible de savoir à quelle pièce on est rendu.

Ce récital fut, de la part de Louis Lortie, un véritable exploit. Tout d'abord, avoir mémorisé ces milliards de notes; ensuite, les avoir rendues dans la dynamique, la couleur et la signification requises, bref avec tout ce qu'il faut pour donner un sens à l'ensemble, depuis ce chant qui perce les torrents d'octaves jusqu'au trille le plus cristallin.

Lortie possède une technique complète et sans problème, mais on y sent une limite qui n'existe pas chez Hamelin. En revanche, Lortie est un musicien plus profondément raffiné. Comme en contact avec l'esprit de Liszt, Lortie nous racontait toujours quelque chose. Son mérite est d'autant plus grand que les bruits de la salle nuisaient à sa concentration - il le fit savoir! - et que ce pèlerinage extrêmement long contient bien des temps morts, surtout vers la fin.

Malgré les bruits - les toux ont commencé dès la toute première pièce! -, on reste étonné devant l'attention avec laquelle la salle entière, soit quelque 1800 personnes, a écouté cette audition, sauf erreur la toute première de l'intégrale des Années de pèlerinage en cette ville.

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LOUIS LORTIE, pianiste. Hier après-midi, Maison symphonique, Place des Arts. Présentation conjointe: OSM-Société Pro Musica. Programme: Années de pèlerinage, S. 160, 161 et 163 (1836-1877) - Franz Liszt.




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