Lydia Képinski: poétesse rock

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Espèce de Xavier Dolan de la chanson, avec un talent déjà mature et une assurance innée, Lydia Képinski vient de lancer un premier disque incandescent dont le titre, Premier juin, est sa date d'anniversaire.

Photo François Roy, La Presse

Josée Lapointe

Lydia Képinski vénère les monologues de Sol, a appris la guitare avec des partitions des Beatles et aime autant la poésie médiévale qu'administrer sa carrière. Espèce de Xavier Dolan de la chanson, avec un talent déjà mature et une assurance innée, la chanteuse de 24 ans vient de lancer un premier disque incandescent dont le titre, Premier juin, est sa date d'anniversaire.

La chanteuse

Lydia Képinski est née dans le Mile End, d'une mère québécoise et d'un père français aux origines polonaises. Même si son premier disque est «deep», elle se décrit comme une fille pétillante et le fun. «Ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas eu de phases troubles», précise-t-elle. Son disque représente d'ailleurs cette période où elle faisait un bac en création littéraire et écriture scénaristique à l'Université de Montréal, tout en cherchant sa voie. «Je voulais faire du cinéma, mais j'ai réalisé que c'était des entreprises à trop grande échelle», dit la jeune femme qui est aussi passée par les arts visuels avant de se lancer en musique. «Donc t'es dans un programme, tout est censé bien aller, mais tu ne sais pas où tu vas. Même si la chanson n'avait jamais été un objectif, une fois que j'ai compris que j'avais besoin d'un projet et que je pouvais voir la musique de manière entrepreneuriale, je me suis dit: "Ça se peut."»

Le disque

Deux ans après la finale du Festival de Granby et la sortie d'un EP, un an après avoir remporté les Francouvertes, Lydia Képinski vient donc de lancer son premier disque. «La plupart de mes chansons étaient écrites avant que je lance mon EP, mais je crois que ni moi ni le monde n'étions prêts pour un album complet. Je devais trouver mon identité musicale», dit la chanteuse, qui explique avoir hérité du côté artiste de son père et de la rigueur de sa mère actuaire - elle gère d'ailleurs son équipe et sa comptabilité.

«Premier juin est un regard sur mes années difficiles. C'est ma date de fête, mais ça signifie plus que d'avoir vieilli d'un an. Ça veut dire: j'ai survécu, crisse. High five à moi-même.» Même si elle va mieux, le disque lui ressemble toujours. «Quand je chante ces textes, je replonge directement dans cet univers. J'ai l'air confiante, mais c'est parce que je suis passée à travers ça que j'ai moins peur de faire une entrevue avec quelqu'un que je ne connais pas.»

Les mots

Lydia Képinski écrit des poèmes depuis la sixième année du primaire, à la suggestion de son père qui cherchait à canaliser l'énergie de sa fille plutôt turbulente en classe. «J'ai continué pendant tout mon secondaire», dit la jeune femme, qui ne nous a pas donné rendez-vous à la bibliothèque Marc-Favreau pour rien.

Non seulement elle adorait Sol quand elle était petite - «J'étais obnubilée par sa manière de jouer avec les mots» -, mais c'est aussi un lieu où elle a travaillé plusieurs textes. «Ce sont les mots qui m'ont amenée à la chanson. J'aime la poésie médiévale justement parce qu'elle est sonore», dit Lydia Képinski, qui adore mélanger les registres de langage, comme Richard Desjardins par exemple, et faire des jeux de mots même dans ses chansons les plus tristes. «Je suis un océan de contradictions. J'aime le tragi-comique. Je module aussi ma manière de chanter, parfois très doucement, parfois très fort. C'est très cohérent comme incongruité!»

Premier juin, de Lydia Képinski... (Image fournie par la maison de disques) - image 2.0

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Premier juin, de Lydia Képinski

Image fournie par la maison de disques

La musique

La compositrice aime la musique épique, et chacune de ses chansons est comme une aventure qu'on vit du début à la fin. «Je suis une personne intense, qui vit des émotions de manière intense et, quand je les raconte, je le fais de façon intense. C'est pour ça que le médiéval m'inspire: c'est l'héroïsme, et ça me fait triper. L'histoire du Québec a besoin de personnalités héroïques.»

Elle l'admet: son disque est enrobé, exubérant. Et c'est ce qu'elle voulait faire, en compagnie du réalisateur Blaise Borboën-Léonard qui l'a aidée à faire le tri dans ses idées. «Comme dans le théâtre de l'Antiquité, le but est d'atteindre la catharsis et d'expulser les passions», dit la jeune femme, qui explore de grands thèmes comme l'amour, la folie, l'amitié, la mort.

La suite

Quand les parents de Lydia Képinski ont su qu'elle voulait faire de la musique après son bac, ils ont eu peur pour elle. «Ils voulaient que je fasse une maîtrise en littérature... au moins!» Elle est consciente qu'il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus dans ce milieu et aujourd'hui, elle voit son album comme un test. «J'ai cristallisé ces dernières années dans cette forme d'art, est-ce que vous l'acceptez?», demande-t-elle.

Lydia Képinski ne serait pas insultée si on lui disait qu'il n'y a pas de place pour elle sur la «planète Québec». «Au moins, j'aurai essayé.»

Bien sûr, elle aimerait être encore là dans cinq ans. «J'aurais assez de chansons pour faire un autre album tout de suite ! Tant que j'aurai du fun et de l'énergie, que je vais avoir l'impression que j'ai quelque chose à dire et que l'accueil sera bon, je vais continuer», dit la jeune femme, qui est consciente de l'engouement autour d'elle.

La nouvelle génération

Lydia Képinski veut bien être identifiée à la nouvelle génération de chanteurs comme Klô Pelgag et Philippe Brach. Mais si elle ne veut pas être en rupture avec les précédentes, elle leur reproche d'être parfois réfractaires au changement. «J'espère que quand je serai vieille, je ne serai pas la madame grincheuse qui dit: "Dans mon temps, c'était comme ça!" Les jeunes font des affaires de caves, ils grandissent et ils apprennent. Tout le monde passe par là.»

L'industrie musicale a changé. Pour elle, Spotify et Apple Music sont des données essentielles, mais elle souligne le laxisme des gouvernements en matière de règlementation des redevances. «Pendant ce temps, il y a tellement d'artistes qui vaudraient la peine d'être écoutés et qui se découragent. C'est triste, surtout au Québec où la culture est le joint de la société», dit la chanteuse, qui rappelle que le père de Gaston Miron était analphabète. «Ça ne fait pas longtemps que le Québec existe culturellement. On est encore en train de poser les jalons de notre culture.»

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POP ALTERNATIVE. Premier juin. Lydia Képinski. Chivi Chivi.




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