2012-11-29 10:30:09.000

OSM / L'orchestre supérieur au chef

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Claude Gingras

Claude Gingras
La Presse

Les débuts de Vasily Petrenko, jeune chef russe de 36 ans titulaire à Liverpool, comptaient parmi les plus attendus de la saison. Sans aller jusqu'à parler de déception totale, il faut bien reconnaître que l'impression laissée par le nouveau venu n'est pas très forte. Ce qu'on retient d'abord et presque uniquement ici, c'est le travail de l'OSM, c'est-à-dire la fulgurante virtuosité et la richesse sonore avec lesquelles l'orchestre tout entier traverse les 56 minutes de la dixième Symphonie de Chostakovitch.

Même si les effectifs ont forcément varié au cours des ans, il existe à l'OSM une certaine tradition quant à l'interprétation de Chostakovitch. C'est le légendaire chef russe Kiril Kondrachine qui, en 1969, fit entrer la 10e Symphonie au répertoire de l'orchestre. En 1971, le fils du compositeur, Maksim, y reprenait l'oeuvre. On l'entendit avec Dutoit en 1985, avec d'autres également, et même avec Nagano en 2007. Bref, l'OSM sait jouer Chostakovitch et le démontre encore cette fois-ci. Mais jouer n'est pas interpréter.

Les groupes orchestraux qui se pourchassent ou se heurtent à toute vitesse, au milieu des terrifiantes pétarades de percussions, puis, émergeant de la tourmente, les plaintes de la flûte, de la clarinette, du hautbois, du basson et du cor: tout cela est rendu avec précision et éclat, bien qu'on note un inhabituel souffle court chez Hutchins dans le premier solo de flûte et deux petits ratés chez le corniste Zirbel. Il manque hélas! un sens à ce tapageur déploiement orchestral et à ces soudaines accalmies. Pour l'instant, le tout se ramène à ceci: un chef qui fait boum-boum et... des temps morts.

Ceux qui découvrent la 10e Symphonie de Chostakovitch à travers l'interprétation du jeune Petrenko (si on peut parler d'«interprétation»!) ne connaissent l'oeuvre qu'à moitié. Il faut retourner aux sources, il faut écouter les enregistrements qu'ont laissés les créateurs de l'oeuvre, Mravinsky et le Philharmonique de Leningrad. Ces documents, et principalement le premier, de 1955, font frémir. Personne n'est allé aussi loin.

Le concert s'ouvre par un ajout de huit minutes au programme: la pièce d'Éric Champagne jouée ici l'été dernier par l'Orchestre académique de Zurich, qui venait de la créer. C'est tonal et «moderne» en même temps, proche de la couleur russe, très écoutable.

Alexandre da Costa suivit avec son Guarnerius 1730 et le Concerto de Barber, dont il souligna brillamment la difficulté plutôt que le discret lyrisme. Il a aussi donné un petit rappel dont on n'a pas saisi le titre. Le chef invité l'accompagna attentivement et l'applaudit tout en le suivant vers les coulisses.

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ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL. Chef invité: Vasily Petrenko. Soliste: Alexandre da Costa, violoniste. Hier soir, Maison symphonique, Place des Arts. Série «Grands Concerts». Reprise (sauf le Champagne) demain, 10 h 30, série «Matins symphoniques».

Programme:

Mouvement symphonique no 1 (2011) - Champagne

Concerto pour violon et orchestre, op. 14 (1941) - Barber

Symphonie no 10, en mi mineur, op. 93 (1953) - Chostakovitch

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