Dead Man Walking: bouleversant

Les interprètes Allyson McHardy et Étienne Dupuis, de... (Photo fournie par la production)

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Les interprètes Allyson McHardy et Étienne Dupuis, de l'opéra Dead Man Walking.

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Claude Gingras

Les mots manquent pour décrire tout ce qu'on vit d'émotion pendant ces bouleversantes trois heures (ou presque) de Dead Man Walking, que l'Opéra de Montréal présente depuis samedi soir pour quatre représentations.

Inspiré de faits vécus, c'est le récit d'une religieuse américaine, Soeur Helen Prejean, championne de la lutte contre la peine de mort, devenue conseillère spirituelle d'un homme condamné pour meurtre. Dead Man Walking fut d'abord un best-seller de librairie puis un film à grand succès. Le librettiste Terrence McNally et le compositeur Jake Heggie en ont tiré en 2000 un opéra présenté depuis dans plus de 30 villes à travers le monde. Montréal le reçoit à son tour.

Sauf pour les quelques scènes du tout début, qui nous montrent le meurtre sordide (dans la quasi-obscurité) et la religieuse en route vers sa mission (elle se fait même arrêter pour excès de vitesse!), toute l'action se déroule à l'intérieur du pénitencier. Le jeu des sinistres grilles qui s'ouvrent ou se referment sur la horde des dangereux prisonniers est un spectacle en soi, auquel s'ajoute un fort élément de suspense : le meurtrier n'apparaît qu'après 40 minutes d'attente.

Dead Man Walking - que le très zélé Office québécois de la langue française suggérera sans doute de traduire par Homme mort en marche - est un opéra au sens primaire de «pièce de théâtre mise en musique». Il ne faut pas chercher là de «grands airs»! Le texte se déroule selon la formule de la «déclamation chantée», ou «parlando», c'est-à-dire qu'il a ici la première importance et que l'élément musical lui sert essentiellement d'appui. Le compositeur rejoint ainsi ses prédécesseurs Barber, Britten, Bernstein, Poulenc et surtout Menotti dans sa façon d'harmoniser les groupements de voix solistes. On entend même du Respighi dans l'ouverture et, trois heures plus tard, dans l'épilogue. Dans la fosse, le chef invité Wayne Marshall obtient de l'Orchestre Métropolitain un commentaire toujours convaincant.

Étienne Dupuis et Allyson McHardy, lui en condamné, elle en religieuse, dominent le spectacle avec une force extraordinaire, chacun apportant à son personnage une voix souple qui rend fidèlement toutes les nuances du texte. Extrêmement touchantes, les confidences du meurtrier à celle qui est devenue son unique interlocuteur. Ou  amusantes, lorsque la «bonne soeur» lui révèle avoir vu Elvis Presley! Les autres interprètes, y compris les rôles secondaires et même mineurs, sont tous du même niveau. Cinq compositions à signaler : Kimberly Barber, en mère du meurtrier, dans son déchirant (mais inutile) plaidoyer en faveur de son fils; Thomas Goerz, en père d'une des victimes et férocement opposé à la religieuse; John Mac Master, en aumônier du pénitencier ne manquant pas d'humour; Alain Coulombe, qui prête une sévère voix de basse au directeur de la même institution; et Chantale Nurse en compagne de la religieuse.

Au total, l'oeuvre compte 26 personnages. Le metteur en scène Alain Gauthier, en faisant bouger tout ce monde avec une perfection digne de quelque géniale téléréalité, a signé là l'une des grandes réussites de sa carrière. Inoubliable, le tableau final du condamné attaché devant la salle et attendant, au milieu d'un silence insupportable et sous le regard de la religieuse penchée sur une passerelle, l'injection fatale.

DEAD MAN WALKING, opéra en deux actes, livret de Terrence McNally d'après le récit de Soeur Helen Prejean et le film de Tim Robbins, musique de Jake Heggie (2000).

Production: Opéra de Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Première samedi soir. Autres représentations: 12, 14 et 16 mars, 19 h 30. Avec surtitres français et anglais.

Distribution (rôles principaux):

Joseph De Rocher : Étienne Dupuis, baryton

Sister Helen Prejean : Allyson McHardy, mezzo-soprano

Mme De Rocher : Kimberly Barber, mezzo-soprano

Sister Rose : Chantale Nurse, soprano

Father Grenville : John Mac Master, ténor

George Benton : Alain Coulombe, basse

Owen Hart : Thomas Goerz, baryton

* * *

Mise en scène: Alain Gauthier

Décors et costumes : Harry Frehner et Scott Reid (location, Forth Worth Opera)

Éclairages: Éric W. Champoux

Choeur de l'Opéra de Montréal (dir. Claude Webster) et Orchestre Métropolitain

Direction musicale : Wayne Marshall

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