2012-11-28 10:36:01.000

Plus de musique que de mots

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Claude Gingras

Claude Gingras
La Presse

La série «Musique et Littérature» de l'OSM, appelée aussi «Musique entre les lignes» et constituée de concerts sans entracte donnés à 18 h 30 à la Maison symphonique, sur la scène et tout autour, continue d'attirer le maximum d'auditeurs, soit 300, que permet la formule.

La deuxième rencontre nous ramenait - pour citer la brochure de saison - à la «croisée des chemins» où se trouvait l'Europe des années 1910-1938. Les deux principales oeuvres au programme datent de ces années-là: la Sonate pour violon et violoncelle de Ravel fut créée en 1922, la Sonate pour deux pianos et percussions de Bartok, en 1938. On peut rattacher à cette période les deux autres pièces: la Méditation sur un motif de Claude Debussy, que Kodaly composa à Paris en 1907, et les cinq Variations sur un thème slovaque, pour violoncelle et piano, que Martinu composa en exil en 1959.

«Tandis que des artistes tels Stefan Zweig, Paul Valéry ou Thomas Mann s'interrogent, lit-on encore dans ladite brochure, Bela Bartok, Maurice Ravel et Zoltan Kodaly livrent une musique elle aussi empreinte de  questionnements et d'actualité.»

Fort bien. Mais puisqu'on donne la parole à Bartok, Ravel et Kodaly (et Martinu, ajouté par après), pourquoi ne pas faire entendre aussi la voix de Zweig, Valéry et Mann dont on vient de parler? On a plutôt choisi un très long texte poétique de Romain Rolland, quatre lignes (!) d'André Gide et une sorte d'«avertissement à l'Europe» signé d'un autre Mann, Klaus, le fils aîné.

Le texte de Klaus Mann est le plus percutant des trois, voire d'une inquiétante actualité. Heureusement qu'il était reproduit dans le programme car la comédienne Sylvie Drapeau, identifiée ici comme «lectrice», ne le fit vibrer qu'à moitié: prononciation imprécise de certains mots, molles fins de phrases, etc.

Cette fois encore, la partie musicale fut la meilleure. Elle réunissait quatre des principaux musiciens de l'OSM: Andrew Wan, co-violon-solo, Brian Manker, violoncelle-solo, et les deux titulaires des percussions, Serge Desgagnés et Andrei Malashenko, ainsi que deux pianistes invités: Jimmy Brière et Richard Raymond.

La Sonate pour deux pianos et percussions de Bartok fut une éblouissante réussite. Le placement des instruments sur la scène était, à quelques détails près, celui qui figure dans la partition; de même, la durée totale de l'exécution, soit 26 minutes, était à peu près celle que prescrit Bartok et celle que totalise l'enregistrement qu'il réalisa avec sa femme, la pianiste Ditta Pasztory.

Avant tout, les quatre musiciens en présence - Brière au premier piano, Raymond au second, Desgagnés et Malashenko se multipliant sur caisses, xylophone et objets divers - traversèrent l'épineuse partition avec une impressionnante virtuosité individuelle et une extraordinaire synchronisation rythmique. Beaucoup de bruit, certes, mais beaucoup de subtilité aussi.

Précédemment, Wan et Manker offrirent une lecture bien en place de la très difficile Sonate de Ravel. En début de programme, Manker avait fait servir sa grande sonorité aux variations de Martinu, appuyé sur le piano très agissant de Brière. Raymond apporta ensuite à la petite pièce de Kodaly un soin qu'elle ne méritait probablement pas.

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MUSIQUE ET LITTÉRATURE. Mardi soir, Maison symphonique, Place des Arts. Présentation: OSM.

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