La vie dans l'Orchestre Métropolitain: Yannick Nézet-Séguin

Yannick Nézet-Séguin... (Photo Philippe Jasmin, fournie par l'Orchestre Métropolitain)

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Yannick Nézet-Séguin

Photo Philippe Jasmin, fournie par l'Orchestre Métropolitain

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Après le concert avec la contralto Marie-Nicole Lemieux, le 29 novembre dernier à la Maison symphonique, Yannick Nézet-Séguin a fait savoir aux musiciens qu'il s'agissait, à son avis, du plus beau concert de l'Orchestre Métropolitain auquel il a participé.

«Certains concerts sont des grands moments pour quelqu'un assis au milieu de l'orchestre, nous disait quelques jours plus tard Julie Dupras, alto. Il se passe quelque chose d'indéfinissable et on se dit: «Ok, c'est un grand soir.» Avec Yannick, ça arrive souvent.»

Après cette semaine particulièrement intense, Caroline Séguin, piccolo et représentante des musiciens de l'OM, a envoyé au maestro un message personnel pour le remercier. «Il habite tellement la musique, il la vit jusqu'au bout des doigts, explique-t-elle. C'est tellement intègre que nous, les musiciens, on fait juste se laisser porter.»

Ces moments de grâce bien tangibles sont pour les musiciens de l'Orchestre Métropolitain la plus belle des récompenses dans l'exercice d'un métier qui est loin d'être simple. Contrairement à leurs confrères de l'OSM, les membres de l'OM n'ont d'autres choix que de multiplier les engagements à gauche et à droite pour survivre.

À titre d'exemple, à l'OM, le salaire de base est inférieur à 20 000$ pour environ 130 services, concerts et répétitions confondus. À l'OSM, un nouveau venu touchera 80 000$ pour près de 300 services répartis sur 46 semaines.

«Il y a une appartenance et une fierté de jouer avec cet orchestre-là, oui, c'est vrai», convient le tromboniste Patrice Richer, en couple avec Julie Dupras, et parents de trois enfants. Puis, il ajoute: «Malheureusement, il faut aussi que je gagne ma vie. Je ne peux pas vivre de l'OM, comme je ne peux pas vivre de l'orchestre des Grands Ballets canadiens ou de l'Orchestre de la Montérégie. En plus, j'enseigne au Conservatoire, à McGill et à l'UQAM. Je me sens comme une pieuvre qui a des tentacules partout...»

L'esprit OM

«On ne se lance pas dans la musique pour devenir riche, répond Yannick Nézet-Séguin dans un sourire entendu. C'est facile pour moi de parler: chacun sait que les chefs d'orchestre et les chanteurs d'opéra bien connus sont dans le haut de la pyramide et j'accueille ça avec énormément de gratitude et d'humilité. Mais parfois, ça me fait beaucoup de peine de voir combien ces gens-là sont obligés de s'écarteler, de jouer à Trois-Rivières le matin, de prendre la voiture pour aller à Sherbrooke, de revenir enseigner...»

Ce quasi-bénévolat a également pour effet de resserrer les liens et de tisser une solidarité entre les membres de l'Orchestre Métropolitain, nous disait l'un des cinq musiciens que nous avons rencontrés aux fins de ce reportage.

«La seule raison pour laquelle les gens jouent au Métropolitain, c'est parce qu'ils aiment la musique, renchérit Nézet-Séguin. Ça nous ramène aussi à des valeurs très humaines. On recherche l'excellence, mais tout est à propos du projet commun. Ce qui nous tient et qui fait en sorte que je suis encore amoureux de l'Orchestre Métropolitain c'est vraiment cet esprit-là à cause duquel, justement, la musique peut devenir meilleure.»

N'empêche, n'est-il pas plus difficile pour le maestro d'obtenir une cohésion de l'OM qui joue beaucoup moins souvent que ses autres orchestres de Philadelphie et de Rotterdam?

Nézet-Séguin ne se défile pas. L'objectif principal de l'Orchestre Métropolitain, dit-il, est d'augmenter la fréquence de ses présences: «Pour bien huiler la machine, c'est clair qu'il faut jouer plus souvent ensemble.» Par contre, souligne-t-il, ce que les musiciens rapportent de leurs autres expériences enrichit l'OM, qu'il s'agisse de musique contemporaine, de musique baroque ou d'enseignement. Le chef affirme également que les musiciens de l'OM sont libérés du carcan des grands orchestres imposé par le fait d'être chaque semaine dans le même groupe, d'occuper la même chaise.

«Ça devient trop proche d'un job, estime-t-il. La curiosité et l'ouverture s'éteignent graduellement dans un orchestre symphonique établi. Ça ne serait pas une bonne chose de se rendre jusqu'à 48 semaines par année ensemble. Il faudrait toujours laisser de la place pour ces autres projets-là, qui permettent aux musiciens d'être indépendants et d'assouvir leur curiosité.»

Du même souffle, il ajoute: «Si ce n'était pas accompagné d'un résultat musical qui me satisfait et qui évolue, c'est sûr que malgré mon attachement envers l'OM, je n'y passerais peut-être qu'une semaine par année. Mais l'orchestre m'a vu grandir, je vois grandir l'orchestre et on grandit ensemble notamment grâce à cette diversité.»

- Cette année, vous allez fêter vos 15 ans à la tête de l'Orchestre Métropolitain. Vous êtes là pour rester?

- Ah oui!




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