Le Molinari, héros du jour

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Le Quatuor Molinari

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Claude Gingras

Le Quatuor Molinari et son collègue féminin de la Colombie-Britannique, le Lafayette, complétaient à Montréal samedi une tournée de trois semaines au cours de laquelle les deux ensembles se partagèrent l'intégrale des 13 principales oeuvres pour quatuor à cordes du trio central Schoenberg-Berg-Webern de la Nouvelle École de Vienne.

Victoria, Vancouver et Kitchener sont les trois villes qui, avant Montréal, entendirent l'ambitieux et épuisant programme totalisant quatre heures et demie de musique et ayant requis deux ans de préparation. Dans chacune des trois villes du Canada anglais, le programme était réparti en trois concerts. À Montréal, il fut donné en deux concerts le même jour, soit samedi en après-midi et en soirée.

Un programme aussi inhabituel -- une première à Montréal -- ne déplace évidemment pas les foules. Ainsi, le Molinari nous informe qu'il ne put y intéresser Toronto. À Montréal, chaque concert attira une bonne assistance dans la salle de 228 places du Conservatoire et plusieurs inconditionnels du contemporain assistèrent aux deux séances.

Les oeuvres ne suivaient pas l'ordre chronologique mais étaient agencées selon d'autres considérations : attribution de chacune à l'un ou l'autre des deux ensembles, durée, etc. Ainsi, l'oeuvre la plus longue était le Quatuor no 1 de Schoenberg, qui fait 45 minutes, alors que celles de Webern, célèbres pour leur brièveté, font entre 5 et 15 minutes. Berg, avec seulement deux oeuvres pour quatuor, posait manifestement problème : les deux furent placées en soirée et il n'y eut rien de lui dans l'après-midi.    

En passant, on s'étonne que le Molinari utilise encore l'orthographe «Schönberg». Bien qu'il s'agisse de l'originale, il faut savoir que le compositeur adopta la graphie «Schoenberg» lorsqu'il s'établit aux États-Unis. On s'étonne aussi que l'auteur des notes reprenne, au sujet du court Rondo de Webern, l'erreur répandue par le Guide de la musique de chambre de Tranchefort. La pièce ne fut pas créée à Hanovre (!) mais au Dartmouth College de Hanover, ville du New Hampshire.

Détail historique intéressant, les deux Schoenberg joués avant et après l'entracte marquent chez le chef de file de la Nouvelle École de Vienne le passage de l'Europe à l'Amérique. Les Quatuors nos 3 et 4, respectivement de 1927 et 1936, furent tous deux commandés par la mécène américaine Elizabeth Sprague Coolidge et tous deux créés par le légendaire Quatuor Kolisch : le no 3 à Vienne, le no 4 à Los Angeles.    

Malgré un week-end chargé, nous avons pu assister au concert de samedi soir. Durée totale, entracte compris : trois heures et quart. Chaque ensemble a traduit avec exactitude la partition qu'il avait entre les mains et ce, jusque dans les plus complexes enchevêtrements inventés par Schoenberg et les plus bizarres raffinements sonores imaginés par Berg. Tout n'offrait pas le même intérêt cependant. Exemples : les petites pièces de Webern de 1905 et 1906. Quoi qu'il en soit, cette musique qui rompt avec la tonalité ne fera probablement jamais partie du répertoire courant.

Par ailleurs la juxtaposition des deux ensembles était frappante. Le Molinari a connu bien des remaniements, mais la formation actuelle est, à tous égards, de tout premier plan. Le son est plus beau que chez l'autre. On sent dans le discours collectif une vraie ligne directrice, celle de la fondatrice Olga Ranzenhofer. Par-dessus tout, les quatre coéquipiers abordent cette musique aride avec naturel. Sous leurs doigts, la Suite lyrique de Berg, qui couronnait cette gigantesque entreprise, sonnait pour ainsi dire comme une grande oeuvre romantique. En comparaison, le Lafayette joue Schoenberg et les autres comme de la musique difficile et, trop souvent, le résultat en devient carrément soporifique.

QUATUOR MOLINARI (Olga Ranzenhofer et Frédéric Bednarz, violons, Frédéric Lambert, alto, et Pierre-Alain Bouvrette, violoncelle) et QUATUOR LAFAYETTE (Ann Elliott-Goldschmid et Sharon Stanis, violons, Joanna Hood, alto, et Pamela Highbaugh-Aloni, violoncelle). Samedi soir, Conservatoire. Dans le cadre de Montréal/Nouvelles Musiques.

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