Jordi Savall: la musique, dialogue entre les peuples

Le gambiste et chef d'orchestre Jordi Savall avec... (Photo Vico Chamla, fournie par l'artiste)

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Le gambiste et chef d'orchestre Jordi Savall avec son instrument

Photo Vico Chamla, fournie par l'artiste

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Caroline Rodgers

Collaboration spéciale

La Presse

Le monde a besoin de plus de Jordi Savall. Le musicien légendaire, qui s'arrête ce soir à Montréal dans le cadre de sa tournée nord-américaine, a plus à offrir que sa musique. Nommé Artiste pour la paix par l'UNESCO en 2008, il porte un message de tolérance et de partage dont nous avons plus que jamais besoin.

«J'ai toujours essayé, dans mes projets, de permettre aux gens de mieux comprendre ce que nous sommes, dit-il. Pour comprendre ce que nous sommes, il faut connaître notre histoire. Si nous ne connaissons pas l'histoire, nous ne pouvons pas construire notre avenir. Pour y arriver, j'essaie de mélanger la découverte de belle musique avec la découverte de notre passé et de ce que cela peut nous donner comme leçons, pour l'avenir. C'est pour cela que j'ai fait beaucoup de projets avec des musiciens d'autres cultures, pour montrer qu'un dialogue est possible.»

Pour lui, le dialogue entre les peuples est essentiel, et la musique est l'un des meilleurs outils pour y parvenir.

«Un dialogue magnifique est possible avec des musiciens juifs, arabes, turcs, chinois. J'ai fait récemment un projet sur les voyages d'Ibn Battûta, le Marco Polo arabe, qui a réuni des musiciens de 15 nationalités, dont la Chine, l'Afghanistan, l'Inde, la Turquie, l'Arménie, la Grèce, la Syrie et le Maroc.»

Notre entretien téléphonique avec le célèbre gambiste et chef d'orchestre catalan, qui a enregistré plus de 120 albums depuis 1968 et s'est fait connaître à un large public grâce à sa participation au film Tous les matins du monde, en 1991, avait lieu le 18 janvier. À ce moment-là, le musicien ne pouvait pas deviner à quel point ses paroles prendraient un sens particulièrement douloureux à la lumière du récent attentat de la mosquée de Québec.

«Nous vivons dans un monde qui a trop peur, et la peur n'est pas une bonne conseillère.»

«Nous ne devons pas réagir en fonction de la peur. Nous devons comprendre que les êtres humains de toutes les cultures ont des choses magnifiques à partager. Ce n'est pas parce qu'il y a quelques fous, quelques fanatiques, qu'il faut assimiler tout le monde à cette minorité.»

Chacun fait sa part avec ce qu'il a pour contribuer au monde. Pour Jordi Savall, c'est le partage d'un immense talent musical allié aux qualités d'un sage et d'un grand humaniste.

«Ce que j'essaie de faire avec ma musique, c'est de montrer qu'on vit dans un monde où nous partageons tous les mêmes besoins. Il faut le faire avec générosité et ouverture. Il ne faut pas s'enfermer parce qu'on a peur. Il faut se protéger, c'est sûr, mais il ne faut pas faire en sorte que des gens innocents souffrent parce qu'on a peur et que nous ne voulons pas aider les autres», explique-t-il.

Première nord-américaine

Pour ce concert intitulé Venise millénaire - Porte de l'Orient 770-1797, Jordi Savall sera accompagné de ses trois ensembles, Hespèrion XXI, La Capella Reial de Catalunya et le Concert des Nations, accompagnés de l'Ensemble vocal orthodoxe - Byzantin de Salonique (Grèce), du choeur Panagiotis Neohoritis ainsi que de quatre solistes invités de l'Arménie, de la Grèce, du Maroc et de la Turquie. Il s'agit de la première nord-américaine de ce spectacle qui sera aussi présenté à New York et à Washington.

«C'est un voyage dans l'histoire de cette ville extraordinaire, Venise, qui est peut-être l'une des villes les plus musicales du monde. J'ai voulu raconter cette histoire, sur mille ans, en me plongeant dans les sources de la musique.»

D'oeuvre en oeuvre, le spectateur sera transporté à travers les siècles, de la naissance de Venise à l'arrivée de Napoléon en passant par les croisades, les voyages de Marco Polo et la fondation de la première synagogue. On entendra bon nombre d'oeuvres inédites de différentes influences musicales repérées par l'érudit dans ses recherches musicologiques.

«Des trésors oubliés»

«Je suis allé moi-même en Grèce et à Venise pour chercher les oeuvres. Le travail le plus délicat est de choisir, car il y aurait de la musique pour plusieurs concerts. Il est difficile de résumer 1000 ans de musique en un seul soir, mais c'est ce qui est formidable dans mon travail. Je découvre sans cesse de nouveaux compositeurs, de nouvelles oeuvres, des trésors oubliés. Mon prochain projet retracera l'histoire des routes de l'esclavage et de cette terrible tragédie que fut la traite de l'être humain. Je réunis des musiciens d'Afrique, du Brésil, de Colombie, du Mexique, des Caraïbes et des chanteurs noirs américains pour retracer musicalement cette histoire incroyable.»

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Venise millénaire, ce soir, 19 h 30, salle Maisonneuve de la Place des Arts.




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